Maxime Carmignac est certes la fille d'Edouard Carmignac, mais elle suit à sa propre voie depuis longtemps. Alors que son père oeuvrait dans le camp des financiers, Maxime s'est longtemps rangée du côté des entreprises à la recherche de fonds. "Mon père n'a jamais exercé la moindre pression sur ses enfants pour qu'ils travaillent dans la finance, mais j'ai toujours aimé la compétition. C'est la raison pour laquelle j'ai beaucoup pratiqué le jumping quand j'étais enfant et que j'ai ensuite couru plusieurs marathons. Si j'ai étudié la finance et opté pour une spécialisation en corporate finance, c'est parce que je trouvais que c'était l'orientation où il y avait le plus de compétition. Ensuite, je suis partie travailler à la banque d'affaires américaine Morgan Stanley à Londres et chez le consultant McKinsey."
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Maxime Carmignac est certes la fille d'Edouard Carmignac, mais elle suit à sa propre voie depuis longtemps. Alors que son père oeuvrait dans le camp des financiers, Maxime s'est longtemps rangée du côté des entreprises à la recherche de fonds. "Mon père n'a jamais exercé la moindre pression sur ses enfants pour qu'ils travaillent dans la finance, mais j'ai toujours aimé la compétition. C'est la raison pour laquelle j'ai beaucoup pratiqué le jumping quand j'étais enfant et que j'ai ensuite couru plusieurs marathons. Si j'ai étudié la finance et opté pour une spécialisation en corporate finance, c'est parce que je trouvais que c'était l'orientation où il y avait le plus de compétition. Ensuite, je suis partie travailler à la banque d'affaires américaine Morgan Stanley à Londres et chez le consultant McKinsey." Finalement, Maxime Carmignac a décidé de rentrer dans le giron d'Edouard Carmignac, gestionnaire de patrimoine français qui jouit également d'une grande notoriété en Belgique. Elle y siège au comité de développement stratégique et au conseil d'administration. Responsable des projets, elle y a sa propre mission: attirer davantage de femmes dans l'investissement. "Il y a là une gigantesque opportunité à saisir au sein du secteur financier. Selon certaines estimations, les femmes détiendront 70% de la richesse des Etats-Unis dans 40 ans. On le sait trop peu. Plusieurs études très intéressantes ont été publiées sur les différences entre les besoins des hommes et des femmes, et le monde financier n'y prête pas suffisamment attention. Evidemment, aucune femme n'est identique et il faut éviter toute généralisation, mais on note quand même des divergences marquées." Plusieurs études démontrent par exemple que les investisseuses obtiennent en moyenne de meilleurs rendements que leurs homologues masculins, surtout à plus long terme. MAXIME CARMIGNAC. Le boursicotage ou l'investissement à court terme attire de très nombreux hommes, mais la plupart des femmes y sont moins sensibles. Elles ne veulent pas tant épargner pour elles-mêmes que pour la maison de repos de leurs parents, ou afin de mettre de l'argent de côté pour les études de leurs enfants. Pour les femmes, investir n'est pas une fin en soi, c'est un moyen d'atteindre un objectif à long terme. Les riches deviennent plus riches parce qu'ils accroissent leur capital en investissant. Le problème fondamental reste l'inégalité entre les hommes et les femmes. Certes, les femmes hautement qualifiées sont désormais plus nombreuses que les hommes et l'écart salarial se rétrécit, mais elles investissent encore trop peu. Les études démontrent que les femmes sont généralement moins assertives que les hommes: elles ont moins confiance en elles, font moins la promotion de leur travail, gagnent moins et investissent moins. Si vous ne l'avez pas encore fait, vous devez certainement lire En avant toutes - Les femmes, le travail et le pouvoir (éditions JC Lattès). Coautrice du livre, Sheryl Sandberg, l'ancienne directrice opérationnelle chez Meta Platforms, l'entreprise mère de Facebook, y incite les femmes à participer et à s'engager. Ce livre m'a vraiment ouvert les yeux.On observe également trop peu d'initiatives dans le monde bancaire pour remédier à cette inégalité. Dans les années 1990, mon père a démocratisé l'investissement dans les pays émergents. Auparavant, seules les très grandes fortunes avaient accès à des marchés comme la Chine. Grâce aux fonds Carmignac, les petits investisseurs aussi ont pu investir dans ce pays. De plus, mon père a mis la gestion de patrimoine avec produits dérivés à la portée des petits investisseurs, qui ont ainsi été mieux protégés pendant le krach boursier de 2008. J'en suis fière, et j'aimerais poursuivre sur cet élan en démocratisant l'investissement pour les femmes. Chez Carmignac, deux tiers du patrimoine en gestion est investi par des gestionnaires de fonds féminines ou une équipe de gestionnaires qui compte au moins une femme dans leurs effectifs. C'est nettement plus que le reste du