Depuis quelques mois, les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ont dominé l'actualité. Au niveau boursier, les investisseurs ont clairement montré qui était le vainqueur (du moins à court terme) de cette bataille. Alors que les fonds en grandes capitalisations américaines ont généralement affiché des progressions supérieures à 10 % depuis le début 2018, il est difficile de trouver un fonds en actions chinoises qui soit parvenu à rester à l'équilibre.

" La réaction du marché a clairement pointé les Etats-Unis comme étant le vainqueur de ce conflit, en comparaison avec les autres régions, souligne Witold Bahrke, stratège senior chez Nordea Asset Management. C'est peu surprenant : la Chine a historiquement beaucoup plus profité de sa capacité à exporter vers les Etats-Unis que l'inverse. En outre, alors que les résultats américains sont supportés par la politique fiscale américaine et les baisses d'impôts, la croissance chinoise est freinée par le ralentissement du marché du crédit. "

Witold Bahrke © PG

Witold Bahrke ne s'attend pas non plus à un changement d'orientation des marchés pour le reste de l'année, notamment parce que la thématique protectionniste semble jouer en faveur de la cote de popularité du président américain Donald Trump. " Le jeu de la Chine est moins fourni en atouts, avec une croissance qui est en train de ralentir, comme semble le démontrer l'évolution du prix pour le cuivre sur les derniers mois, indique encore Witold Bahrke. Dans l'état actuel des choses, les Etats-Unis n'ont que peu d'incitants pour changer leur fusil d'épaule tandis que la Chine, avec son économie vulnérable, ne peut que réagir par rapport aux initiatives américaines. " Dès lors, il estime que les actions plus défensives devraient continuer à réaliser des performances favorables durant la seconde partie de 2018.

Krishan Selva © PG

Riposte

Tous ne partagent toutefois pas le point de vue relativement attentiste du stratège de Nordea Asset Management. Krishan Selva, client portfolio manager sur les marchés émergents chez Columbia Threadneedle Investments, souligne qu'une guerre commerciale étendue ne profiterait finalement à personne : " Une riposte éventuelle finira par avoir un impact sur la production et sur l'emploi aux Etats-Unis, avec pour conséquence une montée de l'opposition à ces mesures tarifaires. La montée de ces tensions commerciales constitue néanmoins un facteur de risque pour la valorisation des marchés ".

Krishan Selva rappelle également que les autorités chinoises ne resteront pas inactives et ajusteront rapidement les politiques domestiques. A titre d'exemple, il cite l'annonce récente d'une baisse des besoins règlementaires en fonds propres pour les banques qui " va mécaniquement injecter des liquidités pour un montant de 100 milliards de dollars dans l'économie chinoise ". " Le gouvernement dispose encore de nombreux outils pour aider son économie à traverser ces moments plus difficiles ", ajoute-t-il. Il souligne aussi que dans l'intervalle, la faiblesse récente des cours a plutôt positivement intéressé certains gestionnaires qui ont pu trouver des opportunités " dans des actions de qualité valorisées de manière attractives ".

Yerlan Syzdykov © PG

Assainissement

Le système bancaire chinois est un autre élément qui provoque ponctuellement des questionnements chez les analystes et les gestionnaires de fonds. Il est souvent stigmatisé pour son opacité et pour son lien étroit entretenu avec les autorités. Pourtant, durant les dernières années, les politiques menées ont surtout visé à corriger les excès commis au sortir de la crise financière en augmentant les restrictions règlementaires et en combattant les institutions qui avaient profité de l'explosion du shadow banking, ce qui a forcé ces institutions à lever près de 100 milliards de dollars afin de renforcer leurs fonds propres.

" Ces dernières années, les autorités chinoises se sont employées à disposer d'un système financier qui soit plus en mesure d'allouer efficacement les fonds propres vers les secteurs de l'économie réelle qui en ont le plus besoin, tout en diminuant la disponibilité du crédit vers les secteurs souffrant de surcapacité, ce qui a permis d'augmenter la rentabilité du secteur ainsi que la qualité des créances au bilan, souligne Jacob Mitchell, le CIO d'Antipodes Global Investment Partners. En outre, sur les quatre dernières années, les grandes banques chinoises ont enregistré des provisions portant sur pas moins de 1.000 milliards de dollars, soit 10 % du PNB chinois et un niveau comparable à ce qui avait été provisionné à l'époque aux Etats-Unis suite à la crise financière. "

Ces signaux semblent aujourd'hui démontrer que la Chine devrait continuer à progresser dans les échanges financiers au niveau global avec un système bancaire qui s'est largement assaini ces dernières années. Après avoir intégré les indices MSCI dans ses marchés boursiers, les obligations chinoises devraient à leur tour faire leur entrée dans les grands indices obligataires internationaux durant l'année 2019.

Leadership

L'initiative One Belt One Road (aussi appelé " La nouvelle route de la soie ") constitue également un cheval de bataille important pour l'Etat chinois en cherchant à augmenter sa sphère d'influence politique dans l'ensemble de la région asiatique par le biais des échanges commerciaux, avec des investissements gigantesques prévus pour développer les infrastructures régionales pour les prochaines années. Yerlan Syzdykov, head of emerging markets chez Amundi, souligne que les aspirations globales des Etats-Unis sont aujourd'hui assez nettement remises en cause par l'attitude de la présidence américaine par rapport aux échanges commerciaux. " De son côté, ajoute-t-il, la Chine reste fermement engagée dans l'extension de sa zone d'échanges économiques et compte donc profiter de l'attitude américaine pour étendre sa sphère d'influence avec l'initiative One Belt One Road. " Le responsable du premier gestionnaire d'actifs européen souligne avoir d'ailleurs l'intention de lancer prochainement un fonds qui permettra de s'exposer de manière très spécifique sur cette thématique.

Allianz enregistre deux nouveaux fonds chinois

Allianz Global Investors reste convaincu par les marchés asiatiques. Le gestionnaire organise chaque année une conférence internationale qui leur est consacrée, et vient d'annonce l'enregistrement en Belgique de deux nouveaux fonds dédiés aux actions chinoises. La stratégie d'investissement de ces produits vise principalement les producteurs de biens de consommation, de même que les valeurs industrielles et financières. Allianz All China Equity Fund (ISIN : LU1720050803) est un fonds exposé globalement sur tous les marchés chinois (Shanghai, Shenzhen, Hong Kong et Etats-Unis). Lancé à la fin de l'année dernière, ce produit vise une allocation qui ne surpondère pas les grands groupes comme Tencent ou Alibaba, même si la principale exposition sectorielle reste la technologie (avec environ 25 % des actifs sous gestion).

De son côté, le fonds Allianz China A Shares (ISIN : LU1807385924) vise une exposition plus spécifique sur les actions cotées localement en Chine (A Shares). Doté d'un historique de performance de cinq ans, ce produit a réalisé une performance significativement supérieure à son indice de référence, avec une faible corrélation par rapport aux marchés globaux. Le fonds est disponible à l'étranger depuis 2009 et est noté quatre étoiles chez Morningstar.