" Pour 2019, les risques politiques semblent être un peu moins extrêmes qu'au début 2018, souligne Stephanie Kelly, senior political economist chez Aberdeen Standard Investments. Et ce grâce à l'apaisement des disputes entre l'Italie et la Commission européenne et la trêve dans les menaces d'une intensification de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Pour autant, nos attentes en termes de croissance sont aujourd'hui inférieures au consensus dans la plupart des régions. "

" Je suis dans le camp de ceux qui pensent que nous allons avoir un ralentissement sans tomber dans la récession, souligne pour sa part Romain Boscher, global CIO equities chez Fidelity. Et le mouvement de hausse des taux d'intérêt est en grande partie terminé. La seule grande incertitude qu'il reste est la croissance chinoise, et la manière dont l'activité économique de ce pays va réagir aux politiques qui ont été récemment mises en place. "

Si les risques d'une récession sont faibles à court terme, Stephanie Kelly estime toutefois que la probabilité augmente avec un horizon à plus long terme, avec des politiques monétaires qui resteront prudentes, avec deux hausses attendues aux Etats-Unis, et une normalisation qui sera repoussée au mieux à l'année prochaine en Europe. " Pour le Brexit, je m'attends toujours à ce qu'un accord soit trouvé, mais il est indéniable que les risques extrêmes ont eu tendance à augmenter durant les derniers mois, et que l'éventualité d'un second référendum n'est aujourd'hui plus totalement à exclure ", explique-t-elle.

Stephanie Kelly (Aberdeen Standard Investments)" Les risques politiques semblent être un peu moins extrêmes qu'au début 2018. " © PG

Endettement

Alex Tedder, head of global equities chez Schroders, indique que la valorisation actuelle du marché peut sembler attractive, mais il souligne également que les marges élevées au niveau américain ne lui semblent pas soutenables durant les prochains mois, et ce pour deux raisons : la croissance des salaires qui se manifeste de plus en plus aux Etats-Unis, mais également en Europe ; et les taux d'intérêt plus élevés qui vont entraîner une hausse du taux de refinancement dans les prochains mois, " alors même que l'endettement du secteur non financier a fortement augmenté aux Etats-Unis. Il s'agit d'un facteur assez inquiétant à moyen terme ". Dès lors, il estime que le consensus (qui table actuellement sur une croissance globale des résultats par action de 7% pour 2019) est encore trop optimiste alors qu'une dégradation de la rentabilité des entreprises américaines va se produire.

De même, Romain Boscher souligne que 10 ans après la crise financière, les niveaux de dette restent excessifs, et ce tant dans les pays développés qu'émergents. " Le surendettement est aujourd'hui un problème mondial, et personne n'a intérêt à voir les taux obligataires monter trop rapidement. Selon nous, ils vont donc rester durablement bas, et le cycle serait désormais beaucoup plus largement dépendant des dépenses budgétaires (notamment en Chine, en Italie ou en France). Le déficit budgétaire excessif est devenu un mal mondial, mais je ne pense pas que cela soit le signe d'une nouvelle crise de nature à faire exploser les marchés. "

Alex Tedder (Schroders) " L'Inde constitue une allocation privilégiée. " © PG

Dividende

" L'année 2018 a été très difficile pour les investisseurs, rappelle encore Romain Boscher. Sur les marchés boursiers, il y avait peu d'endroits où se réfugier pour préserver son capital, en dehors de quelques marchés (Brésil, Russie). Même les rendements obligataires n'ont pas été en mesure de protéger les investisseurs, et la modération de la hausse des taux directeurs va permettre aux rendements boursiers de rester encore durablement plus élevés que les rendements obligataires. Dès lors, ceux qui sont à la recherche de rendement se doivent aujourd'hui de considérer les actions, ainsi que d'autres classes d'actifs génératrices de revenus comme l'immobilier ou les emprunts privés. "

Pour 2019, Romain Boscher estime par ailleurs qu'il existe aujourd'hui une incertitude flagrante sur la croissance américaine, le marché ayant déjà anticipé un scénario de fort ralentissement tandis que la croissance des résultats est attendue autour de 7%. " Si la récession n'est pas au rendez-vous, il y a aujourd'hui plus à gagner qu'à perdre en adoptant un positionnement sur les marchés boursiers. " Le spécialiste souligne que la priorité devra aller vers des sociétés de qualité, avec une situation financière saine. " Le refinancement est devenu plus difficile pour les entreprises dont le bilan est dégradé, et le marché des émissions à haut rendement est pratiquement fermé aux nouvelles émissions depuis plusieurs mois. "

Romain Boscher (Fidelity)" Les taux obligataires vont rester durablement bas. " © PG

En disruption

En termes de stratégie d'investissement, Alex Tedder estime qu'il faudra adopter un positionnement diversifié sur les différents secteurs et zones géographiques, vu les conditions toujours volatiles et le manque de visibilité actuel sur les marchés financiers. " Cette situation offre toutefois de nombreuses possibilités. Le secteur technologique conserve encore un potentiel important, et nous restons attentif au secteur la disruption, qui a tendance à créer des opportunités massives qui ne sont généralement pas bien estimées par le marché. "

Le spécialiste reste par contre assez frileux quant aux perspectives offertes par les actions européennes. " Il y a trop de problèmes structurels à l'heure actuelle, et les investisseurs préfèrent donc aller vers les Etats-Unis, le Japon ou les marchés émergents. " Alex Tedder souligne d'ailleurs que la valorisation de ces pays émergents a intégré beaucoup de mauvaises nouvelles en 2018, et qu'il suffira d'un redressement des attentes bénéficiaires pour que les cours se redressent rapidement. " L'Inde constitue une allocation privilégiée, avec de nombreux développements positifs qui mériteraient davantage d'attention. "

Christian Howells (Aberdeen Standard Investments)" Nous gardons une prédilection pour les valeurs défensives et peu risquées. " © PG

Option émergente

Romain Boscher apprécie, lui, les actions value aux Etats-Unis, et se tourne davantage vers les valeurs de croissance eu Europe et au Japon. " Sur le Vieux Continent, le secteur de la value est concentré sur des groupes bancaires qui vont être affectés par le maintien d'un environnement de taux bas pendant encore trois ou quatre ans. " Selon lui, les devises émergentes sont aujourd'hui sous-évaluées dans un grand nombre de cas, ce qui offre un bon point d'entrée. " Il est difficile d'être exposé sur les marchés émergents si vous n'avez pas confiance dans la devise ", rappelle-t-il.

Quant à Christian Howells, head of investment specialists chez Aberdeen Standard Investments, il explique que la hausse du risque de récession à moyen terme est inquiétante en premier lieu pour les entreprises américaines qui se sont fortement endettées ces dernières années, tandis que la santé des ménages américains est restée nettement meilleure. " Notre scénario central n'est toutefois pas encore axé sur une récession économique. Dès lors, notre allocation sur les marchés boursiers reste à l'heure actuelle peu agressive, avec une prédilection pour les valeurs défensives et peu risquées. " Parmi les autres classes d'actifs privilégiées dans une approche globale, il souligne l'attrait de la dette émergente en devise locale et les projets d'infrastructure, " dont les flux de trésorerie sont peu dépendants du contexte économique global ".