Sur une période de 10 ans, il est aujourd'hui malaisé de faire encore une distinction entre les fonds exposés uniquement sur les valeurs biotechs et ceux qui visent plus généralement les soins de santé. A part un profil de volatilité qui est souvent plus favorable à ces derniers (13% pour les fonds santé contre 20% pour les fonds biotechs), les performances des meilleurs produits ressortent sur des niveaux relativement similaires (15% pour la biotech contre 14% pour la santé).
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Sur une période de 10 ans, il est aujourd'hui malaisé de faire encore une distinction entre les fonds exposés uniquement sur les valeurs biotechs et ceux qui visent plus généralement les soins de santé. A part un profil de volatilité qui est souvent plus favorable à ces derniers (13% pour les fonds santé contre 20% pour les fonds biotechs), les performances des meilleurs produits ressortent sur des niveaux relativement similaires (15% pour la biotech contre 14% pour la santé). Ce retournement de situation s'explique tout d'abord par l'intégration d'un nombre croissant de bonnes idées du secteur biotech dans les stratégies " santé ". En examinant les 10 premières positions des meilleurs fonds repris dans notre tableau, on peut observer que certains groupes biotechs (comme Amgen, Gilead, Vertex et même Galapagos) figurent également en bonne position dans l'allocation des fonds santé. D'autre part, un nombre croissant de groupes biotechs commencent à faire aujourd'hui face à des expirations de brevets, ce qui atténue leur profil de croissance. Enfin, les meilleurs fonds santé ont la capacité de s'exposer à une gamme de sources de croissance plus large que les fonds biotechs. Si Roche, AstraZeneca, Merck ou Bristol Myers Squibb figurent souvent dans le top 10 des fonds santé, des groupes comme United Health (assureur santé) ou des producteurs d'instruments médicaux actifs dans les tests de dépistage du Covid-19 (comme Thermo Fischer ou Abbott Labs) figurent également en bonne place. Bref, leur assise sectorielle plus large leur permet d'afficher une volatilité moindre tout en étant exposés sur des zones de croissance attractives. La crise du Covid-19 a permis de tester à nouveau la résilience du secteur, avec des fonds qui ont déjà digéré la totalité de l'impact baissier subi lors des périodes de forte volatilité du mois de mars. Les 10 meilleurs fonds disponibles en Belgique affichent désormais une progression moyenne de 1,5% depuis le début de l'année. En tête du classement, nous retrouvons le fonds Candriam Equities Biotechnology, géré depuis Bruxelles par Rudi Van den Eynde, et qui continue de justifier sa notation cinq étoiles avec une performance annualisée proche de 17% durant la dernière décennie. " Dans une crise de cette ampleur, pratiquement tous les secteurs économiques vont être affectés. Mais dans l'ensemble, l'impact sur les soins de santé ou sur la biotechnologie sera moindre, ce qui explique la surperformance réalisée par ces stratégies depuis le début de l'année. Dans notre fonds, nous avons relevé notre niveau de liquidités vers 5-7% lorsqu'il est devenu évident que le problème du coronavirus allait peser sur les cours, en rendant donc le profil du fonds plus défensif. Ces dernières semaines, nous avons utilisé ces liquidités pour investir sur des sociétés qui ont été injustement pénalisées, en particulier sur les groupes qui feront parties de la solution à la crise actuelle. " Le fonds Janus Henderson-Global Life Sciences fait pratiquement aussi bien sur une période de 10 ans, avec une progression annualisée de 16,4%. Andy Acker, gestionnaire du fonds, souligne que les marchés ont récompensé les entreprises utilisant la technologie ou la recherche pour lutter contre le Covid-19. " Nous restons sceptiques sur la hausse récente de certaines valeurs biotechs, mais les actions du secteur ont une nouvelle fois démontré leur profil défensif lors de cette correction. " Même si certains services hospitaliers sont à l'arrêt et que certains soins ne sont plus dispensés, la population continue d'avoir besoin de médicaments, notamment pour les maladies chroniques. " Les entreprises qui contribuent à faciliter les soins médicaux à distance ont également marqué des points, et l'intérêt des investisseurs pour ces sociétés pourrait, selon nous, persister longtemps après la fin de la pandémie ", estime encore Andy Acker. Il n'est aujourd'hui pas évident de distinguer quels seront les vainqueurs sur un plan thérapeutique face à cette crise sanitaire. Si de nombreux essais cliniques sont en cours pour trouver un vaccin, Jenna Denyes, analyste sur les soins de santé chez GAM Investments, constate qu'ils " ne seront pas disponibles à court ou moyen terme, avec une approbation qui ne devrait pas intervenir au mieux avant 12 à 18 mois, à condition que chaque étape dans le développement se déroule sans accroc et que le virus ne mute pas ". Elle rappelle également que les virus de type corona ont été historiquement des candidats difficiles pour le développement d'un vaccin. Un avis partagé par Lydia Haueter, gestionnaire du fonds Pictet Biotech, qui souligne que de nombreux obstacles se dressent devant la découverte d'un vaccin, et notamment l'utilisation de nouvelles technologies très intéressantes mais qui doivent encore faire leurs preuves. " D'autres solutions thérapeutiques sont explorées dans le domaine de nouveaux traitements à base d'anticorps, ou en utilisant des traite-ments déjà commercialisés. " Dès lors, les vainqueurs pourraient davantage provenir des antiviraux déjà commercialisés pour d'autres maladies, qui pourraient permettre de faire tomber la charge virale chez les patients, et notamment l'hydroxychloroquine (malaria) de Sanofi ou le Remdesivir (Ebola) développé par Gilead. " Les données disponibles actuellement ne sont pas encore suffisante pour donner une indication claire sur l'efficacité des différents traitements, tempère Rudi Van den Eynde (Candriam). L'utilisation de médicaments déjà approuvés commercialement pourrait toutefois permettre d'enregistrer des progrès rapides contre cette maladie. " Une autre voie de traitement vise à atténuer la réaction parfois exagérée du système immunitaire (choc cytokinique) qui provoque de nombreux décès dans les salles de soins intensifs, notamment au travers de divers traitements contre les inflammations, comme le Kevzara de Regeneron ou l'Actemra de Roche. Un vaccin ne devrait pas être disponible avant l'année prochaine mais durant les prochains mois, la crise constituera une aubaine pour les groupes qui seront en mesure d'annoncer des avancées cliniques significatives et de fournir des tests de diagnostic à grande échelle. Le suivi à distance des patients constituera une autre zone du marché où les opportunités seront significatives. Pour le secteur des soins de santé, la crise sanitaire aura des conséquences potentiellement négatives sur certains segments, avec, par exemple, la difficulté d'enrôler de nouveaux patients dans les essais cliniques ou la difficulté de trouver des sources de financement dans une économie en récession, deux facteurs qui pourraient affecter plus directement les groupes biotechs de petite et moyenne taille. " Ces dernières semaines, nous avons relevé notre exposition sur les grands noms du secteur, qui disposent de réserves financières importantes leur permettant de traverser la crise, confirme d'ailleurs Lydia Haueter. Au vu du niveau atteint par les valorisations, nous restons toutefois à l'affût de sociétés innovantes actives dans des domaines tels que l'oncologie ou les maladies orphelines et qui pourraient se voir injustement pénaliser dans un mouvement baissier ".