"Le contexte est exceptionnel", déclare Johan Lema, le président de Beama, l'association porte-parole du secteur de l'asset management en Belgique. A contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles, comme la convocation inopinée d'une conférence de presse consacrée aux résultats des fonds belges au cours des six premiers mois de l'année. "Ne nous voilons pas la face: alors que les rendements des actions et des obligations ne sont normalement pas corrélés, aujourd'hui ils le sont, dit-il. La hausse des taux d'intérêt et les mesures arrêtées par les banques centrales exercent une pression sur ces deux types d'actifs."
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"Le contexte est exceptionnel", déclare Johan Lema, le président de Beama, l'association porte-parole du secteur de l'asset management en Belgique. A contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles, comme la convocation inopinée d'une conférence de presse consacrée aux résultats des fonds belges au cours des six premiers mois de l'année. "Ne nous voilons pas la face: alors que les rendements des actions et des obligations ne sont normalement pas corrélés, aujourd'hui ils le sont, dit-il. La hausse des taux d'intérêt et les mesures arrêtées par les banques centrales exercent une pression sur ces deux types d'actifs." La crise énergétique et les suites de la crise sanitaire mettent les entreprises en difficulté et les investisseurs en font les frais. Johan Lema salue la "maturité" des investisseurs belges: "La plupart des investisseurs dans des fonds comprennent qu'il faut prendre son mal en patience et que vendre maintenant n'est en aucun cas une bonne idée. Ils identifient même encore des opportunités. Le fait que les fonds distribués en Belgique ont enregistré plus de rentrées que de sorties cette année en est la meilleure preuve". Les investisseurs ont acheté entre janvier et juin pour 6 milliards d'euros de parts de fonds de plus qu'ils n'en ont cédé. L'industrie des fonds a par ailleurs bien compris que le gouvernement cherche de l'argent partout et prépare une réforme fiscale. Le président de Beama a fait savoir aux décideurs politiques que ce n'était "absolument pas le moment" de toucher aux impôts des investisseurs. "Le gouvernement doit se souvenir qu'un contexte fiscal stable est crucial pour les investisseurs. Chaque fois qu'une ambiguïté est créée, comme dans le cas de la taxe sur les comptes-titres, les effets délétères sont immédiats", déplore-t-il. L'introduction en 2018 de l'épargne-pension dite duale a représenté "un défi" pour le secteur. "Plus il y a de possibilités, plus c'est stressant, estime Johan Lema. La plupart des détenteurs d'un contrat d'épargne-pension étaient satisfaits de l'ancien système ou y étaient en tout cas habitués, de sorte qu'ils n'ont pas profité de la possibilité de verser davantage." Cette complexité accrue n'a toutefois pas entamé la popularité de l'épargne-pension: 1,78 million de Belges se constituent une épargne-pension par le biais d'un fonds et presque autant, d'une assurance. Mais comme pour l'intégralité des impôts, le secteur demande au gouvernement de "faire simple". Lorsque nous avions interrogé les banques sur ce qui pourrait remplacer le compte d'épargne, plusieurs nous avaient répondu: "N'oubliez pas l'épargne-pension fiscalement avantageuse!" Pour l'année de revenus 2022, la prime est plafonnée à 990 euros, qui donne donc droit à une réduction d'impôt de 30% (297 euros). L'épargnant qui verse entre 990 et 1.270 euros peut en récupérer 25%, soit jusqu'à 317,50 euros. Or, seulement une personne sur quatre a profité de cette opportunité en 2021. Cela signifie que le panier fiscal de 75% des épargnants n'est pas encore rempli. Johan Lema comprend naturellement que le gouvernement cherche à tout prix à garder l'économie et le budget de l'Etat à flot. Marc Van de Gucht, directeur général de Beama, renchérit: "Nous espérons qu'il réfléchira suffisamment aux conséquences d'une modification de la fiscalité. En tant que spécialistes du secteur, nous cherchons à l'y aider. Nous tenons également à souligner que les fonds d'épargne-pension sont 'verts', au sens de la définition européenne: si l'on veut favoriser la transition énergétique et le verdissement de l'économie, on a besoin de l'argent de ces contrats. Avec eux, l'Etat est sûr de la bonne affectation des fonds". L'épargne-pension est en quelque sorte l'épargne ultime puisqu'elle n'est pas disponible avant le 65e anniversaire du contribuable. Lequel peut verser ses primes tout en bénéficiant de l'avantage fiscal jusqu'à l'âge de 64 ans. Les dernières années sont les plus intéressantes car c'est au 60e anniversaire que le capital est imposé (au taux de 8%). Lors de la conférence de presse, Beama a rappelé que les fonds d'épargne-pension ne sont assortis d'aucune date de liquidation obligatoire. "L'épargnant peut y laisser tout ou partie du capital constitué jusqu'à ce que les marchés financiers se redressent", a précisé l'association. Les fonds d'épargne-pension ont reculé de 15% en moyenne entre janvier et juin 2022, selon les statistiques de Beama publiées avec un certain décalage (d'après nos calculs, cette perte dépasse déjà 17%). Avec une perte moyenne de près de 16%, les fonds d'épargne-pension dits défensifs ont fait à peine mieux que les fonds plus dynamiques (18%). Les fonds défensifs, qui investissent moins dans les actions et davantage dans les obligations, s'adressent aux épargnants les plus prudents et aux personnes dont l'âge de la retraite approche. Au cours des décennies passées, les gains réalisés sur les obligations amortissaient partiellement les pertes accusées par les actions. Chaque fois que les taux d'intérêt baissaient, les obligations détenues en portefeuille s'appréciaient. De plus, les intérêts venaient s'y ajouter. A présent que les taux augmentent, les obligations perdent de leur valeur ; les portefeuilles des investisseurs contiennent de surcroît beaucoup d'obligations affectées d'un taux d'intérêt minime, voire nul. Les obligations ayant perdu leur fonction d'amortisseur, les fonds d'épargne-pension défensifs ne font pas en 2022 ce qu'ils avaient promis de faire, à savoir protéger efficacement les capitaux-pension. L'assurance épargne-pension intéressera ceux que les risques rebutent. L'assurance ING Life Star Plan, par exemple, est, selon la fiche d'information qui lui est consacrée, "destinée aux personnes physiques qui souhaitent se constituer progressivement un capital-pension en toute sécurité dans un cadre fiscal avantageux". Son taux d'intérêt garanti s'élève depuis janvier à un symbolique 0,01%. Pour l'instant, entre fonds et assurance, c'est l'assurance qui gagne: l'épargnant qui a versé en début d'année une prime dans le fonds ING Star Fund en a déjà perdu 15%. Mais sur les primes d'il y a 10 ans, Star Fund a réalisé un bénéfice de 4,4% par an en moyenne: sur le long terme, le vainqueur est donc le fonds. Ceux qui commencent maintenant à épargner pour leur retraite sont un peu comme condamnés à choisir entre la peste et le choléra: ils peuvent soit opter pour de faibles rendements garantis (assurance-vie), soit espérer des rendements plus élevés, mais sans garantie (fonds).