Après un exercice 2018 particulièrement difficile, les marchés obligataires se trouvent aujourd'hui face à un début d'année moins défavorable. " Il existe actuellement plusieurs facteurs en conflit sur les marchés obligataires, souligne Stéphane Fertat, spécialiste des marchés obligataires chez T.Rowe Price. D'un côté, le ralentissement de la croissance économique globale a augmenté l'appétit pour les emprunts obligataires gouvernementaux. Plus particulièrement, la politique plus attentiste des banques centrales a renforcé l'intérêt sur les parties courtes de la courbe de taux. D'un autre côté, la diminution de la taille du bilan des banques centrales a entraîné une diminution de la liquidité, avec des conséquences négatives pour les classes d'actifs les plus risquées, comme la dette d'entreprise ou la dette émergente. "

Pas de récession

Parmi les facteurs de danger sur la classe obligataire, Charles Zerah, gérant du Carmignac Unconstrained Global Bond, souligne la faiblesse des taux, qui expose les investisseurs à perdre très rapidement leur rendement. " Il n'y a plus vraiment de placements sûrs, avec des flash krachs qui peuvent se produire dans un contexte où les banques ne fournissent plus de liquidités. Nous restons donc très prudents et diversifiés, avec un portefeuille de 70 à 80 lignes et environ 10% de liquidités, ce qui n'est pas vraiment un niveau inhabituel pour notre stratégie. Le spécialiste constate également que le ralentissement chinois avait déjà commencé avant la problématique de la guerre commerciale. " Le gouvernement avait pris des mesures pour désendetter l'économie et réduire la croissance du crédit. Nous nous attendons à ce que les deux pays arrivent à un accord, et que le gouvernement américain tourne ensuite son attention vers l'Europe. Mais la thématique de la guerre commerciale est selon nous loin d'être résolue, et l'instabilité devrait perdurer. "

De son côté, David Zahn, head of european fixed income chez Franklin Templeton Investments, souligne qu'il n'existe aucun élément qui pourrait indiquer que nous allons entrer en récession. " Il faudrait que la situation se détériore significativement pour que cette crainte se justifie. " Il s'attend donc à ce que les marchés adoptent une vision plus réaliste des fondamentaux économiques durant les prochains mois avec une activité qui devrait rester soutenue aux Etats-Unis. " De même, le ralentissement en Europe devrait être temporaire avec une situation qui se normalisera durant les prochains mois, poursuit David Zahn. La Banque centrale européenne restera accommodante avec une première hausse de taux qui ne devrait par intervenir avant 2021. "

Stéphane Fertat (T.Rowe Price)" Si leur devise venait à se stabiliser dans le futur, l'Afrique du Sud ou l'Indonésie pourraient constituer des destinations attrayantes. " © PG

Diversification

" Pour 2019, nous privilégions une très large diversification sur l'ensemble des marchés obligataires, tant au niveau géographique que des classes d'actifs. Et nous restons également flexibles dans un contexte où les banques centrales vont probablement changer leur discours dans un environnement qui convergera vers un ralentissement économique plus prononcé, indique Charles Zerah. Avec une Banque centrale européenne qui se retrouve aujourd'hui piégée et dans l'impossibilité de normaliser sa politique monétaire, nous pensons que les taux vont rester bas et qu'il ne sera plus nécessaire de conserver une duration courte sur Carmignac Unconstrained Global Bond.

Stéphane Fertat indique également qu'anticiper un mouvement baissier sur le dollar va être central dans la stratégie d'investissement obligataire en 2019, un mouvement qui pourrait être déclenché par un tassement plus rapide que prévu de l'économie américaine ou par le maintien à un niveau élevé de la croissance chinoise. " Il est toutefois encore trop tôt pour anticiper un tel mouvement ", prévient-il.

Charles Zerah (Carmignac) " Nous préférons actuellement rester exposé sur les dettes souveraines des pays développés. " © PG

Dette bancaire

Sur le marché de la dette d'entreprise, Charles Zerah souligne que les taux ont eu tendance à se normaliser, et qu'il existe désormais des opportunités sur certains segments du marché. " Nous apprécions plus particulièrement la dette bancaire, qui offre un rendement attrayant avec un niveau de risque qui a été fortement réduit ces dernières années. Nous avons récemment relevé notre exposition sur cette classe d'actifs vers 6% des actifs sous gestion de Carmignac Unconstrained Global Bond, notamment sur des champions nationaux tels qu'ABN Amro, BBVA ou Lloyds, qui offrent désormais de bonnes opportunités. Dans l'ensemble, nous restons toutefois encore sous-pondérés sur cette classe d'actifs. "

David Zahn se dit lui aujourd'hui " plus optimiste que je ne l'ai été durant les dernières années, avec des spreads qui sont aujourd'hui redevenus plus attractifs, que ce soit pour l' investment grade ou pour le haut rendement ".

" L'absence d'une récession aux Etats-Unis, le marché du haut rendement pourrait retrouver la faveur des investisseurs, indique pour sa part Stéphane Fertat. Nous avons par contre assez peu d'appétit sur la dette d'entreprise en Europe, où nous avons récemment réduit nos positions pour compenser notre exposition sur la dette émergente. En outre, avec le risque de sanctions américaines sur les producteurs automobiles européens, l'appétit pour investir en Europe est également fortement diminué. "

David Zahn (Franklin Templeton Investments)" Le ralentissement en Europe devrait être temporaire avec une situation qui se normalisera durant les prochains mois. " © PG

Pari sur le dollar

Dans un contexte de normalisation sur le dollar, la dette des pays émergents pourrait être une des classes d'actifs qui va particulièrement profiter du contexte actuel. " Les clients regardent tant la dette en devises fortes que celle en devises locales, poursuit Stéphane Fertat. Cette dernière semble actuellement un peu plus intéressante, en combinant un fort potentiel de redressement des devises avec des rendements particulièrement attirants. Nous privilégions les pays qui sont en haut de cycle pour les taux (Mexique, Roumanie), dont l'économie s'est stabilisée avec une baisse de l'inflation (Brésil) ; et à dose plus homéopathique sur des pays où les rendements sont très élevés (Argentine, Egypte). Enfin, si leur devise venait à se stabiliser dans le futur, l'Afrique du Sud ou l'Indonésie pourraient constituer des destinations attrayantes. "

Charles Zerah se montre toutefois prudent sur la dette émergente. " Le Mexique offre de bonnes opportunités dans le contexte actuel. Mais nous préférons actuellement rester exposés sur les dettes souveraines des pays développés, et notamment la dette américaine à cinq ans qui est davantage exposée à une 'repentification' de la courbe des taux. Dans l'ensemble, notre exposition sur le dollar reste toutefois relativement faible. " Il souligne également être plus prudent sur la dette italienne, en raison des incertitudes politiques dans ce pays qui provoquent un manque de visibilité, et qui s'ajoutent à un contexte économique qui reste peu engageant.

Incertitude américaine

" A plus long terme, l'explosion du déficit fiscal américain ne devrait pas constituer un problème pour la stabilité financière des Etats-Unis, notamment grâce au statut de devise de réserve du dollar, indique encore Stéphane Fertat. La dette gouvernementale à plus long terme sera toutefois à éviter dans ce contexte, car les taux pourraient généralement montrer une tendance à remonter afin de refléter cette situation fiscale difficile. D'autant que la Russie ou la Chine seront probablement moins disposées à acheter la dette américaine ".