Les premiers robots sont apparus dans les années 1950, et leur utilisation s'est généralisée sur les chaînes d'assemblage des constructeurs automobiles durant les années 1970. Longtemps, ils ont surtout été utilisés pour la réalisation de tâches pénibles et répétitives, notamment au Japon où ils ont rapidement constitué une réponse pour augmenter la productivité économique face à une démographie vieillissante.

Depuis quelques années, les robots industriels se sont généralisés dans de nombreux secteurs. Ils sont désormais plus flexibles dans les tâches qu'ils peuvent entreprendre, tandis que les coûts ont considérablement diminué, ce qui permet une rentabilisation beaucoup plus rapide que par le passé. Fortement sous-équipée par rapport aux autres grands pays asiatiques, la Chine, qui va faire face à une évolution démographique défavorable durant les prochaines années (en raison des conséquences de la politique de l'enfant unique mise en place à la fin des années 1970), est devenue le plus grand consommateur de robots industriels au monde.

Généralisation

Dans le même temps, les robots sont également sortis du secteur industriel pour envahir un grand nombre d'activités. Le développement du commerce électronique a ainsi vu l'essor de nombreux robots qui sillonnent les grands entrepôts d'un groupe comme Amazon pour préparer les colis à expédier. Des dizaines de milliers de robots y travaillent déjà et pourraient bien devenir omniprésents dans la livraison (par voitures autonomes ou drones) d'ici quelques années.

De même, un nombre important de procédures chirurgicales sont aujourd'hui assurées par des robots de plus en plus sophistiqués, et ils pourraient à terme remplacer les médecins dans de nombreuses procédures. Les robots ménagers ont également commencé à faire leur apparition dans la vie quotidienne des particuliers, que ce soit sous la forme de tondeuses ou d'aspirateurs.

La croissance des différents segments a été explosive ces dernières années, supérieure à 15 % tant pour les robots industriels que pour les robots utilitaires (logistique, médical) ou ménagers.

Taille critique

C'est en 2015 que le gestionnaire suisse Pictet Asset Management a fait le constat que le secteur de la robotique était en passe d'atteindre une taille critique au niveau mondial, et a décidé de lancer un fonds exposé sur cette thématique. Et ce fut un succès retentissant, ce produit amassant près de 3,5 milliards d'euros en actifs sous gestion avec une progression du cours supérieure à 30 % depuis son lancement. " Nous avions déjà regardé le secteur de la robotisation en 2012, mais il manquait alors de diversité dans les différentes sociétés disponibles ", souligne Karen Kharmandarian, gestionnaire du fonds Pictet-Robotics.

Dès 2015, Axa Investment Managers avait également lancé un mandat sur la thématique des robots, mais ce produit était jusqu'ici disponible uniquement sur le marché japonais, où le succès a également été au rendez-vous, avec des encours qui ont rapidement dépassé le milliard de dollars. Et c'est la même équipe qui est aujourd'hui à la tête du fonds Axa World Funds - Framlington Robotech, qui a débarqué sur le marché belge au début 2017. Le caractère porteur de cette thématique a également poussé Candriam Investors Group à renommer son fonds Candriam B Global Technology pour lancer Candriam Equities Robotics & Innovative Technology, le but étant d'orienter désormais davantage la stratégie d'investissement vers les sociétés actives dans l'automatisation de nos sociétés.

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Forte croissance

Les gestionnaires de ces trois produits sont aujourd'hui convaincus des perspectives qui s'offrent aux investisseurs sur ce segment. " Les robots sont aujourd'hui plus polyvalents et intelligents, et peuvent accomplir un nombre de tâches de plus en plus important car ils sont reprogrammables, souligne encore Karen Kharmandarian. Et c'est lorsque les changements sont en train de se produire que les opportunités d'investissements sont les plus importantes. "

" Les robots font partie d'une nouvelle révolution technologique qui créera d'énormes richesses pour les investisseurs visionnaires, souligne pour sa part Johan Van Der Biest, gestionnaire du fonds chez Candriam IG. La technologie sous-jacente qui permettra une robotique de pointe n'en est encore qu'à ses balbutiements. Des marques bien établies offrent également des opportunités. " Et de citer par exemple des valeurs comme Siemens, Delphi ou John Deere parmi les entreprises traditionnelles qui ont su prendre le virage vers une automatisation de leur activité.

Pureté

Avec une croissance du chiffre d'affaires attendue autour de 10 % par an durant les 10 prochaines années, les sociétés actives sur la robotique devraient avoir le vent en poupe. " Nous allons typiquement investir sur des petites sociétés uniquement actives dans l'automation et la robotique, ou dans de grandes sociétés qui ont une exposition significative sur ce thème, souligne Tom Riley, gestionnaire de fonds chez Axa IM. Notre but est d'investir avec un horizon de trois à cinq ans, avec une rotation des actifs qui sera faible d'une année à l'autre (autour de 20 à 30%). "

Enfin, tous les produits estampillés " robotique " n'ont pas la même intensité thématique. Le fonds de Pictet AM reste le plus " pur ", avec une obligation d'avoir au moins 20 % du chiffre d'affaires exposé sur la robotisation pour l'ensemble des sociétés en portefeuille, avec une moyenne qui atteint plus de 70 % du chiffre d'affaires pour l'ensemble des lignes directes. Ce fonds s'expose sur trois grandes familles de sociétés : l'automatisation industrielle, les applications grand public et les solutions technologiques (capteurs, senseurs).

" Au vu de l'exposition de notre fonds sur des segments cycliques et en croissance, nous sommes plus prudents à court terme, et nous privilégions une exposition plus défensive dans les sous-secteurs où c'est possible, souligne Karen Kharmandarian. La robotique industrielle nous semble actuellement attractive en Europe, tandis qu'il faut regarder en dehors du Vieux Continent sur les logiciels. "

Satellite

Même si cette nouvelle tendance thématique peut sembler attractive, il faut toutefois pointer que c'est un secteur qui reste encore très jeune, les produits les plus anciens n'ayant pas deux ans. Ils n'ont donc pas encore suffisamment d'historique pour se voir octroyer des étoiles chez Morningstar. Les quatre étoiles affichées par le fonds de Candriam se réfèrent au fonds sur lequel le nouveau fonds a été créé.

De nombreuses sociétés actives dans la robotique sont exposées sur des niches très pointues où la compétition est parfois intense, avec une volatilité qui pourrait donc être plus significative que pour le reste du marché. D'autant que les valorisations sont relativement élevées, avec des rapports cours/ bénéfice qui atteignent en moyenne entre 24 et 26 fois les bénéfices pour les différents fonds commercialisés en Belgique.

A noter que ce secteur a également vu un nombre grandissant d'opérations de croissance externe ces derniers mois visant des groupes européens, que ce soit le spécialiste allemand de la robotique Kuka ou les spécialistes des semi-conducteurs ARM Holdings (Royaume-Uni) et NXP Semiconductors (Pays-Bas). Ces opérations ont contribué à maintenir une prime importante sur les différents groupes du secteur.