1 Mars 2009 Le S&P 500 touche le fond

Après une chute historique, l'indice S&P 500 se retrouve à 677 points. Le panier d'actions de référence est coté à moins de la moitié de son meilleur niveau, un an et demi auparavant. Les investisseurs paniquent devant la crise du secteur financier, qui ébranle les bases de l'économie mondiale. Finalement, les autorités et les banques centrales parviennent à éviter de justesse l'écroulement total du système. " Avec le recul, c'était naturellement une formidable occasion pour acheter, déclare Nick Peters, gestionnaire de fonds chez Fidelity, un gestionnaire de patrimoine américain. C'est la politique des banques centrales qui a catalysé la suite des événements. Elles ont montré qu'elles étaient prêtes si d'autres problèmes devaient survenir. Les investisseurs ont donc retrouvé assez de confiance pour miser sur les entreprises. "
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Après une chute historique, l'indice S&P 500 se retrouve à 677 points. Le panier d'actions de référence est coté à moins de la moitié de son meilleur niveau, un an et demi auparavant. Les investisseurs paniquent devant la crise du secteur financier, qui ébranle les bases de l'économie mondiale. Finalement, les autorités et les banques centrales parviennent à éviter de justesse l'écroulement total du système. " Avec le recul, c'était naturellement une formidable occasion pour acheter, déclare Nick Peters, gestionnaire de fonds chez Fidelity, un gestionnaire de patrimoine américain. C'est la politique des banques centrales qui a catalysé la suite des événements. Elles ont montré qu'elles étaient prêtes si d'autres problèmes devaient survenir. Les investisseurs ont donc retrouvé assez de confiance pour miser sur les entreprises. " Tandis que l'économie américaine sort du marasme, c'est la crise de l'euro qui éclate en Europe, avec une nouvelle série de péripéties. Wall Street sursaute, mais le S&P reprend bientôt sa progression régulière. " Les banques sont la clé de toute cette affaire, explique Nick Peters. Aux Etats-Unis, elles ont été recapitalisées beaucoup plus vite. Cette attitude résolue a permis à l'économie américaine de croître plus rapidement et les marchés d'actions en ont tiré parti. " Depuis la crise de l'euro, les Bourses européennes peinent à rattraper leurs homologues d'outre-Atlantique. On a souvent annoncé des mouvements de rattrapage, mais rien ne s'est concrétisé. " La valorisation d'une action dépend de deux éléments : le cours et le bénéfice, précise Fiona Harris, spécialiste en actions américaines chez J.P. Morgan Asset Management. C'est surtout le bénéfice qui faisait défaut en Europe, alors que les valeurs américaines comblaient toujours les attentes. Aujourd'hui encore, les perspectives sont plus positives aux Etats-Unis. " L'agence de notation Standard & Poor's dégrade les Etats-Unis. Pour la première fois, le pays n'arbore plus la meilleure note. Washington accuse le coup pendant que démocrates et républicains s'étrillent des semaines durant sur l'augmentation du plafond de la dette. Un accord finit par intervenir, évitant au pays l'étiquette de mauvais payeur. Mais les Etats-Unis ont cessé d'être le débiteur le plus fiable. En quelques semaines, l'indice S&P500 perd 19,4 %. Pourtant, pour mettre fin officiellement à un bull market, il faut une correction d'au moins 20 %. Au coeur des turbulences politiques, Wall Street reste donc dans la course au record. " La politique ne joue que les seconds rôles dans la hausse, estime Nick Peters. Ce sont les banques centrales qui jouent le rôle principal. "Pour que la zone euro parvienne à conjurer ses démons, il faut attendre que Mario Draghi promette de sauver l'euro coûte que coûte. La Federal Reserve est intervenue beaucoup plus tôt pour renflouer l'économie américaine. " Les banques centrales ont sauvé le système financier, affirme Stéphane Mercier, managing partner du gestionnaire de patrimoine Mercier Vanderlinden. Elles nous ont évité une grande dépression et nous pouvons dire à présent que la correction boursière était excessive. " A peine quatre ans plus tard, Wall Street a digéré la plus grosse crise depuis les années 1930. " Vu l'ampleur de la correction, la hausse qui a suivi n'est pas si exceptionnelle, juge Stéphane Mercier. 