Le crowdfunding, littéralement "financement par la foule", est une vaste notion. Le secteur du crowdfunding s'est développé et professionnalisé ces dernières années. Et la ligne de démarcation entre les grandes plateformes commerciales et les nombreux acteurs plus petits s'est précisée, notamment parce que la FSMA, l'Autorité des services et marchés financiers, a affiné les critères d'agrément. Auparavant, le crowdfunding se situait en effet principalement dans la sphère de l'économie sociale: ce n'est pas un hasard s'il soutenait à l'origine surtout des projets écologiques ou sociétaux. Un stade qu'une partie du secteur a, depuis, dépassé.
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Le crowdfunding, littéralement "financement par la foule", est une vaste notion. Le secteur du crowdfunding s'est développé et professionnalisé ces dernières années. Et la ligne de démarcation entre les grandes plateformes commerciales et les nombreux acteurs plus petits s'est précisée, notamment parce que la FSMA, l'Autorité des services et marchés financiers, a affiné les critères d'agrément. Auparavant, le crowdfunding se situait en effet principalement dans la sphère de l'économie sociale: ce n'est pas un hasard s'il soutenait à l'origine surtout des projets écologiques ou sociétaux. Un stade qu'une partie du secteur a, depuis, dépassé. Selon Frederik Lamote, fondateur et codirecteur de la plateforme Growfunding, il convient donc de distinguer les grandes structures qui soutiennent des projets commerciaux - dont les investisseurs attendent un retour digne de ce nom - des plateformes plus petites, qui hébergent des projets ayant un côté sociétal. Growfunding, justement, accueille les initiatives à petite échelle assorties d'une valeur ajoutée de ce type. "Les gens s'adressent à nous parce qu'ils font le choix du crowdfunding sociétal, indique Frederik Lamote. Les montants sont moins importants qu'ailleurs, et ne peuvent en aucun cas être comparés à ceux du segment du capital- investissement. Pour vous donner une idée: chez nous, les projets sont financés à hauteur de 10.000 euros en moyenne ; le montant le plus élevé jamais collecté par la plateforme pour un seul projet était de 70.000 euros." "D'un point de vue purement juridique, ce type de crowdfunding n'est pas une transaction financière strictement réglementée, poursuit Frederik Lamote: c'est de la philanthropie. Mais même les plateformes modestes attirent actuellement énormément de petits acteurs commerciaux, qui considèrent le crowdfunding comme une source de financement supplémentaire - en plus du prêt bancaire traditionnel, par exemple -, voire l'utilisent pour sonder le terrain. Les entrepreneurs qui parviennent par exemple à impliquer disons 200 personnes dans un projet en échange de la promesse d'un cadeau symbolique ou d'un avantage en nature peuvent ensuite montrer aux banques et aux grandes plateformes de crowdlending que le soutien et l'intérêt existent. Ces dernières plateformes imposent en outre un seuil administratif beaucoup plus élevé. Et un prospectus est obligatoire à partir de 5 millions d'euros, contrainte à laquelle peu de start-up sont en mesure de se plier". Le prospectus doit contenir toutes sortes d'informations juridiques sur l'entreprise et l'investissement proposé. "Une campagne de crowdfunding est une campagne de communication à part entière, dans laquelle les réseaux sociaux, entre autres, peuvent jouer un rôle important, atteste Maren Vandenhende, qui a ouvert il y a moins d'un an Replica, un café librairie en langue néerlandaise situé à Molenbeek-Saint-Jean. Maren Vandenhende a financé son rêve d'enfant sur ses propres deniers mais aussi grâce à la banque et à Growfunding. "La banque nous a accordé un crédit d'investissement de 10.000 euros, détaille- t-elle. Nous n'avions donc plus vraiment besoin du crowdfunding pour démarrer. Growfunding nous a permis de récolter 8.500 euros, dont il nous est resté 6.000 euros environ." Les compensations, différentes selon la somme investie, allaient d'une offre de 10 tasses de café au tirage d'une illustration signée d'un artiste local. "La mise minimum avait été fixée à 10 euros, précise Maren Vandenhende. La plupart des gens n'ont pas versé beaucoup plus de 10 ou 20 euros. L'idée est de fonctionner par cercles, que l'on élargit au fur et à mesure: 25% du montant visé doivent être financés par les amis et la famille. S'ils voient qu'une première tranche a été collectée, les internautes se joindront plus facilement à l'initiative." Il a fallu un mois à Maren Vandenhende pour atteindre la somme espérée. "Les investisseurs savaient qu'il n'y aurait pas de retombées financières par la suite car une librairie, c'est un magasin, souligne Maren Vandenhende. Avec les