Depuis sa révision à la baisse de ses prévisions de résultats à la fin septembre, Nystar a perdu plus de 80% de sa valeur en Bourse. Cet avertissement a déclenché une véritable spirale infernale. Moody's et Standard a& Poor's ont abaissé leur rating à respectivement à Caa1 et CCC+. Ces notes font partie de la catégorie "risques substantiels", coincée entre "très spéculatif" et "défaut de paiement imminent". Standard & Poor's estimait que la structure de capital de Nyrstar n'était pas (encore) "non-viable" au vu de l'amélioration attendue des résultats en 2019.

Des dettes étouffantes

Les chiffres trimestriels publiés à la fin octobre ont toutefois rendu ce scénario d'un redressement des résultats en 2019 encore plus hypothétique. Les observateurs ne semblent même plus réellement s'intéresser aux résultats du groupe. Leur principale inquiétude est l'important refinancement qu'il doit opérer l'année prochaine. Il doit rembourser 340 millions le 15 septembre mais les marchés doutent qu'il y parviendra, le cours de cette obligation ayant chuté à 61%. Grosso modo, ce cours est à mi-chemin entre les 100% devant être remboursés et l'estimation de recouvrement de 10% à 30% en cas de défaut de paiement de Nyrstar selon Standard & Poor's. Ce taux de recouvrement limité s'explique par l'importance des dettes du groupe. Fin septembre, sa dette nette était de 1,14 milliard. Selon les analystes d'ABN Amro, sa dette réelle est même encore plus importante. S'appuyant sur les charges financières du groupe, ils estiment en effet qu'il masque plus d'un demi-milliard de dettes.

Les fournisseurs perdent confiance ?

D'autres signes montrent que la situation de Nyrstar s'est rapidement dégradée ces derniers mois. Selon les syndicats australiens, il a engagé une procédure de restructuration sur son important site récemment réaménagé de Port Pirie visant à supprimer 100 postes sur 700. Selon Metal Bulletin, une source de référence dans le domaine des matières premières, les fournisseurs en minerais d'un important fondeur européen de zinc -vraisemblablement Nyrstar- cherchent à réduire leur exposition au risque de contrepartie. Cela pourrait passer par une baisse des livraisons ou la demande de prépaiement, ce qui aggraverait dans les deux cas la situation financière du groupe visé.

Perdre presque tout ou absolument tout

Soulignons enfin que le refinancement de Nyrstar apparaît compromis par sa situation sur le marché obligataire. Son obligation de référence ne cote plus que 43%, soit un rendement annuel de près de 30% jusqu'à l'échéance en 2024. Le groupe ne peut offrir un tel taux pour se refinancer, les charges de la dette seraient alors tellement lourdes que la rentabilité deviendrait impossible. Les analystes d'ABN Amro s'attendent ainsi à ce que Nyrtsar réalise une restructuration financière. Concrètement, les créanciers (détenteurs d'obligations...) troqueraient tout ou partie de leur créance contre une part dans le capital du groupe. Avec une dette de plus d'un milliard et une capitalisation boursière de 84 millions (à l'heure d'écrire ces lignes), les actionnaires souffriraient d'une énorme dilution. Ensemble, ils ne détiendraient sans doute plus que quelques pour cent du capital. Leurs titres seraient donc très fortement dépréciés mais dans le cas d'un défaut de paiement, ils perdraient purement et simplement tout. Dans l'ordre de recouvrement, ils interviennent en effet après les créanciers obligataires qui ne seraient déjà que très partiellement remboursés.