Avec les bénéfices record sur lesquels elles ont achevé le premier trimestre, les actions FANG (Facebook, Amazon, Netflix et Google) ont d'ores et déjà rattrapé une bonne partie du retard enregistré en mars. Reste qu'elles ne semblent plus orientées droit vers le ciel. En provoquant le scandale lié à la fuite de données de quelque 50 millions d'utilisateurs, Facebook a mis la question du respect de la vie privée au premier plan de l'agenda politique. Quant à Amazon et Google, leur position dominante n'est pas bien vue par tout le monde. Le parcours actuellement chaotique des ex-chouchous des marchés boursiers montre que l'investisseur craint de les voir bridés, voire démantelés.
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Avec les bénéfices record sur lesquels elles ont achevé le premier trimestre, les actions FANG (Facebook, Amazon, Netflix et Google) ont d'ores et déjà rattrapé une bonne partie du retard enregistré en mars. Reste qu'elles ne semblent plus orientées droit vers le ciel. En provoquant le scandale lié à la fuite de données de quelque 50 millions d'utilisateurs, Facebook a mis la question du respect de la vie privée au premier plan de l'agenda politique. Quant à Amazon et Google, leur position dominante n'est pas bien vue par tout le monde. Le parcours actuellement chaotique des ex-chouchous des marchés boursiers montre que l'investisseur craint de les voir bridés, voire démantelés. Pendant ce temps, en Chine, la remise en cause des développements technologiques n'est pas à l'ordre du jour, tant s'en faut. Pékin met actuellement en place un système virtuel de notation des citoyens, véritable Big Brother local. Dans d'autres domaines, le pays adopte les progrès technologiques beaucoup plus rapidement que le reste du monde. Il pourrait bien, par exemple, devenir le premier Etat sans argent liquide - les mendiants n'ayant d'autre chose en main qu'un code QR (qui permet de faire une aumône virtuelle) font désormais partie du paysage des grandes villes, par exemple. La Chine aurait-elle d'ores et déjà dépassé l'Occident en ce qui concerne les high techs ? Pour Pascal Coppens, China evangelist chez Nexxworks, grand connaisseur du pays et entrepreneur dans le domaine des technologies, la réponse dépend du secteur. " Les grandes entreprises spécialisées dans les logiciels, comme Alibaba ou Tencent, offrent davantage de services, lesquels sont en outre mieux intégrés. Elles sont plus avancées que leurs concurrentes américaines. Sur le plan du matériel, Huawei n'a rien à envier à Apple ou Samsung. En revanche, en ce qui concerne les puces électroniques - le coeur de l'évolution numérique - , la Chine a encore du chemin à parcourir. " La sanction américaine interdisant à ZTE d'acheter des composants outre-Atlantique (ce qui risque de mettre en péril ses activités) en est une preuve douloureuse : le géant chinois des infrastructures dans le domaine des télécommunications ne peut en effet se passer des processeurs fabriqués par Qualcomm. Le plan stratégique baptisé " Made in China 2025 " doit sonner le glas de cette dépendance. La Chine a donc résolument entamé, voire, sur certains terrains, achevé, son mouvement de rattrapage. Faut-il pour autant se détourner du secteur technologique américain à son profit ? A l'occasion de la conférence annuelle consacrée à l'Asie organisée par Allianz Global Investors, filiale spécialisée dans la gestion d'actifs de l'assureur éponyme, le gestionnaire de fonds Anthony Wong a rappelé pourquoi la Chine attire tant les investisseurs en titres technologiques. Le marché chinois des paiements numériques est 50 fois plus grand que son pendant américain. On doit au pays la moitié de l'e-commerce mondial. Après avoir dépassé l'Europe sur le plan des investissements dans la recherche et développement, la République populaire s'apprête à faire de même, cette année, avec les Etats-Unis. C'est là-bas enfin que se trouvent un tiers des licornes, ces entreprises non cotées valorisées à plus d'un milliard de dollars. D'une valeur de 150 milliards de dollars, Ant Financial, la plus grande licorne du pays, fait bien mieux qu'Uber (63 milliards), l'entreprise non cotée la plus chèrement valorisée des Etats-Unis. Pour KBC Asset Management toutefois, comparer les géants de la technologie américains et chinois n'est pas toujours pertinent. En ce qui concerne Baidu et Google, l'exercice reste acceptable, car l'un et l'autre investissent les revenus publicitaires de leurs moteurs de recherche dans l'intelligence artificielle, les services cloud et les véhicules autonomes. A l'inverse, il n'y a pas lieu de comparer Tencent (pour son réseau social WeChat) et Facebook. Tencent, qui ne tire presque aucun revenu de la publicité, ne se limite pas à cette seule activité. En l'absence de stocks et d'entrepôts propres, Alibaba n'a rien de comparable avec Amazon. Pascal Coppens évoque ensuite les points de convergence. " L'un et l'autre sont des marchés gigantesques, caractérisés par la présence d'énormément de talents et de capitaux ", analyse-t-il. Mais trois éléments les distinguent fondamentalement. Premièrement, la rapidité d'exécution, bien plus élevée dans cette partie du monde oriental. " Les Chinois trouvent la Silicon Valley lente ; pendant qu'en Occident, nous discutons, là-bas, le patron tranche. " Deuxièmement, le marché chinois est beaucoup plus concurrentiel. " Dans le paysage commercial, les monopoles comme Google sont rares ; les entreprises sont donc contraintes d'être orientées clientèle et d'innover davantage ", précise l'expert. Troisièmement, des géants comme Alibaba et Tencent sont de véritables écosystèmes. " Ils disposent de plusieurs sources de revenus, distinguent plus vite ce qui est porteur de ce qui ne l'est