Les millennials (la génération née entre 1980 et 2000) constituent aujourd'hui une opportunité d'investissement majeure pour les prochaines années. C'est en tout cas ce qu'affirme Richard Wiseman, directeur exécutif au sein de Goldman Sachs Asset Management, qui nous a récemment détaillé les forces du fonds Goldman Sachs Global Millennials Equity. Créé en 2011, celui-ci a dégagé une performance annualisée supérieure à 10% sur les cinq dernières années, ce qui lui permet aujourd'hui d'afficher une note quatre étoiles chez Morningstar.

TRENDS-TENDANCES. Pourquoi un fonds destiné à cette cible précise ?

RICHARD WISEMAN. La population des millennials constitue la plus large tranche d'âge au niveau mondial avec 2,3 milliards de personnes, essentiellement située dans les pays émergents (2 milliards), avec notamment 400 millions provenant de Chine et 400 millions d'Inde. Les stéréotypes concernant cette tranche de la population sont également en voie d'être dépassés, car la plupart ont aujourd'hui un emploi et commencent à gagner des salaires attractifs. Au niveau global, cette tranche d'âge va devenir celle qui gagnera le plus d'argent sur l'ensemble de la planète. Et ce fait, qui demeure encore largement ignoré, restera encore valide pour les 15 à 20 prochaines années. Les changements dans les habitudes de consommation et la disruption apportés par l'avènement des millennials constituent une opportunité d'investissement significative sur les marchés financiers.

Quels sont les défis à relever pour mettre en place la gestion de ce fonds ?

Il est capital de déterminer comment les millennials souhaitent dépenser leur argent et par quel intermédiaire. Ils utilisent principalement les outils technologiques à leur disposition pour effectuer leurs achats, avec des priorités toutefois différentes des générations précédentes, basées plus sur une recherche d'expériences que sur une consommation de biens matériels. A plus long terme, il faut aussi se rendre compte que les besoins de cette population vont se modifier, à mesure qu'ils formeront des foyers et auront des enfants. Il faudra donc adapter la stratégie aux changements qui s'opéreront dans cette tranche de la population et il faudra continuer à rechercher de nouvelles idées afin de faire évoluer la stratégie d'investissement. Les sociétés que nous détiendrons dans le portefeuille d'ici la fin de la prochaine décennie n'existent peut-être pas encore à l'heure actuelle.

Quelles sont les principales orientations sectorielles de cette stratégie ?

Les trois principales thématiques du fonds sont les bouleversements technologiques, la santé et le bien-être, ainsi que les changements des habitudes de consommation. Ce dernier thème est plus particulièrement valide dans les pays émergents. Les millennials représentent désormais deux tiers des Chinois qui voyagent à l'étranger et ceux-ci privilégient des destinations et des activités différentes de leurs parents. En termes sectoriels, outre la technologie, le portefeuille sera exposé sur les énergies renouvelables, l'alimentation ou les soins de santé. Dans ce dernier secteur, nous préférons nous exposer sur des sociétés déjà établies et éviter les entreprises trop précoces dont la trajectoire boursière est souvent dépendante d'un événement binaire sur lequel les gestionnaires ont peu de contrôle.

La croissance des "millennials" viendra surtout des pays émergents. Quelle est votre exposition sur cette région ?

Notre exposition reste essentiellement axée sur les Etats-Unis, notamment parce que la plupart des entreprises technologiques innovantes restent localisées dans ce pays. Notre exposition sur les marchés émergents représente aujourd'hui environ 15% des actifs sous gestion, notamment au travers de certificats cotés à New York (10%). En termes de répartition du chiffre d'affaires, cette région représente déjà environ un tiers de notre portefeuille. Et je m'attends à ce que le poids des pays émergents continue d'augmenter durant les prochaines années, à mesure que cette génération montera en puissance dans ces pays. D'ici 15 ans, la population des millennials chinois sera devenue plus riche que celle des millennials américains.

Quelles sont les principales caractéristiques du fonds Goldman Sachs Global Millennials Equity ?

Il s'agit d'un fonds concentré sur 40 à 50 valeurs, avec une sélection fondamentale des positions totalement détachée d'un indice de référence, avec l'obligation pour les sociétés d'avoir un lien étroit avec la thématique des millennials. Le fonds sera donc fortement exposé sur la technologie, sur les utilities (plus particulièrement sur celles qui soutiennent le développement des énergies renouvelables) ou sur l'alimentation (changement des habitudes de consommation). Notre taux de rotation des positions a tourné autour de 50%, mais une partie importante de ces flux ont été provoqués par le fait que neuf des sociétés dans lesquelles nous étions investis ont été rachetées durant les deux dernières années.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Cette thématique implique une exposition importante sur des entreprises disruptives, qui sont aujourd'hui des cibles attractives pour des sociétés bien établies. Certaines de ces anciennes entreprises ont compris que des changements importants sont en train de se produire sur un grand nombre de secteurs économiques. Elles préfèrent généralement réaliser une opération de croissance externe en vue de se protéger, plutôt que de tenter de développer leurs propres solutions.

Les autres fonds démographiques

Les fonds démographiques ont eu tendance à se multiplier ces dernières années, avec de nombreux lancements de produits qui sont intervenus depuis 2010. Les produits existants peuvent être répartis en deux grands groupes. Le premier reprend les fonds qui s'intéressent aux changements démographiques en règle générale, comme Candriam Equities Global Demography, qui a réalisé une performance solide sur les cinq dernières années ; ou le fonds Fidelity Funds - Global Demographics. Le second groupe de produits va plutôt s'intéresser à la montée en puissance des personnes âgées dans les économies développées. Par son exposition très originale sur le secteur technologique et les sociétés disruptives, le fonds de Goldman Sachs a dégagé la meilleure performance du groupe des fonds démographiques sur les trois dernières années. Inversement, les produits davantage posi- tionnés sur le vieillissement de la population sont restés plus nettement en retrait, notamment en raison de leur exposition généralement importante sur le secteur des soins de santé (pharmacie, maisons de repos, etc.) avec un profil plus défensif sur le long terme.

Chez Lombard Odier, le fonds Golden Age vise des sociétés de qualité avec un modèle d'entreprise stable et qui pratiquent une approche durable. " La capacité de réduire les coûts du secteur des soins de santé constitue un enjeu auquel nous tenons beaucoup, souligne Meret Gaugler, cogestionnaire du fonds. Parmi les secteurs importants dans notre fonds, nous trouvons la santé, les sociétés financières et la consommation, des secteurs qui sont naturellement plus défensifs. ".