L'Allemagne a frôlé la récession au second semestre 2018 à la suite du coup d'arrêt des ventes automobiles mondiales. En Europe, les immatriculations ont plongé de 23,5% en septembre avec la généralisation des nouvelles normes d'émissions WLTP. La tendance baissière s'est poursuivie tout au long du quatrième trimestre selon l'Association des constructeurs européens d'automobiles.

La détérioration a encore été plus nette en Chine, premier marché automobile mondial. Le recul de 3% des ventes en 2018 met fin à 28 années de croissance. Au premier semestre, le marché chinois évoluait pourtant à la hausse, mais les ventes ont chuté au cours de la seconde moitié de l'année. Les explications sont des normes plus strictes, le ralentissement économique, l'impact du conflit commercial avec les Etats-Unis. Au niveau mondial, le recul constaté en Chine a probablement fait basculer la tendance. Les grands marchés occidentaux ont en effet stagné et la croissance enregistrée en Inde ou au Brésil est insuffisante pour compenser l'impact de la Chine.

Un retournement de marché classique...

Aucune amélioration ne semble en vue. Sur les principaux marchés automobiles mondiaux, les observateurs prévoient actuellement une stagnation et redoutent une contraction. Globalement, les analystes misent sur une variation des ventes allant de -2% à +2% au niveau mondial. Si le conflit commercial ne s'envenime pas et si la conjoncture ne se dégrade pas trop. Baisse des ventes de voitures et ralentissement économique peuvent en effet s'entretenir mutuellement comme l'a montré l'exemple de l'Allemagne fin 2018. Jim Edwards, fondateur de Business Insider, épinglait même la semaine dernière que l'industrie automobile pourrait faire basculer l'Europe et les Etats-Unis en récession. " En Europe, de nombreux consommateurs n'achètent tout simplement plus de voitures. Aux Etats-Unis, ils ne parviennent plus à rembourser leur crédit auto. Pas moins de 7 millions d'Américains sont en défaut de paiement grave. " En Chine, " les ventes devraient baisser de 5% en 2019 en raison de la confiance fébrile des consommateurs ", selon Michael Dunne, CEO de ZoZoGo et spécialiste de ce marché.

... dans un environnement exceptionnel

Melexis a ainsi émis des prévisions plutôt sombres pour 2019. Le spécialiste des semi-conducteurs pour le secteur automobile avait habitué les investisseurs à une croissance de plus de 10% par an. Cette année, son chiffre d'affaires devrait par contre se contracter. Légèrement, selon ses prévisions actuelles qui intègrent une amélioration au second semestre. Françoise Chombar, CEO du groupe contrôlé par Roland Duchâtelet, souligne que le mouvement de déstockage devrait se poursuivre début 2019 " avant une reprise des commandes au second semestre 2019 si les tensions géopolitiques ne s'aggravent pas ".

Qui pourra profiter d'un boom des voitures électriques en 2025 ?

C'est en effet une des spécificités du secteur, les périodes de déclin sont accentuées par un mouvement de déstockage voulu en raison de la baisse des ventes ou contraint quand les financements peinent à suivre. L'impact sur la rentabilité est d'autant plus conséquent les frais fixes sont importants : frais de développement, usines automatisées, etc. Ce que confirme le directeur financier de Melexis, Karen Van Griensven : " la baisse des ventes pèsera à court terme sur nos marges bénéficiaires ".

Umicore observe une évolution comparable. Le spécialiste de la voiture propre, à travers son leadership dans les catalyseurs et les matériaux pour batteries rechargeables, a connu une année 2018 record. Mais son CEO Marc Grynberg épingle " un environnement macro-économique moins favorable en 2019 ". " Nous nous attendons à ce que notre profit opérationnel soit freiné en 2019 par la demande actuellement déprimée des secteurs de l'automobile et de l'électronique grand public, combinée à une augmentation des amortissements, des coûts de R&D et de démarrage, ainsi que le développement de nouvelles capacités. "

C'est tout le paradoxe de l'industrie automobile. Les ventes baissent, mais elle doit continuer à investir pour répondre aux normes environnementales, surtout en Europe et en Chine, commercialiser des voitures électriques et mettre au point la voiture autonome. Une question de survie pour un secteur qui fait face à la concurrence de nouveaux acteurs, allant de Tesla aux cons-tructeurs chinois en passant par les géants de la Silicon Valley comme Google. Ces investissements sont d'autant plus nécessaires que de plus en plus d'Etats envisagent d'interdire les voitures thermiques entre 2025 et 2040. Citons entre autres la Chine, la Norvège, l'Inde, les Pays-Bas, l'Espagne ou la France.

Développer des voitures électriques est également important en matière de coûts futurs. Actuellement, elles coûtent plus cher, mais les économies d'échelle et la baisse du prix des batteries vont en réduire le coût. Selon les spécialistes de Bloomberg New Energy Finance, la parité sera atteinte en 2024 et les voitures électriques deviendront moins chères que le moteur thermique dès 2025. Soit demain à l'échelle du secteur automobile.

La voiture autonome et connectée s'annonce comme la révolution suivante avec des possibilités démultipliées pour les constructeurs automobiles, qu'il s'agisse de faire davantage de locations ou d'automatiser les opérations d'entretien par exemple.

Investir pour le long terme

Dans un contexte aussi chahuté, les actions des sociétés du secteur automobile risquent de connaître une importante volatilité. Les acteurs les plus solides et plus aptes technologiquement sont évidemment bien mieux armés pour affronter la période qui s'annonce, mêlant baisse des ventes et investissements importants. Les plus fragiles risquent tout simplement leur survie.

Dans un tel contexte, l'investisseur doit avant tout se positionner dans une optique de long terme. Qui pourra profiter d'un boom des voitures électriques en 2025 ? De par la nature de leurs activités et leur situation financière saine, Umicore et Melexis sont bien positionnés. Michelin, avec ses rachats stratégiques et ses projets comme la création d'un pneu biodégradable et rechargeable, a clairement pris la mesure des enjeux. Parmi les construc-teurs, on pense évidemment à Tesla. Le groupe pèche toutefois au niveau de la concrétisation, peinant à réellement produire les véhicules promis. Il semblerait toutefois que le groupe américain discute avec Daimler, pour un projet d'utilitaire (dans un premier temps), ce qui serait a priori positif pour les deux groupes.