2008 était en fait une crise purement financière. L'économie américaine est retombée assez vite sur ses pattes, contrairement aux années 1930. " Rétablissement ou non, la hausse persistante a suscité un débat intense : les Bourses ont-elles mené une vie indépendante ou sont-elles restées en lien avec l'économie ? Stéphane Mercier croit dans la deuxième réponse : " La Bourse a peut-être remonté plus vite, mais elle s'était aussi écrasée plus violemment. " La Fed n'achète plus d'obligations, mais son bilan se situe encore au niveau vertigineux de 4.500 milliards de dollars. " Comment réduire ce bilan ? C'est la grande question ", estime Nick Peters. Le Britannique ne prévoit guère de problèmes si la banque centrale américaine garde les obligations jusqu'à l'échéance. " Cela permettra de contracter le bilan progressivement. " En revanche, si la Fed se met à revendre son portefeuille d'obligations, nous pouvons nous attendre à une certaine nervosité sur les marchés. A partir de l'été 2015, les investisseurs se font régulièrement peur. Difficultés de croissance en Chine, crainte d'une récession après le crash des prix pétroliers, incertitudes quant à la politique américaine des taux... les marchés sont secoués. La Bourse ne grimpe pas sans interruption : c'est un bon signe pour Stéphane Mercier. Il y a une différence importante avec la hausse de l'entre-deux-guerres, bien que leur durée soit identique. Entre les deux conflits mondiaux, Wall Street a gagné presque 500 %, alors qu'actuellement, l'augmentation n'atteint pas la moitié de ce chiffre. Pourtant, il est frappant de constater que l'inquiétude ne débouche pas sur une correction digne de ce nom, laissant les ours à leur léthargie. " Nous sommes dans une période clairement moins volatile. On peut s'en inquiéter, car une correction est parfois aussi un reset bienvenu sur les marchés, déclare Fiona Harris. La faiblesse des taux n'y est sûrement pas étrangère. Les liquidités ne rapportent rien. Dans ce climat, les actions sont moins risquées. " L'économie mondiale va plutôt bien. Elle le doit dans une large mesure aux Etats-Unis, où la reprise s'accélère petit à petit. " On aimerait bien 4 % de croissance, mais 2 % sur plusieurs années, ce n'est pas mal, poursuit Fiona Harris. C'est peut-être parce que le redressement est si lent que nous assistons à une expansion aussi longue. " Pour autant, la vie de l'investisseur n'est pas de tout repos. Les entreprises américaines traversent une baisse des bénéfices, qui reculent sur plusieurs trimestres consécutifs. " Cela s'explique surtout par l'écroulement des prix pétroliers, nuance Fiona Harris. Compte non tenu du secteur de l'énergie, les bénéfices des entreprises ont augmenté l'an dernier. " Cette année-ci, J.P.Morgan prédit une croissance de 12 % des bénéfices. " Et nous croyons que la tendance va se maintenir en 2018. " Donald Trump gagne la course à la Maison-Blanche. A la surprise générale, les marchés applaudissent. Le candidat, en effet, a promis d'investir, de simplifier les règles et de réduire les impôts. Un cocktail propre à promouvoir les bénéfices des entreprises. C'est seulement après 15 % de progression que Wall Street commence à douter. Rien d'étonnant pour Nick Peters. " Le marché est allé trop loin sans preuve que Donald Trump pouvait réussir. Et c'était très optimiste de croire qu'il allait tenir toutes ses promesses. " Stéphane Mercier voit une autre explication. " Ce rally est typique de la Bourse. Il n'est pas seulement lié à Trump. Avant un événement important, les investisseurs ont l'habitude de temporiser. Ensuite seulement, ils réalisent qu'ils ont été trop négatifs et recommencent à acheter, que ce soit une bonne idée ou non. Trump n'a été qu'une excuse pour relancer les opérations. " Le S&P500 est sur le point d'arriver au record des années 1920. Un record condamné ? Il y a naturellement des risques. " Le plus grand danger, ce sont les taux d'intérêt, avertit Stéphane Mercier. Les valorisations ne sont pas bon marché, mais elles restent intéressantes par rapport à la faiblesse des taux. Si les taux devaient remonter soudainement, tout pourrait changer. " Pour la plupart des observateurs, la fin de la hausse n'est pas encore en vue. " Les marchés bull ne s'arrêtent pas parce que les valorisations sont excessives, mais à cause d'une récession, d'une crise financière ou d'une mauvaise politique de la Fed ", rappelle Nick Peters. " Les hausses de longue durée ne prennent pas fin sans raison, souligne Fiona Harris. Il faut généralement une récession. Et pour nous, il n'y aura pas de récession avant deux ans. Ajoutons que les dernières années d'une hausse produisent généralement de très bons rendements. Dans le passé, il est arrivé que le rendement atteigne 27 % la dernière année et 39 % les deux dernières années. " Bref, le meilleur reste peut-être à venir.