pas et profitent d'investissements croisés ", constate Pascal Coppens. Allianz GI est convaincue que la situation économique joue elle aussi en faveur de la Chine. L'économie américaine devrait en effet entrer en récession en 2019. Quant à la conjoncture européenne, elle n'évoluera sans doute pas fondamentalement l'an prochain - les réformes ont été à ce point insuffisantes que plusieurs pays sont dans une situation tout aussi précaire qu'avant la crise. La Chine, elle, est en période de mutation structurelle. Le secteur tertiaire représente désormais plus de la moitié de son économie, et a dépassé l'industrie. Cela prouve que la croissance s'appuie aujourd'hui davantage sur la consommation que sur les seules exportations. En 2016, les investisseurs s'étaient interrogés sur les chances de réussite de ce remaniement ; Neil Dwane, stratégiste en chef chez le gestionnaire d'actifs allemand, calcule que la croissance économique est égale au montant cumulé des produits intérieurs bruts de la Belgique, de la Suisse, de la Pologne et de l'Irlande. La menace d'un conflit commercial avec les Etats-Unis fait planer des nuages sombres au-dessus de l'économie chinoise. La sanction prononcée contre ZTE montre que Donald Trump cherche noise aux entreprises de haute technologie. " Une guerre commerciale aurait un impact énorme sur le secteur technologique local, admet Pascal Coppens. Mais elle n'épargnerait pas les Etats-Unis : la Chine est en mesure de frapper sévèrement des entreprises comme Apple, Boeing ou Walmart. " Baidu, Alibaba et Tencent (BAT), les entreprises technologiques chinoises les plus connues et les plus accessibles (parce que cotées en Bourses de Hong Kong et de New York), sont tout sauf bon marché. Avec un rapport cours-bénéfice de 31, 49 et 39 respectivement, leur valorisation est plus élevée que celles de Google (29) et de Facebook (27), dont les bénéfices monstres ont pesé sur les cours. Avec un rapport cours-bénéfice moyen de 15, le CSI 300 (indice des bourses de Shanghai et de Shenzhen composé de 300 des plus grandes capitalisations boursières du pays) est, lui, bien moins cher que Wall Street, où l'indice S & P 500 cote à 21 fois le rapport cours-bénéfice escompté. Ces chiffres n'ont pas de quoi surprendre : même si les investisseurs étrangers ont aujourd'hui davantage accès aux Bourses de Shanghai et de Shenzhen, les restrictions demeurent nombreuses. Ils n'ont par ailleurs pas oublié que les mesures prises pour freiner la spéculation boursière au moyen d'argent emprunté ont occasionné le spectaculaire krach d'il y a deux ans. Sans compter que les choix opérés par les investisseurs locaux sont davantage dus à leur goût pour les jeux de hasard qu'à la rentabilité des entreprises ou à la vigueur de l'économie. Le sentiment qu'inspirent les marchés émergents ne joue actuellement pas en faveur de la Chine. Toute remontée des taux américains au-delà de la barre des 3 % rend les investissements en dollars plus intéressants. Or, un billet vert fort fait peser des doutes sur la capacité de remboursement des dettes massivement contractées en dollars par les pays émergents. La Turquie et l'Argentine en ont particulièrement fait les frais ces dernières semaines. Dirk Thiels, stratégiste chez KBC, ne craint toutefois pas de voir les cessions massives s'étendre facilement aux autres pays émergents : " Les investisseurs font, bien plus que par le passé, la distinction entre les pays mal gérés affectés de déficits structurels et les autres - surtout les pays d'Asie -, bien plus équilibrés ", rassure-t-il. Les actions chinoises auront à partir du mois de juin l'immense avantage d'être reprises parmi les indices d'actions de l'entreprise de services financiers MSCI - des paniers de référence suivis par des investisseurs du monde entier, dont le potentiel atteint 12.000 milliards de dollars. Cette intégration fera affluer au cours des prochains mois pour des dizaines de milliards de dollars d'investissements en direction de la Chine. Allianz GI estime elle aussi que les actions chinoises, et en particulier celles du secteur technologique, méritent d'entrer bien plus massivement dans le portefeuille des investisseurs. Car si le pays s'est fait une place dans l'économie mondiale, ses entreprises technologiques sont à la veille de faire partie du paysage européen. Allianz GI croit également dans les actions A (actions d'entreprises cotées en Chine même) ; il faut en effet savoir qu'investir là-bas à partir des seules Bourses de New York ou de Hong Kong revient à passer à côté de 70 % du marché. Les actions chinoises ne sont certes pas dépourvues de risques. Pékin ne craint pas de frapper fort, et sans sommation, comme vient de le constater à ses dépens le spécialiste du microcrédit en ligne Qudian. Etre coté à Wall Street ne protège pas des menaces de ce genre. De même, le président Xi Jinping et la Banque centrale peuvent commettre des erreurs. Pascal Coppens relève, outre celui que représente la politique du gouvernement, deux grands risques encore : d'abord, la concurrence plus intense, ce qui rend l'entreprise qui sortira du lot plus difficile à distinguer. Ensuite, la question de la bonne gouvernance, qui demeure une pierre d'achoppement, surtout pour les entreprises qui se sont développées grâce à la multiplication des marchés publics, comme le holding financier Anbang ou le groupe immobilier Wanda. D'après Pascal Coppens, ces problèmes touchent moins les entreprises qui doivent leur croissance au secteur privé. Notre spécialiste en est convaincu : " Cela fait 40 ans que son atterrissage est annoncé ; or l'économie chinoise n'a jamais arrêté de croître. Dans des temps pas si lointains, les 10 plus grandes entreprises au monde seront chinoises ", prédit-il.