Les marchés émergents recouvrent aujourd'hui des réalités très contrastées qui rendent le choix très difficile pour les investisseurs. Acheter un fonds dans cette classe d'actifs revient en fait à exposer entre 60 et 80% de son capital sur les économies asiatiques, dont certaines ont aujourd'hui un niveau de vie comparable à celui des pays occidentaux.
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Les marchés émergents recouvrent aujourd'hui des réalités très contrastées qui rendent le choix très difficile pour les investisseurs. Acheter un fonds dans cette classe d'actifs revient en fait à exposer entre 60 et 80% de son capital sur les économies asiatiques, dont certaines ont aujourd'hui un niveau de vie comparable à celui des pays occidentaux. D'autres part, les fonds exposés sur les économies émergentes sont beaucoup plus variés que par le passé, avec des produits qui mettent d'avantage l'accent sur l'investissement durable, d'autres qui prônent une approche passant par les investissements directs (lire l'encadré) ou d'autres qui privilégient une approche plus thématique. Sur une période de trois ans, les fonds exposés davantage sur les valeurs de croissance ont toutefois trusté les premières places. En tête, nous trouvons un produit du gestionnaire américain PGIM, un des plus grands gestionnaires d'actifs au monde qui vient récemment de faire son entrée sur le marché belge. Ce groupe est organisé avec plusieurs boutiques, et notamment Jennison Associates spécialisé sur les valeurs de croissance avec plus de 240 milliards de dollars en actifs sous gestion. "Notre philosophie d'investissement part du constat que sur le long terme, 60% des sociétés cotées ne dégagent que peu, voire pas de croissance", explique Raj Shant, managing director chez Jennison Associates, qui souligne que la stratégie va dès lors viser des portefeuilles très concentrés (35 à 45 valeurs), "ce qui nous permet d'être très sélectif et de viser des sociétés pour lesquelles nous avons une bonne visibilité quant à leur capacité à dégager une croissance soutenue sur un horizon de trois à cinq ans". La stratégie se base également sur l'expertise d'une équipe de 15 analystes affichant une expérience moyenne de 20 ans. PGIM Jennison Emerging Markets Equity est exposé sur des noms qui ne sont pas spécialement fréquents dans un portefeuille émergent, avec une sous-exposition sur les géants technologiques chinois. "Le changement d'orientation en cours au niveau de ce marché nous a convaincu de devenir plus prudent sur la Chine, plus particulièrement depuis l'intervention des autorités pour bloquer l'introduction en Bourse de Ant, la filiale d'Alibaba." "Nous préférons aujourd'hui être exposés sur des plateformes d'e-commerce en Asie du Sud-Est (Sea Ltd) ou en Amérique latine (Mercado Libre) qui disposent encore de perspectives de croissance exceptionnelles pour les prochaines années." Parmi les autres segments qu'il apprécie, Raj Shant pointe notamment les producteurs de batteries pour les véhicules électriques (Amperex, Samsung SDI) ou le secteur des soins de santé en Chine (Wuxi Biologics). Victor Khon, co-gestionnaire du fonds Capital Group Emerging Markets Growth Fund, estime également que le changement d'orientation en matière réglementaire des autorités chinoises est de nature à impacter durablement les perspectives de certains secteurs, notamment la technologie ou l'éducation. Quant à l'impact qu'a pu avoir la pandémie sur les perspectives de ces marchés, il se veut plus rassurant. "Nous observons déjà que le secteur des voyages s'est redressé très rapidement, dit-il. En Chine, le taux d'occupation des avions et des hôtels est revenu à son niveau d'avant l'épidémie".Valeria Vine, spécialiste des investissements sur les marchés émergents chez Capital Group, souligne que les opportunités sont aujourd'hui nombreuses sur ces marchés, en raison de la digitalisation croissante des économies et des changements dans les habitudes de consommation. "Une des tendances que nous suivons le plus est la financiarisation d'un bon nombre des pays asiatiques, qui génère de nombreuses opportunités dans des banques indiennes ou indonésiennes ou dans le secteur de l'assurance en Asie du Sud-Est." La grande question qui a causé beaucoup de volatilité sur les marchés émergents durant les dernières semaines est l'impact d'une éventuelle faillite du promoteur immobilier chinois Evergrande. Pour Pierre-Henri Cloarec, gestionnaire du fonds Nordea 1 - Emerging STARS Equity Fund, "le marché a déjà intégré un mauvais scénario pour Evergrande. Cependant, il semble également y avoir un consensus sur le fait qu'il s'agit d'un événement avec un risque limité de débordement car le gouvernement chinois semble disposer de nombreux outils pour éviter le risque de contagion au reste de l'économie. Et nous n'avons actuellement aucune exposition directe sur les promoteurs immobiliers chinois." "Nous pensons qu'il est peu probable que les autorités chinoises ne chercheront pas à limiter l'impact d'un éventuel effondrement d'Evergrande, estime également Tom Wilson, qui gère le fonds Schroders ISF Global Emerging Markets Opportunities. Avec un impact sur l'économie réelle qui devrait rester limité. De même, l'impact sur les taux pour le marché du haut rendement devrait également se révéler temporaire." Si les perspectives économiques de la Chine resteront au centre des préoccupations pour les investisseurs en actions émergentes, Victor Khon (Capital Group) constate qu'au vu de sa taille, la Chine est de toute façon forcée de ralentir dans le futur. "Mais le monde émergent est aujourd'hui plus diversifié qu'il ne l'a jamais été par le passé, et est généralement moins dépendant de la Chine pour sa croissance", ajoute-t-il.