secteur. C'est par exemple Rose Ouahba qui dirige depuis des années le volet obligataire de notre fonds vedette, Carmignac Patrimoine. Mais il n'a jamais été question de favoritisme chez Carmignac. Toutes ces femmes ont atteint la position qu'elles occupent aujourd'hui par leur seul mérite. Les gestionnaires de patrimoine doivent aussi lancer des produits d'investissement sur mesure. Les femmes n'ont pas le temps d'analyser les heurs et malheurs des marchés financiers tous les jours. Moi-même, je ne passe pas mes journées le regard rivé sur les tableaux de cotations. D'autant que dans le même temps, les femmes ont aussi tendance à s'occuper davantage des autres. Mais il leur est possible de s'occuper des ressources financières des prochaines générations, par exemple. Quand on investit pour ses enfants et petits-enfants, il ne faut pas paniquer à chaque soubresaut du marché. C'est précisément avec cette dynamique intergénérationnelle à l'esprit que j'ai lancé un nouveau fonds il y a trois ans: Carmignac Portfolio Grandchildren. J'y ai d'ailleurs investi mes propres économies, parce que ce fonds applique une stratégie qui met à l'aise. Le portefeuille fait la part belle aux grandes entreprises, des marques connues qui existent depuis longtemps et existeront encore longtemps. Ce sont des investissements sur lesquels il ne faut pas se pencher chaque jour. Les femmes attachent une grande importance aux critères financiers, mais aussi non financiers. Elles se demandent comment elles peuvent contribuer à un monde meilleur. Nous nous trouvons vraiment à un moment charnière. Carmignac n'est pas spécialement connu pour être un gestionnaire de patrimoine durable. Pourtant, nous nous préoccupons du développement durable depuis très longtemps. Je n'ai jamais dû convaincre mon père. Il aime la nature et en est empreint. Nous demandons aux entreprises dans lesquelles nous investissons de s'engager dans la bonne direction et de prendre des mesures pour remédier à la crise climatique. Nous posons énormément de questions. Mais à nos yeux, par exemple, les entreprises durables ne se limitent pas à Ørsted (groupe danois autrefois exclusivement producteur d'énergie fossile mais qu'il a totalement abandonné en 2018, passant au renouvelable, Ndlr)... Une major pétrolière comme Total, qui travaille énormément à la transition vers une énergie plus propre, en fait aussi partie. En tant que gestionnaire de fonds, nous devons également faire preuve d'une grande transparence concernant notre politique et notre approche afin que les investisseurs puissent choisir les fonds et les investissements qui correspondent à leurs aspirations. Certains investisseurs sont vert vif, d'autres plutôt vert olive. Pour chaque fonds, vous trouverez sur notre site web la quantité d'émissions de CO2 que les investisseurs économisent par rapport au marché. Selon la définition des autorités européennes, 90% de nos fonds sont durables. Nous n'investissons pas non plus dans le tabac, les armes controversées, le charbon ou la pornographie. Le secteur financier doit encore adapter ses services. C'est un investissement que le secteur doit consentir maintenant, et qui sera rentable à long terme. Les femmes veulent un lien avec leur conseiller. Cela signifie qu'elles sont loyales une fois qu'on les a convaincues et qu'on a établi ce lien. Les conseillers doivent oeuvrer avec les femmes à leur autonomie financière, afin qu'elles réussissent leurs investissements et prennent confiance. Je suis optimiste: un tel changement peut être très rapide. Voyez le mouvement #metoo et la vitesse à laquelle il a transformé la société. J'ai grandi dans une famille où il y avait autant de garçons que de filles. J'ai aujourd'hui des fils et des filles. A Londres où j'habite, les familles avec enfants sont très conscientes de l'importance de la neutralité de genre dans l'éducation. Je constate par exemple qu'à ses anniversaires, ma fille aînée reçoit régulièrement des livres sur l'émancipation. Mes deux fils et deux filles ont des intérêts très différents, mais en tant que parents, nous ne les avons jamais poussés dans une direction donnée.Les filles ont généralement de meilleurs résultats scolaires, mais effectivement, les femmes obtiennent de moins bons scores que les hommes en matière de connaissances financières. Nous apprenons les courbes exponentielles au cours de mathématiques, mais chez moi, cela entrait par une oreille et sortait par l'autre. Parce qu'on n'y aborde pas leur traduction dans la vie courante, comme l'effet d'une croissance exponentielle sur un patrimoine, alors que c'est essentiel. Il est possible de montrer des chiffres et des graphiques impressionnants sur l'effet des intérêts composés quand on commence à investir suffisamment jeune. L'éducation financière commence à l'école et à la maison. Le premier euro investi est le plus important. Mieux vaut commencer le plus tôt possible.