L'économie allemande émet des signaux contradictoires. Quel est l'indicateur le plus fiable pour la principale économie de la zone euro ?

PETER VANDEN HOUTE. "L'Institut Ifo a interrogé plus de 9.000 chefs d'entreprise allemands sur leur évaluation de la situation actuelle et leurs attentes pour les mois à venir. Un échantillon plus large que celui de l'indice PMI, qui mesure la confiance des directeurs d'achat. Ce dernier est plus réactif car les résultats de l'étude sont publiés plus rapidement. Mais pour moi, les résultats de l'Ifo sont plus fiables et ils ont montré en mars une amélioration du climat dans le secteur des services allemand.

Les investisseurs souhaitent connaître la tendance le plus rapidement possible et l'indicateur PMI leur permet de prendre un peu d'avance. La plupart du temps, les résultats des différentes études conjoncturelles concordent en grande partie. Il arrive qu'ils ne dégagent pas une image univoque mais en général, les principales tendances coïncident."

L'industrie allemande est le principal sujet de préoccupation. Comment se porte-t-elle ?

PVH. "Tant l'Institut Ifo que l'indice PMI montrent que les entrepreneurs du secteur industriel ne débordent pas de confiance. Ils ont des doutes quant à la situation actuelle et à l'avenir. L'industrie pèse beaucoup plus lourd en Allemagne que dans la majorité des autres pays de la zone euro puisqu'elle représente plus de 20% du produit intérieur brut (PIB). C'est notamment dû à l'industrie automobile. Cela dit, le secteur tertiaire reste beaucoup plus important que l'industrie."

L'Allemagne est-elle plus dépendante de la Chine que d'autres pays européens ?

PVH. "L'Allemagne est plus tributaire que d'autres pays de l'Union européenne de marchés hors zone euro comme la Chine et les États-Unis. Rien d'étonnant donc à ce que l'économie allemande souffre du retard de croissance de la Chine et de ses déboires commerciaux. Le président américain Donald Trump envisage une nouvelle hausse des tarifs douaniers sur les importations de voitures et de pièces détachées européennes. Dans ce contexte, il est normal que les entrepreneurs allemands se montrent plus pessimistes que leurs homologues des autres pays de l'UE."

La confiance des entrepreneurs belges a fait un bond en avant en mars. À terme, le sort de la Belgique est-il intimement lié à celui de l'Allemagne ?

PVH. "L'économie belge est un wagon de la locomotive allemande car ce pays représente environ 18% de nos exportations et constitue dès lors notre principal marché à l'exportation. Une diminution des exportations allemandes vers la Chine signifie une baisse de nos expéditions de produits semi-finis vers l'Allemagne. Mais je ne m'attends pas à ce que la locomotive allemande s'arrête dans l'immédiat. Je prévois une accélération de l'économie allemande au deuxième trimestre, à moins qu'un Brexit dur ne gomme totalement l'amélioration économique observée actuellement. Un Brexit dur entraînerait au moins un trimestre de contraction économique."

Devons-nous craindre une récession en Belgique, deux trimestres consécutifs de croissance négative ?

PVH. "La question est surtout de savoir à quel moment cette récession risque de se produire. Nous nous situons à la fin du cycle économique des États-Unis. Je ne prévois pas de récession pour l'instant. Mais 2020 reste un gros point d'interrogation."

Traduction : virginie·dupont·sprl