David Older a construit la majeure partie de sa carrière aux Etats-Unis, notamment chez Morgan Stanley et dans un hedge fund new-yorkais. Il est engagé chez Carmignac en 2015 afin de superviser la gestion des valeurs exposées sur les technologies de l'information et les médias. Des premiers pas concluants qui ont poussé la société française à nommer David au poste de head of equities (responsable de l'équipe Actions) au début de l'année 2017. Il reste également en charge de la gestion des investissements, notamment sur les actions américaines ou sur le secteur technologique. A ce titre, David Older et son équipe sont en charge de l'allocation sur les marchés boursiers du fonds Carmignac Patrimoine, qui peut grimper jusqu'à 50 % des actifs sous gestion (actuellement autour de 24 milliards d'euros). Basé à Londres (comme la majeure partie de son équipe), il était récemment de passage à Bruxelles pour nous livrer sa vision sur les perspectives offertes aux marchés boursiers.

TRENDS-TENDANCES. Quels sont les défis auxquels vous devez faire face ?

DAVID OLDER. Durant ces deux dernières années, j'ai cherché à renforcer les processus de gestion en interne, plus particulièrement dans la manière dont les idées sont générées afin de dégager une performance supérieure au marché. Pour y arriver de manière consistante, les équipes de Carmignac avaient besoin de réaliser plus de recherche primaire. Ceci nécessitait d'augmenter la taille de l'équipe, qui atteint désormais une vingtaine de personnes. Mais ce changement dans les processus de gestion a également requis de s'intéresser davantage aux perspectives offertes par le big data, et d'augmenter notre capacité à analyser les données qui sont disponibles en ligne pour comprendre les tendances dans la consommation. Ces derniers mois, j'ai également passé beaucoup de temps à changer les processus dans la manière dont nous recrutons et motivons les équipes.

Quelle est votre appréciation de la situation sur les marchés boursiers ?

Nous restons généralement surpondérés sur l'Europe, que nous apprécions pour le potentiel d'accélération cyclique. En outre, nous estimons que l'euro ne constitue pas encore un problème au niveau actuel. Les diverses réformes en cours, plus particulièrement la réforme du droit du travail en France ou les nouvelles réglementations bancaires, pourraient avoir un impact positif sur les marchés. Nous apprécions plus particulièrement le secteur du luxe, notamment au travers d'Hermes ou d'entreprises de fast fashion en ligne comme Asos. Nos portefeuilles sont également surpondérés sur les marchés émergents, plus particulièrement sur le potentiel de réformes en Inde ou en Argentine, que nous exprimons avant tout au travers du secteur financier. Nous détenons également des positions sur les marchés chinois et coréens, avec notamment Tencent (réseau social et puissance montante du secteur des jeux électroniques), Hikvision (caméras de surveillance) ou encore Samsung. Chez ce dernier groupe, la rationalisation de la structure de conglomérat, la valorisation faible et la hausse de création de valeur (rachat d'actions propres, dividendes, transparence) permettent de compenser les éléments négatifs, à condition bien entendu qu'un conflit armé n'éclate pas dans la région.

Et les Etats-Unis ?

Nous pensons que le président Trump continuera d'éprouver de grandes difficultés à faire progresser son agenda de réformes, avec un congrès républicain qui ne semble pas disposé à autoriser une hausse des dépenses publiques. L'impact d'une déréglementation éventuelle sera positif, mais nous pensons que nous n'assisterons pas à la mise en place de réformes structurelles profondes. Dès lors, même si nous ne nous attendons pas à une récession aux Etats-Unis dans l'immédiat, l'activité économique ne devrait pas remonter vers un rythme de progression compris entre 3 à 4 %, comme l'envisageait le nouveau président lors de son élection. Dans ce contexte, nous continuons d'apprécier les perspectives offertes par le secteur biotech ou par les valeurs technologiques.

Le marché a-t-il raison de s'inquiéter de la valorisation atteinte par le secteur technologique ?

Dans une économie américaine où la croissance restera décevante, nous pensons qu'une prime importante restera accordée aux groupes qui parviennent à dégager une croissance très rapide, de l'ordre de 20 à 30 % par an au niveau global avec des barrières à l'entrée importantes. Ces sociétés sont également en mesure de se protéger grâce aux importantes dépenses de recherche et développement qu'elles consentent annuellement. Dans de nombreux cas, nous pensons que les attentes du marché sont erronées et continuent de sous-estimer le potentiel de croissance des résultats par action. Pour autant, nous n'avons plus d'exposition sur Google et avons fortement réduit celle sur Amazon durant les derniers trimestres (notamment en raison des investissements dans la distribution physique avec le risque de pression sur la marge bénéficiaire). Et nous reconnaissons qu'il existe un risque à moyen terme d'une régulation plus importante du secteur.

Quelles valeurs privilégiez-vous actuellement dans le secteur technologique ?

Nous recherchons des valeurs qui sont moins largement couvertes par les analystes. Nous apprécions par exemple une valeur comme Mercado Libre, la plateforme de commerce électronique de référence en Amérique latine depuis 10 ans. La pénétration du commerce électronique reste encore faible dans cette région (autour de 3%) et la croissance devrait être très rapide. Nous considérons qu'il sera difficile pour un acteur comme Amazon de déloger un groupe qui est déjà très bien installé. Nous sommes également très positifs sur les développements dans les jeux vidéo, qui sont en train d'abandonner un profil très cyclique lié au lancement de nouveaux jeux pour privilégier des rentrées plus régulières grâce à la digitalisation croissante des supports. Les éditeurs court-circuitent également de plus en plus les réseaux de distribution physiques en augmentant fortement les marges réalisées. Nous apprécions dans ce domaine des noms tels qu'Activision Blizzard, Tencent ou le producteur de cartes graphiques Nvidia. Les produits de ce dernier groupe sont utilisés de plus en plus dans les data centers ou dans les voitures autonomes, pour leur capacité à reconnaître les dangers qui peuvent apparaître autour des véhicules. L'action a doublé sur les 12 derniers mois et les perspectives restent extraordinaires.

Appréciez-vous également des groupes en Europe ?

Bien sûr. Nous détenons le groupe néerlandais ASML, qui dispose d'un monopole sur la nouvelle génération de matériel destiné à l'industrie des semi-conducteurs, dont la demande devrait exploser durant les prochaines années avec l'augmentation rapide du nombre d'appareils qui seront connectés sur Internet. Le français Criteo (coté aux Etats-Unis) figure également parmi nos valeurs préférées. Nous apprécions la maîtrise du groupe à cibler les campagnes publicitaires en ligne sur la base des recherches effectuées par les utilisateurs dans un passé récent, ce qui permet de juger beaucoup plus directement l'efficacité des dépenses publicitaires réalisées par les grands groupes. C'est un candidat idéal pour un rachat par une grande agence publicitaire qui souhaiterait acquérir cette expertise durant les prochaines années.