" Dans nos fonds d'actions, l'allocation d'actifs n'est pas réalisée en fonction de prévisions sur les taux d'intérêt, par exemple, elle se base sur la qualité des entreprises ; c'est purement le résultat du stock picking ", explique Jérémie Fastnacht, gestionnaire à la Banque de Luxembourg Investments. Une réalité qui prévaut tant pour le BL Equities Dividend qu'il gère, que pour le BL European Smaller Companies de son collègue Tom Michels. Trends-Tendances a rencontré les deux hommes au boulevard Royal, artère mythique du Grand-Duché auquel la Banque de Luxembourg reste fidèle.

Jérémie Fastnacht, gestionnaire du fonds BL Equities Dividend: "Ce ne sont pas les dividendes les plus élevés, mais les plus soutenables qui offrent une protection."

Dividende soutenable

Un fonds axé sur la perception de dividendes élevés, voilà qui attire l'attention. En raison non seulement du niveau plancher des taux, mais également des valorisations élevées des marchés boursiers. Un dividende significatif est en effet un frein à la baisse des cours. " Mais pas n'importe lequel, insiste le gestionnaire du BL Equities Dividend : ce ne sont pas les dividendes les plus élevés, mais les plus soutenables, ceux qui sont largement couverts par le cash-flow libre, qui offrent une protection. "

"Dans nos fonds d'actions, l'allocation d'actifs n'est pas réalisée en fonction de prévisions sur les taux d'intérêt, par exemple, elle se base sur la qualité des entreprises." Jérémie Fastnacht (Banque de Luxembourg Investments)

Fort logiquement, la première sélection est dès lors réalisée sur la base de critères financiers qualitatifs. Définition d'une société de grande qualité : elle bénéficie d'avantages compétitifs solides, obtient une rentabilité élevée des capitaux employés et génère donc des cash-flows importants, qui lui permettent à la fois de réinvestir dans son activité pour croître et de payer des dividendes, d'après Jérémie Fastnacht.

Et dans une seconde phase, on retient les dividendes attractifs, soutenables et en croissance. On ne s'étonne dès lors pas de relever en tête des participations le groupe Unilever, qui n'a pas abaissé son dividende depuis près de quatre décennies. Le titre est détenu depuis la création du fonds en 2007, la durée moyenne de détention des titres actuellement en portefeuille étant de cinq ans. Une valeur classique, qui ne fait peut-être pas rêver, mais dont la performance est remarquable : le return annuel moyen est de 12 % depuis 2007, contre 6 % pour l'indice mondial.

Pas de pétrole et pas d'automobile

L'action du pétrolier Royal Dutch Shell est souvent présentée comme une belle valeur de rendement. Qu'en est-il ? " Nous évitons absolument le secteur pétrolier, affirme le gestionnaire. Il ne crée guère de valeur sur un cycle économique complet, sa rentabilité n'étant pas supérieure à son coût du capital. Les groupes pétroliers sont des price takers ( entreprises otages des prix du marché, Ndlr) à faible valeur ajoutée. " Le secteur pétrolier n'est pas seul à détruire de la valeur : il en va de même pour la sidérurgie, la production de minerai de fer ou encore le transport aérien, relève Jérémie Fastnacht, qui ajoute ne pas investir non plus dans le secteur automobile.

Les géants des biens de consommation, y compris LVMH, ne sont pas seuls à figurer dans le portefeuille. Il recèle des entreprises bénéficiant des mêmes " achats répétitifs ", de montants parfois faibles mais à marge élevée, dans des domaines aussi divers que spécifiques. C'est le cas de Coloplast, leader mondial des produits traitant la stomie et l'incontinence. Ou encore de Givaudan, fournisseur du magic ingredient, le produit qui parfumera une eau de toilette ou aromatisera des chips. Même modèle, sur un plan très différent, pour SGS et Intertek, entreprises de tests, certifications et inspections, qui bénéficient elles aussi de grosses barrières à l'entrée. Autres sociétés attrayantes : celles dont les clients sont " captifs ". C'est le cas du motoriste français Safran, qui a placé plus de 20.000 moteurs dans le monde. Ou encore du fabricant d'ascenseurs finlandais Kone, dont le parc dépasse le million d'unités. La rentabilité de ces entreprises repose davantage sur les contrats de maintenance et les pièces détachées que sur la vente de l'équipement, explique Jérémie Fastnacht. Ces belles rentes de situation n'empêchent pas une ouverture vers les potentiels de croissance à long terme. En témoigne l'achat de Rockwell Automation, dont le dividende en hausse régulière ne représente encore qu'une petite partie du cash-flow, justifie le gestionnaire.

Tom Michels, gestionnaire du fonds BL European Smaller Companies " Exemple typique des entreprises que nous visons ? Un leader mondial dans un domaine spécifique. " © Photos : PG

Technologie médicale et boyau de saucisse...

A long terme, les small caps performent mieux que les grosses capitalisations, d'où l'intérêt du fonds BL European Smaller Companies. Premier poste du portefeuille : l'allemand Carl Zeiss Meditec, enfant chéri de nombreux gestionnaires. Il est suivi par l'italien Amplifon, premier distributeur mondial d'appareils auditifs, avec 11 % du marché. " Ceci lui permet de négocier des rabais très importants avec les fabricants, d'où un avantage concurrentiel, explique le gestionnaire Tom Michels. C'est un exemple typique des entreprises que nous visons : un leader mondial dans un domaine spécifique. " Il en est de surprenants, comme l'espagnol Viscofan : numéro un mondial de peaux de saucisses artificielles ! " Le marché se répartit pour moitié entre le boyau naturel et le synthétique, explique le gestionnaire, et le second existe en quatre matériaux. Viscofan est le seul à offrir toute la gamme, d'où son succès auprès des grands producteurs et sa part du marché mondial de l'ordre de 40 %. " En retrait sensible sur un an, l'action a par contre triplé sur 10 ans.

"Small is beautiful"... en général

Les small caps prometteuses ne sont malheureusement pas bon marché, le ratio cours sur bénéfices moyen du portefeuille pointant dès lors à 25. " Mais il revient en dessous de 22 pour l'an prochain ", précise Tom Michels. Il a allégé ses positions en Grande-Bretagne, suite à l'envol des entreprises exportatrices ayant suivi la chute de la livre. Le pays pèse cependant encore 13 % du portefeuille, contre plus de 24 % à l'Allemagne, 12,8 % à l'Italie et 11,8 % à la Suisse. Ainsi que 6,3 % à la Belgique, avec le fabricant de produits d'hygiène Ontex et la SIR WDP notamment. Le premier est évidemment une déception. " Les fondamentaux restent bons, compte tenu du vieillissement de la population, mais notre timing ne le fut pas, concède le gestionnaire, qui reste confiant : Ontex est numéro un dans les marques de distributeurs et a reconnu les efforts à faire. " Consolation : 29e du portefeuille, l'action Ontex est précédée par celle du groupe immobilier WDP, qui n'arrête pas de faire des étincelles.

Parmi les autres participations, on relève le fabricant de machines à café De Longhi, ou encore la société norvégienne Tomra, leader mondial des machines récupérant les bouteilles consignées. " Le titre a bien grimpé ces dernières années, plusieurs pays ayant imposé ce système. " Une action vraiment durable donc, d'autant que l'autre spécialité de Tomra est la fabrication d'instruments pour le tri des déchets. L'action a quadruplé en cinq ans.