grandes plateformes commerciales, les choses sont très différentes: l'investisseur prend un risque calculé, en échange d'un rendement prédéfini."Les plateformes telles que Look&Fin ou Bolero ciblent les entreprises de croissance et les PME ambitieuses. Certaines sociétés y lèvent des millions d'euros. En Belgique, le crowdlending ("prêt par la foule"), qui fonctionne en échange d'actions, est plus populaire que le crowdfunding. "De plus en plus d'entreprises cherchent à se financer autrement qu'auprès des banques, constate Steven Van de Sype, directeur commercial de BoleroCrowdfunding, qui fait partie du groupe KBC. Elles sont aussi de plus en plus désireuses de varier les sources de financement, dont le crowdlending fait résolument partie. Au départ, nous proposions un crowdfunding qui permettait aux investisseurs d'obtenir des actions de l'entreprise ; plus tard, nous sommes passés au crowdfunding donnant droit à des obligations subordonnées, ce qui confère une meilleure visibilité au rendement." En cas de faillite, les détenteurs d'obligations subordonnées arrivent derrière les détenteurs d'obligations ordinaires dans la liste des créanciers, mais devant les actionnaires. "Nos investisseurs cherchent surtout la sécurité, constate Steven Van de Sype. Les personnes qui optent pour le crowdlending via la plateforme Bolero connaissent normalement le rendement auquel elles pourront prétendre. C'est un principe complètement différent de celui du capital-investissement, c'est-à-dire des actions non cotées, dans le cadre duquel l'investisseur fournit du capital- risque sans avoir la certitude d'obtenir une rémunération satisfaisante en bout de course." BoleroCrowdfunding ne traite qu'avec des entreprises qui ont dépassé le stade de la start-up, ce qui se traduit par un maximum de deux à trois nouvelles campagnes par mois. "Bolero fait partie d'une grande banque. Conserver la confiance de nos clients est crucial. En même temps, il faut être réaliste: le crowdfunding offre des rendements de 7% à 8% brut en moyenne. Certes, il n'est pas dépourvu de risque. Mais je constate que la grande majorité de nos investisseurs sont extrêmement bien renseignés: ils savent parfaitement ce qu'ils font, sont très impliqués et ne se lancent pas à la légère. Les investisseurs en obligations ordinaires d'entreprises plus grandes ou plus connues posent beaucoup moins de questions." Le crowdfunding est en plein essor, et ce n'est pas Growfunding ou BoleroCrowdfunding qui diront le contraire. Il y a cinq ans, Growfunding lançait 20 nouveaux projets par an en moyenne, contre 80 aujourd'hui. Mais la crise énergétique provoque un certain ralentissement depuis six mois: "Les gens investissent en moyenne un peu moins, de sorte qu'il faut aujourd'hui attendre plutôt trois mois que deux pour réunir 10.000 euros", confirment nos interlocuteurs. Le crowdfunding doit une grande partie de sa popularité à son aspect marketing. Même des entreprises assez matures y ont aujourd'hui recours, alors qu'elles pourraient parfaitement se financer à moindre coût auprès des banques. "Les entreprises de ce type cherchent à faire connaître leur projet auprès d'un autre public, confirme Steven Van de Sype. Tout en espérant surfer sur les relations et la notoriété de Bolero et de KBC. L'intérêt des médias pour le crowdfunding s'est spectaculairement intensifié ces dernières années: si la campagne sur BoleroCrowdfunding est mentionnée sur Canal Z, par exemple, qui songera à s'en plaindre?" "Nous essayons de promouvoir activement la valeur ajoutée commerciale du crowdfunding auprès d'entreprises déjà un peu plus grandes, qui n'ont ordinairement pas recours à nous, reprend Frederik Lamote. Nous les aidons à mettre davantage en lumière leur politique écologique ou sociétale, par exemple. Il va de soi que nous avons nous-mêmes une expertise certaine dans ces domaines: avant de trouver des gens prêts à donner 40 euros sans retour financier direct, une entreprise doit déjà presque être une love brand." Selon Steven Van de Sype, l'aspect sociétal compte, certes, mais les investisseurs ne sont pas disposés à se passer de rendement. "Ce dernier peut être un peu moins élevé que celui d'un investissement ordinaire mais s'il est insuffisant, il devient beaucoup plus difficile de lever les fonds, aussi sympathique ou socialement pertinent soit le projet", nuance l'expert. Pour Frederik Lamote, la relation plus personnelle que les investisseurs entretiennent avec les initiateurs des projets est une véritable plus-value: "J'ai beaucoup moins confiance dans des marchés financiers volatils et imprévisibles que dans des projets présentés par des plateformes de crowdfunding reconnues dans lesquels peuvent être investis quelques milliers d'euros", conclut-il.