Les fonds mixtes flexibles constituent un groupe de produits extrêmement populaires sur le marché belge. Leur renommée découle (notamment) de leur résistance lors de la crise financière de 2008 et 2011, lorsque plusieurs gestionnaires avaient réussi l'exploit de limiter leurs pertes, voire de dégager une performance positive en positionnant le portefeuille sur des classes d'actifs " refuge ". Ces stratégies constituent également une proposition intéressante pour les investisseurs, qui délaissent ainsi les décisions quant à l'allocation d'actifs dans les mains d'une équipe de gestion expérimentée.

David Older et Rose Ouahba, respectivement "head of equities" et "head of fixed income" chez Carmignac Patrimoine. © PG

Gagnants et perdants

L'année 2018 a toutefois été difficile pour l'ensemble de ces produits, avec une performance négative pour plus de 90% des classes d'actifs. Sans endroit pour se réfugier, les fonds flexibles ont connu leur première année négative depuis 2008. Notre échantillon de produits populaires sur le marché belge a perdu en moyenne 7,4%, les plus affectés étant (sans surprise) ceux qui ont une exposition relativement agressive sur les marchés boursiers. Les investisseurs sont sortis de ces produits, qui ont vu leurs encours diminuer de plusieurs dizaines de milliards d'euros en 2018, les actifs sous gestion de Carmignac Patrimoine encaissant des sorties d'environ 8 milliards d'euros, contre 1,8 milliard d'euros pour Ethna-Aktiv.

Pour autant, le début 2019 est mieux orienté, et de nombreux produits ont déjà récupéré les pertes encaissées sur l'ensemble de 2018. C'est ainsi le cas de R-co Valor, de BL Global Flexible, de FvS Multiple Opportunities, de BlackRock Global Allocation ou de NN Patrimonial Balanced. En outre, les encours sous gestion ont eu tendance à se stabiliser, les investisseurs continuant toutefois à faire des arbitrages entre les différents produits. Alors que les actifs sous gestion de Carmignac Patrimoine ont encore fondu de plus de 600 millions d'euros sur les deux premiers mois de 2018, ceux de R-co Valor et de FvS Multiple Opportunities ont engrangé ensemble près d'un milliard d'euros.

Fort rebond

Yoann Ignatiew, gestionnaire du fonds R-co Valor. © PG

Le fonds R-co Valor affiche d'ailleurs le plus fort rebond, avec une progression supérieure à 15% après avoir abandonné 13,2% en 2018. Son gestionnaire, Yoann Ignatiew, était récemment de passage à Bruxelles afin de présenter sa stratégie d'investissement à l'entame de l'année 2019. Pour rappel, ce produit adopte un positionnement très agressif, avec une exposition sur les marchés boursiers qui a parfois eu tendance à flirter avec les 100%. Le fonds affiche cinq étoiles chez Morningstar, et affiche de loin la performance annualisée la plus explosive sur les cinq dernières années (+ 9,1%).

Sur l'exercice 2018, Yoann Ignatiew a toutefois adopté un positionnement plus prudent, mais a profité du mouvement de baisse pour revenir en force sur les marchés boursiers, la poche action grimpant durant les derniers mois de 2018 de 78% vers 93% des actifs sous gestion. " Nous avons été particulièrement actifs, en renforçant nos expositions sur des secteurs comme la technologie, l'énergie ou la santé, sans vendre de position à part celle que nous avions sur Eli Lilly, précise Yoann Ignatiew. Les taux américains ne vont plus monter, ce qui constitue une bonne nouvelle pour la valorisation des marchés boursiers. "

Alors que ce produit fêtera prochainement son 25e anniversaire, Rothschild & Co a annoncé le lancement d'un petit frère appelé R-co Valor Balanced, qui sera davantage exposé sur les marchés obligataires avec 45 à 100% des actifs sous gestion ; tandis que les actions ne dépasseront pas 50%. L'objectif affiché est de dégager une performance annuelle comprise entre 5 et 7% avec une volatilité tournant autour de 7%.

Haut rendement

Raphaël Elmaleh, gestionnaire de Keren Patrimoine. © PG

Derrière le fonds de Rothschild & Co, nous trouvons deux fonds très populaires, gérés par des gestionnaires qui ont fait leurs preuves, à savoir BL Global Flexible, géré par Guy Wagner, et FvS Multiplie Opportunities géré par Bert Flossbach. Ce trio de fonds démontre que les gestionnaires expérimentés ont été en mesure de bien se positionner tant pour résister à la baisse que pour profiter du rebond qui a suivi.

Un autre fonds flexible qui enregistre un joli redressement depuis le début de l'année est Keren Patrimoine, qui présente la caractéristique d'avoir une exposition sur les actions limitée à 35% des actifs sous gestion, et d'exposer une grande partie du portefeuille taux sur les obligations européennes d'entreprise à haut rendement. Un positionnement encore récemment souligné par Raphaël Elmaleh, gestionnaire de Keren Patrimoine, à l'occasion de son passage à Bruxelles. " Nous avons profité des conditions de marché à la fin de l'année dernière pour relever notre exposition sur les actifs à risque ", explique-t-il. Plus précisément, l'exposition sur les actions a été remontée de 23 vers 29% des actifs sous gestion, même s'il souligne que les perspectives restent fortement dépendantes d'éléments géopolitiques sur lesquels les investisseurs ont peu de contrôle. " C'est surtout sur le haut rendement européen que nous avons été le plus actif, et que nous conservons notre plus forte conviction. Dans un climat où les autorités européennes ne seront pas en mesure de relever leur taux directeur à court terme, le risque de défaut restera bas. Nous avons donc renforcé nos positions sur des émissions qui avaient été trop lourdement pénalisées, notamment dans le secteur de la distribution. "

La fin d'une ère

A l'autre bout du spectre, Carmignac Patrimoine sort d'une nouvelle année très difficile, marquée par une performance nettement inférieure à ses pairs. Ceci a poussé le gestionnaire parisien à entreprendre une révolution de palais, afin de retrouver une performance acceptable pour les investisseurs durant les cinq prochaines années. Edouard Carmignac a ainsi récemment cédé les rênes du fonds à un duo composé de Rose Ouahba, head of fixed income, et David Older, head of equities, tout en restant actif dans le comité d'investissement stratégique du fonds. " Nous serons toutefois seuls responsables des décisions au jour le jour ", souligne Rose Ouahba.

Didier Saint-Georges, head of portfolio advisors chez Carmignac, souligne que le grand problème des années récentes a souvent été de ne pas traduire la justesse de l'analyste macroéconomique dans des idées d'investissement. " Ceci nous a coûté beaucoup de performance au niveau du portefeuille ", reconnaît-il. Et la performance en 2018 a mis en évidence plusieurs choix malheureux, que ce soit la surpondération des actifs en euros au début de l'année 2018 en passant par la sous-estimation de l'impact de la guerre commerciale ou la forte exposition sur les marchés émergents.

" Les risques de marché, notamment liés au ralentissement économique, justifient encore un portefeuille défensif en ce début d'année. Nous favorisons les valeurs de croissance, principalement dans des secteurs défensifs, comme la technologie ou la santé, pouvant générer de la performance indépendamment du cycle économique ", explique David Older. Sur la partie obligataire, Rose Ouahba limite son exposition à l'Europe périphérique, à la dette émergente ou à la dette d'entreprise. " Nous conservons également notre exposition favorisant l'euro et le yen, au détriment du billet vert ", conclut-elle