A l'automne dernier, la Chine annonce une accélération de ses ventes de voitures: + 12,5% en octobre, + 13% en novembre. Les fabricants de puces comme l'Allemand Infineon et les fonderies qui fabriquent des semi- conducteurs en sous-traitance sont toutefois rapidement dépassés. Dès le mois de décembre, la production automobile mondiale est ainsi freinée par une pénurie de puces. Selon le consultant AlixPartners, le manque à gagner devrait atteindre 61 milliards de dollars cette année pour l'ensemble de l'industrie automobile... qui n'est désormais plus la seule concernée!
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A l'automne dernier, la Chine annonce une accélération de ses ventes de voitures: + 12,5% en octobre, + 13% en novembre. Les fabricants de puces comme l'Allemand Infineon et les fonderies qui fabriquent des semi- conducteurs en sous-traitance sont toutefois rapidement dépassés. Dès le mois de décembre, la production automobile mondiale est ainsi freinée par une pénurie de puces. Selon le consultant AlixPartners, le manque à gagner devrait atteindre 61 milliards de dollars cette année pour l'ensemble de l'industrie automobile... qui n'est désormais plus la seule concernée! En effet, si le segment spécifique des puces automobiles, qui représente 9% du marché global des semi-conducteurs, a été le premier touché, la pénurie s'étend. Nintendo, Microsoft, Samsung et Apple annoncent un ralentissement de la production de consoles ou de smartphones. Mineba Mitsumi, spécialiste japonais des composants électriques, redoute un impact sur l'aviation. En d'autres termes, la pénurie se généralise, ce qui s'explique par une conjonction de différents éléments. Il faut tout d'abord revenir un peu en arrière. Le secteur des semi-conducteurs avait connu une année 2019 mitigée. Et au début de la pandémie, l'heure était plutôt au pessimisme ; les investissements sont donc restés plutôt prudents.Rapidement, la demande a toutefois décollé au printemps. Selon le bureau de conseil Gartner, les ventes de PC ont progressé de 4,8% en 2020, la plus forte croissance depuis 2010. Une accélération inattendue alors que les ventes d'ordinateurs s'essoufflaient depuis des années. Les ventes de périphériques (webcams, claviers, etc.) ont aussi décollé, comme l'illustre la croissance de 85% des ventes du groupe suisse Logitech. Parallèlement, l'accélération du déploiement de la 5G au niveau mondial a aussi accentué la demande de semi-conducteurs pour les infrastructures et les appareils. Le boom des cryptomonnaies a incité les "mineurs" à investir dans davantage de matériel. Enfin, nous pouvons épingler le conflit commercial sino-américain qui a convaincu le géant chinois Huawei de gonfler ses stocks de semi-conducteurs pour faire face aux sanctions. Selon les spécialistes, cette pénurie risque d'empirer avant de se résorber. "Nous prévoyons que les contraintes de l'industrie des semi-conducteurs ne s'atténueront que partiellement au cours du second semestre 2021 et que certains problèmes d'approvisionnement (informatique, puces 5G) se prolongeront jusqu'en 2022", estiment ainsi les analystes de Bank of America. Il n'y a en effet pas de solution à court terme, les capacités étant pleinement utilisées. Et en développer de nouvelles prend du temps. Par ailleurs, le marché de la production de semi-conducteurs est extrêmement concentré. De nombreux acteurs sont dits fabless ( fabrication less, sans unité de production), concevant des semi-conducteurs qu'ils font fabriquer par des fonderies.Selon le cabinet IC Insight, Samsung et TSMC représentent 27,8% de la capacité mondiale de wafers, ces petites galettes de silicium transformées en puces électroniques par photolithographie. Et le top 5, incluant aussi Micron, SK Hynix et Kioxia, atteint 53,8% de parts de marché pour un produit essentiel à tous nos ustensiles et réseaux modernes. Une importance qui explique les interventions des présidents Emmanuel Macron ou Joe Biden depuis le début de la pénurie. Cette concentration résulte surtout des investissements et de l'expertise nécessaires. Par exemple, seuls Samsung et TSMC sont capables de produire des puces avec une gravure de cinq nanomètres (nm), 10.000 fois plus fin qu'un cheveu. Pour ce faire, TSMC a construit sa Fab 18, un giga-labo qui a nécessité 17 milliards de dollars d'investissements, notamment dans les équipements et les salles blanches. Plus la technologie avance, plus elle est complexe et coûteuse. Selon IC Insight, la Chine ne parviendra par exemple qu'à produire 19,4% de ses besoins en 2025, très loin de son objectif initial de 70%.Une demande forte, une offre limitée et des producteurs peu nombreux débouchent forcément sur des hausses de prix. Selon Nikkei Asia, TSMC relève ainsi ses prix de 15% pour les semi-conducteurs automobiles. Les analystes de TrendForce prévoient une hausse de jusqu'à 20% des prix des contrôleurs intégrés. Cependant, le marché des semi-conducteurs n'est pas uniforme. Si la tendance est à la hausse des prix, Samsung s'inquiète de ses ventes de puces mémoire. La pénurie de semi-conducteurs risque en effet de freiner la production de smartphones et tablettes, grands consommateurs de ce type de puces. D'autres évoquent le risque d'un excédent de production d'ici deux à trois ans en raison du développement des capacités. C'est en effet un scénario assez classique dans le secteur des semi-conducteurs mais dont les creux ont tendance à devenir de plus en plus courts en raison des besoins colossaux de ce "pétrole du 21e siècle". Selon Deloitte, le coût des semi-conducteurs dans une voiture devrait ainsi atteindre 600 dollars en 2022, contre 312 dollars en 2013. Allied Market Research estime que le marché des puces pour l'intelligence artificielle devrait croître de 6,6 milliards de dollars en 2018 à 91,2 milliards en 2025. On pourrait ajouter la 5G, l'internet des objets, les serveurs (pour l'e-commerce, par exemple), etc.