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Placer ses économies sur un livret, c'est l'assurance d'une perte de pouvoir d'achat. Pour l'ensemble des Belges, détenant 258 milliards sur des comptes d'épargne, cela représente une perte réelle de plus de cinq milliards sur base annuelle. Pourtant, Bruno Colmant ne déconseille pas le livret mais recommande d'en faire un usage approprié. " Le compte d'épargne n'est pas destiné à recueillir des placements sur le long terme, le rendement étant par essence limité. Il demeure par contre idéal pour conserver une réserve de liquidités, traditionnellement estimée à six à douze mois de revenus. Le rendement extrêmement réduit est compensé par une grande disponibilité des fonds " et est exonéré fiscalement (à concurrence de 960 euros d'intérêts par personne en 2018). Le compte d'épargne bénéficie par ailleurs d'une garantie publique de 100 000 euros par banque et par personne. Ce n'est pas un hasard si plus aucune banque ne fait de publicité pour ce type de produits. Le rendement est à peine supérieur au compte d'épargne. Pour obtenir un taux de plus de 1 %, vous devez ainsi vous engager à long terme avec la petite banque d'épargne flamande CKV ou Izola Bank, banque maltaise propriété du groupe de sanitaires Van Marcke, selon guide-épargne.be. Ce rendement est par ailleurs soumis au précompte mobilier de 30 %. Traditionnellement, les obligations constituent la partie sûre d'un portefeuille d'investissement. La seule certitude actuelle est toutefois d'obtenir un faible rendement, pointe Bruno Colmant. " Le risque associé à une obligation de long terme (NDLR : à partir de cinq ans) est plus élevé qu'historiquement. " Etant donné les très faibles taux proposés, la moindre hausse des taux se traduirait par une chute du cours, la valeur de l'obligation s'ajustant pour refléter les taux du marché. Cela explique que les fonds obligataires se sont plutôt bien comportés ces dix dernières années, la baisse des taux ayant soutenu les cours. Evidemment, celui qui conserve le titre jusqu'à son échéance est remboursé intégralement du principal mais doit s'accommoder d'un intérêt réduit durant dix, quinze, voire cent ans, certains Etats n'hésitant plus à s'endetter pour un siècle. Il y a donc de fortes chances pour que le détenteur d'une telle obligation subisse une perte de pouvoir d'achat durable. Si la politique de la Banque centrale européenne coûte cher au titulaire d'un compte d'épargne, elle a par contre clairement profité aux détenteurs d'actions. " Les taux extrêmement bas poussent naturellement les investisseurs vers des placements moins prudents ", relève Etienne de Callataÿ. L'économiste considère globalement que les actions offrent toujours les perspectives de rendement les plus favorables. Il avertit toutefois que " tout investissement en actions ne peut s'envisager que dans une perspective de long terme, a fortiori quand les indices boursiers trustent les sommets. " Bruno Colmant estime ainsi " qu'un investissement boursier ne peut s'envisager que dans une perspective d'au moins cinq à six ans et en étant prêt à supporter une importante volatilité. " L'économiste en chef de Degroof Petercam paraphrase ainsi le célèbre investisseur Warren Buffett : " La Bourse est un système permettant de transférer de l'argent de l'impatient au patient. " Bruno Colmant souligne le bon compromis que constituent les fonds de placement mixtes gérés activement. L'équipe de gestion a un objectif de répartition entre obligations et actions, représentant le profil de risques structurel du fonds, mais peut s'en écarter légèrement au gré des opportunités. " Le gérant peut également adapter sa stratégie aux conditions de marché, par exemple en évitant les obligations de long terme lorsque les taux menacent de remonter comme actuellement. " Le métal jaune divise profondément les conseillers financiers depuis de nombreuses années. Une partie continue à considérer l'or comme la valeur refuge par excellence, à intégrer (en quantité limitée) dans tout portefeuille d'investissement. Etienne de Callataÿ ne partage pas ce point de vue, soulignant tout d'abord l'extrême difficulté à valoriser cet actif. " L'or ne génère aucun revenu, rendant les méthodes classiques de valorisation inopérantes. Un lingot ne vaut en fait que ce qu'un futur acheteur est disposé à payer. En outre, le prix est influencé par de nombreux facteurs sur lesquels l'investisseur n'a aucune prise, comme les achats de bijoux en or (NDLR : tout particulièrement en Chine et en Inde), les découvertes de gisements ou l'évolution des stocks d'or des banques centrales. " L'économiste en chef d'Orcadia AM dresse le parallèle avec les collections (art, vins, ancêtres). " Avec ce type d'actifs, l'acheteur doit chercher avant tout à se faire plaisir, pas forcément à réaliser un bon investissement. " Bruno Colmant se déclare " persuadé que le bitcoin annonce une révolution monétaire " mais déconseille pourtant tout placement dans les cryptomonnaies. " Actuellement, l'achat de bitcoin s'assimile à un jeu de loterie. Il n'y a encore rien de stabilisé et rien ne nous permet de savoir quelles cryptomonnaies émergeront à l'avenir. " Les banques centrales planchent notamment sur leurs propres cryptomonnaies, qui seraient prioritairement utilisées pour leurs transactions avec les banques commerciales. Cher aux investisseurs belges, l'immobilier apparaît encore plus attractif dans le contexte de taux actuel, d'autant plus que le mécanisme d'indexation des loyers offre une protection naturelle contre l'inflation. Etienne de Callataÿ rappelle tout d'abord les deux grands moyens permettant d'investir dans l'immobilier, soit directement par l'achat d'un bien, soit au travers de sociétés immobilières cotées. " Dans ce second cas, l'investisseur est conscient des risques, voyant la valeur de son action immobilière évoluer au jour le jour. Le propriétaire d'un bien immobilier n'a, par contre, pas réellement de vue sur l'évolution de la valeur de son immeuble. Les baromètres du marché immobilier offrent une moyenne globale. Or, l'investissement dans tout bien est tributaire de facteurs spécifiques, en positif comme en négatif : transformation d'une friche en espace vert, développement d'un aéroport, déglingue des maisons avoisinantes... Celui qui aurait investi il y a quinze ou vingt ans dans un bien recherché à l'époque, à savoir une villa 4-façades à la campagne loin d'une gare, peinera aujourd'hui à récupérer sa mise. " Les sociétés immobilières cotées ne résolvent toutefois pas tous les problèmes. " Elles disposent d'un vaste portefeuille de biens mais sont traditionnellement spécialisées dans un segment (surfaces commerciales en périphérie, bureaux, maisons de repos, etc.) bien précis dans une aire géographique déterminée. " L'investissement immobilier est donc plus risqué que ce qui est généralement perçu, mais pas pour autant déconseillé. Bruno Colmant se montre d'ailleurs plutôt favorable aux placements immobiliers sous toutes les formes. Il épingle toutefois qu'à l'image des obligations, les cours des sociétés immobilières réagissent à l'évolution des taux d'intérêt. L'économiste en chef de Degroof Petercam estime ainsi que l'achat direct d'un bien résidentiel constitue toujours un bon placement. " Les besoins en logements sont énormes chez nous, ce qui soutient naturellement les prix. En achetant un bien pour le long terme, l'investisseur atténue les risques liés à l'impact des taux d'intérêt et le poids des frais d'achat élevés. " Actuellement, les rendements locatifs sont estimés entre 3 % et 6 % en moyenne. A noter que l'achat d'un logement permet également à l'investisseur de profiter de la faiblesse des taux en finançant partiellement son achat à crédit. Par Cédric Boitte.