Dans sa fonction, William Davies a la responsabilité d'un département qui gère plus de 260 milliards de dollars sur les marchés boursiers. Il est également le gestionnaire principal du fonds Threadneedle Global Select Fund, un produit noté quatre étoiles chez Morningstar, qui a affiché une performance annualisée proche de 10 % durant la dernière décennie et dont les actifs sous gestion (pour le compartiment luxembourgeois) approchent désormais 1,5 milliard d'euros. Il était récemment de passage à Bruxelles pour présenter les perspectives d'investissement pour les fonds globaux spécialisés dans les valeurs de croissance.
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Dans sa fonction, William Davies a la responsabilité d'un département qui gère plus de 260 milliards de dollars sur les marchés boursiers. Il est également le gestionnaire principal du fonds Threadneedle Global Select Fund, un produit noté quatre étoiles chez Morningstar, qui a affiché une performance annualisée proche de 10 % durant la dernière décennie et dont les actifs sous gestion (pour le compartiment luxembourgeois) approchent désormais 1,5 milliard d'euros. Il était récemment de passage à Bruxelles pour présenter les perspectives d'investissement pour les fonds globaux spécialisés dans les valeurs de croissance. TRENDS-TENDANCES. Sommes-nous en train de revivre les excès des années 2000 dans le secteur technologique ? WILLIAM DAVIES. Les valeurs de croissance et la technologie ont poussé les marchés financiers sur les dernières années et il faut aujourd'hui se poser la question de savoir s'il convient de changer de style d'investissement pour aller vers des stratégies value. J'estime pour ma part que nous ne sommes pas dans une répétition de ce que nous avons traversé en l'an 2000. A l'époque, les valorisations étaient basées sur des espoirs plutôt que sur des bénéfices. A l'exception de Microsoft, bon nombre des grandes capitalisations boursières d'aujourd'hui étaient à l'époque en déclin (Apple) ou venaient de naître (Google ou Amazon). Aujourd'hui, les entreprises technologiques sont parfois chères mais elles génèrent d'importants flux de trésorerie. Reconnaître la capacité d'une entreprise à innover est particulièrement important pour gérer les actifs des clients. Qu'est-ce qui pourrait menacer ces grands groupes ? Les règlementations, très clairement. Il y a aujourd'hui deux zones dans lesquelles les pouvoirs publics vont imposer de mesures réglementaires durant les prochaines années : le jeu en ligne et les réseaux sociaux. Ces derniers ont été responsables de tout ce qui a été écrit à leur sujet, et ils doivent aujourd'hui tenter de se protéger en investissant dans le contrôle de leur contenu. Même si nous ne sommes pas dans une répétition de la crise des dotcom, cela ne signifie pas que les revenus de certaines valeurs technologiques seront soutenables sur le long terme. Quelles sont les zones du marché où les possibilités de croissance sont encore présentes ? Nous recevons aujourd'hui un volume considérable d'informations et il est aujourd'hui particulièrement difficile de faire le tri dans toutes ces données. Les sociétés qui sont en mesure d'avoir un rôle central dans ce domaine seront les vainqueurs de demain, avec les solutions en intelligence artificielle qui deviendront de plus en plus importantes. Alors qu'ils ont parfois investi de manière peu avisée dans le passé, les grands groupes technologiques ont adopté des stratégies beaucoup plus intelligentes et dépensent massivement pour protéger leurs positions acquises. Et tous cherchent à se positionner dans l'intelligence artificielle et dans le cloud. Un groupe comme Amazon investit aujourd'hui autant que les cinq premiers distributeurs américains, et pas uniquement dans la distribution. Le commerce électronique représente 18 % du marché. Il est aujourd'hui difficile de dire dans quelle mesure cette proportion va progresser dans le futur. Quelles sont vos attentes pour l'économie américaine ? Dans un cycle normal, nous aurions déjà dû assister à un retour de l'inflation, dans un contexte économique caractérisé par un taux de chômage sous les 4 % et une croissance qui reste soutenue. Cette anomalie est probablement liée à la digitalisation de l'économie qui empêche une envolée des prix en faisant pression sur ceux-ci. Ce phénomène a prolongé le cycle beaucoup plus longtemps que la normale. A moins que Donald Trump ne trouve encore un moyen de soutenir l'économie en 2019 afin de préparer les éclections présidentielles de 2020, nous pensons que l'économie américaine devrait commencer à ralentir dans le courant de l'année prochaine, avec un risque de dépression profonde. La Chine peut-elle constituer une menace pour les groupes américains ? Oui. Un groupe comme Alibaba est aujourd'hui plus avancé qu'Amazon à divers niveaux. Pour le moment, les deux groupes ont toujours su éviter un affrontement direct, même s'ils devraient désormais davantage s'opposer, notamment en Inde. Mais ce n'est pas le seul domaine dans lequel la Chine est en train d'imposer un leadership certain. Ce pays réalise désormais la moitié des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables, il étend sa zone d'influence dans l'ensemble de la zone Asie-Pacifique, et il vise à développer des produits de meilleure qualité. Le système bancaire est encore la cause de quelques incertitudes mais les progrès de ce pays sont frappants. Quelles sont les zones que vous préférez sur les marchés émergents ? Clairement l'Asie, car en dehors de cette région, il existe des incertitudes pour la plupart des autres pays, comme le Brésil, la Russie et la Turquie. Le potentiel de redressement est tout simplement plus présent en Asie. Dans ce contexte, vous défendez une gestion active sur les marchés boursiers ? Dans le contexte disruptif que nous connaissons aujourd'hui, il y aura nécessairement des gagnants et des perdants, et il sera primordial d'éviter ces derniers au risque de voir une bonne partie du capital être détruit. Il faut être actif et avoir une vue la plus large possible du secteur technologique. Il faut avoir la conviction que la société dans laquelle nous investissons sera en mesure de conserver une rentabilité élevée dans le futur. Si vous y parvenez, vous serez en mesure de dégager une performance intéressante pour vos investisseurs, même dans un contexte plus difficile pour les valeurs de croissance. Quelles sont les sociétés que vous appréciez plus particulièrement à l'heure actuelle ? Je vais en citer trois. Premièrement, une de nos principales positions dans le portefeuille est Illumina, une société qui possède une position dominante dans la fourniture de réactifs pour l'industrie biotech, notamment utilisés pour le séquençage du génome. Nous pensons qu'une proportion de plus en plus importante des dépenses médicales sera consacrée à de telles procédures, et le cours devrait être un multiple de son niveau actuel d'ici 10 ans. Deuxièmement, nous détenons une importante position dans MasterCard, afin de s'exposer sur la thématique d'une digitalisation croissance des dépenses au détriment des formes traditionnelles, avec un potentiel de croissance qui reste encore significatif. Enfin, troisièmement, nous apprécions également la banque privée indienne HDFC, qui continue de prendre rapidement des parts de marché aux banques d'Etat en proposant des services innovants. Nous sommes à ce titre surpondérés sur le marché indien, qui conserve un potentiel incroyable avec une population très jeune et une classe moyenne qui est en train d'émerger.