La fin d'année 2018 a été particulièrement difficile en Bourse. L'indice américain S&P 500 a chuté de 14%, sa pire performance trimestrielle depuis 2011. Les actions européennes ont à peine fait mieux (- 12%). Pour limiter la casse, il fallait miser sur les pays émergents. L'indice MSCI Emerging Markets a ainsi limité ses pertes à 7,5% et même à 6% en excluant la Chine.

Records en Inde et au Brésil

Cette surperformance intervient après une longue période difficile pour les marchés émergents. Sur l'ensemble de l'année 2018, l'indice MSCI Emerging Markets a abandonné 15%.

Les choses ont commencé à changer au cours du second semestre. Les Bourses indienne et brésilienne ont notamment atteint un plus haut historique au cours de la seconde moitié de l'année. Evidemment, ces sommets ont des explications propres. En Inde, le parti de Narendra Modi a remporté d'importantes élections régionales, renforçant son programme de réforme de l'économie. Au Brésil, la victoire du populiste Jair Bolsonaro a été saluée par les marchés. Le nouveau président brésilien a promis des baisses d'impôts et a nommé le libéral Paulo Guedes au super ministère de l'Economie.

La politique de la Fed plus favorable

Au-delà d'éléments ponctuels, les marchés émergents ont profité d'une amélioration des fondamentaux. " La pause de la Fed ( Réserve fédérale américaine, Ndlr) dans sa politique de resserrement monétaire, l'écart de croissance grandissant entre les pays émergents et les pays développés, et des actions qui se négocient à de faibles valorisations : tout cela pourrait bénéficier à cette classe d'actifs si maltraitée ", expose ainsi Jeroen Blokland, senior portfolio manager chez Robeco. L'assouplissement de la politique de la Fed est notamment crucial. La remontée des taux aux Etats-Unis affectait doublement les pays émergents. D'une part, cela dope le billet vert sur les marchés des changes, ce qui plombe mécaniquement les sociétés et gouvernements des pays émergents ayant contracté des dettes en dollars. D'autre part, la remontée des taux incite une partie des investisseurs à rapatrier leurs capitaux aux Etats-Unis. Des sorties de capitaux qui minent les devises locales, ce qui avait forcé les banques centrales des pays émergents à relever leurs taux alors même que l'économie aurait plutôt besoin d'un coup de pouce.

La semaine dernière, la Fed a levé cette double menace en confirmant ce qui se disait déjà depuis plusieurs mois : elle marque une pause dans son processus de relèvement de ses taux directeurs. Elle pourrait aussi ralentir ou stopper sa politique de retrait progressif des 3.500 milliards de dollars injectés dans le système financier entre 2008 et 2014.

Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans a ainsi rechuté à 2,6% contre un pic de 3,26% en octobre. Suffisant pour donner un peu d'air aux pays émergents.

L'Inde, le Brésil et le ralentissement chinois

Les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) annoncent un ralentissement de l'économie mondiale en 2019. Ce ralentissement est essentiellement imputable aux économies développées. La croissance des pays émergents demeure ainsi très solide à 4,5% malgré le ralentissement observé en Chine. La deuxième économie mondiale pâtit " du durcissement nécessaire de la réglementation financière et des tensions commerciales avec les Etats-Unis " qui ne seront que partiellement compensées par des mesures de relance budgétaires.

L'optimisme est par contre de mise pour le reste de l'Asie. " L'Inde devrait connaître une reprise en 2019, grâce à la baisse des cours du pétrole et à un resserrement monétaire plus lent que prévu ; les pressions inflationnistes diminueront ", détaille ainsi le FMI. En Afrique subsaharienne, la révision à la baisse des perspectives pour l'Angola et le Nigeria, affectés par la baisse des prix du pétrole, n'éclipse pas le dynamisme de la région. " Plus d'un tiers des pays subsahariens devraient connaître une croissance de plus de 5% en 2019-2020 ", selon le FMI.

Enfin, l'optimisme est de mise pour le Brésil de Jair Bolsonaro : la croissance devrait quasiment doubler en 2019 à 2,5% contre 1,3% en 2018. Cette accélération est notamment portée par les investissements à l'image de GPA, premier distributeur au Brésil et filiale du français Casino, qui a décidé d'augmenter son budget investissements de 12,5% en 2019. Cela suscite l'intérêt des investisseurs, traders et stratégistes. Un sondage réalisé par l'agence Bloomberg place ainsi le real brésilien, les obligations brésiliennes et la Bourse de Saõ Paulo en tête des actifs préférés dans leurs classes respectives.

L'année du rebond des marchés émergents

Pour Jeroen Blokland, " les actions émergentes pourraient faire leur retour en 2019 ". Il est rejoint par de nombreux autres spécialistes, dont Daniel Morris, stratégiste chez BNP Paribas. " Les actions émergentes apparaissent bon marché par rapport aux Bourses occidentales et ont souffert en 2018, ce qui justifie un rebond. " L'indice MSCI Emerging Markets ne cote en effet que 12 fois les bénéfices contre 16 fois pour l'indice mondial MSCI World, soit une décote de 25%.

Il serait toutefois péremptoire de balayer les risques d'un revers de la main. Le principal danger est sans contexte un emballement des conflits commerciaux internationaux. Le pays le plus exposé à l'heure actuelle semble être la Chine même s'il fait tout pour renforcer les échanges entre pays émergents, notamment au travers des nouvelles routes de la soie.

Les marchés les plus plébiscités sont le Brésil, l'Inde et l'Indonésie grâce notamment à la croissance rapide des bénéfices des entreprises en 2019 de respectivement 22, 21 et 11% selon les prévisions de Bank of America Merrill Lynch.

Comment investir dans les pays émergents ?

- Fonds indiciel pays émergents : Lyxor MSCI Emerging Markets (ISIN : FR0010429068)

- Fonds indiciel Brésil : Lyxor ETF MSCI Brasil (FR0010408799)

- Fonds indiciel Inde : Amundi MSCI India (LU1681043086)

- Meilleur fonds actions émergents selon Morningstar (5*, rapport Or) : Capital Group New World Fund (LU1481181086)

- Second meilleur fonds actions émergents selon Morningstar (5*, rapport Argent) : T. Rowe Price Funds SICAV - Emerging Markets Equity (LU0133084896)