Les marchés obligataires sont unanimement considérés comme étant dangereux pour les investisseurs pour les prochains trimestres, de la voix même des spécialistes des grands gestionnaires internationaux. Le contexte économique devrait globalement rester favorable, avec une croissance globale en accélération, et des pressions inflationnistes qui resteront supportables, du moins durant les deux premiers trimestres de l'année.
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Les marchés obligataires sont unanimement considérés comme étant dangereux pour les investisseurs pour les prochains trimestres, de la voix même des spécialistes des grands gestionnaires internationaux. Le contexte économique devrait globalement rester favorable, avec une croissance globale en accélération, et des pressions inflationnistes qui resteront supportables, du moins durant les deux premiers trimestres de l'année. Depuis quelques trimestres, les grandes banques centrales des pays développés ont progressivement diminué leur soutien aux marchés obligataires. Alors que les rachats mensuels s'élevaient encore à 180 milliards de dollars par mois au milieu de l'année 2016, ils tournent aujourd'hui autour de 100 milliards de dollars, et devraient tomber à zéro dans le courant de l'année prochaine. Philippe Lespinard, co-head of fixed income chez Schroders souligne que " la normalisation des politiques monétaires est un facteur de risque important, le bilan de la Réserve fédérale devant diminuer de 50 % durant les cinq prochaines années. Ceci constitue un saut dans l'inconnu ". Et de la même manière que les politiques d'assouplissement quantitatif avaient contribué à faire pression sur les rendements, la diminution du soutien devrait entraîner à une trajectoire ascendante des taux à 10 ans, tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Hans-Jörg Naumer, global head of capital markets & thematic research chez Allianz Global Investors, souligne pour sa part que " les emprunts d'Etat de la zone euro continuent de se traiter sur des niveaux de rendement négatifs sur des segments entiers de la courbe de taux, impliquant que le risque encouru n'est plus rémunéré ". " L'Europe est davantage exposée à cette normalisation, car c'est dans cette région que les marchés obligataires sont les plus manipulés, en particulier sur la dette à haut rendement pour les institutions non financières, souligne Gareth Isaac, chief investment officer chez Invesco. La volatilité sur les marchés obligataires est actuellement très faible, mais il suffirait de peu de choses pour que nous entrions dans une phase de marché beaucoup plus nerveuse ", et la sortie massive des investisseurs positionnés sur le marché du crédit pourrait entraîner une dislocation. " Ces cinq dernières années, les flux se sont massivement dirigés vers le haut rendement européen à la recherche de rendements plus élevés, en pensant que ces produits resteront liquides lorsqu'ils voudront en sortir, et notamment par le biais d'ETF qui n'ont jamais été confrontés à des sorties massives de capitaux sur ces marchés. Ce contexte plus difficile va entraîner une plus forte dispersion dans les performances entre les différentes classes obligataires. Ceci devrait fournir un environnement plus équilibré entre les gestionnaires actifs et passifs ", souligne Philippe Lespinard. Dans le même temps, la plupart des spécialistes s'attendent à un redressement des pressions inflationnistes dans un contexte de croissance économique globale en accélération. Dès lors, les banques centrales pourraient également faire face au double défi de devoir normaliser leur politique monétaire, tout en contemplant la possibilité de relever leurs taux directeurs. " Elles ne sont clairement pas encore dans ce type de réflexion à l'heure actuelle, souligne Gareth Isaac, et il est également peu probable que Mario Draghi souhaite relever le taux directeur de la BCE avant qu'il ne quitte ses fonctions (au 1er novembre 2019). Comme le niveau de la dette publique est beaucoup plus élevé qu'il y a 10 ans, les finances publiques seraient plus rapidement mises à mal par la hausse des taux obligataires. " Dans ce contexte, les spécialistes des marchés obligataires soulignent que plusieurs tendances devraient marquer les prochains mois. La normalisation des taux va entraîner un transfert de flux des classes les plus risquées, vers les obligations à 10 ans américaines. " Les taux actuels ne permettent pas de compenser les risques que vous prenez. Le taux moyen sur le haut rendement européen s'est élevé à seulement 2,5 % durant les six derniers mois, ce qui constitue une prime très faible par rapport aux 2 % qu'il est possible d'obtenir sur les obligations d'Etat américaines ", souligne Philippe Lespinard. En outre, il s'attend à ce que les conditions deviennent moins favorables pour le financement des entreprises, avec des accidents qui se produiront durant les prochains trimestres et un taux de défauts qui devrait grimper. " De nombreux investisseurs devraient retourner vers leur habitat naturel durant les prochains mois, confirme encore Gareth Isaac. Nous avons commencé à adopter un positionnement plus défensif afin de limiter l'impact de la normalisation des taux obligataires. " Pour les investisseurs qui doivent absolument conserver une partie de leur allocation de portefeuille sur les marchés obligataires, les spécialistes pointent toutefois diverses classes qui devraient offrir une meilleure protection. La hausse des pressions inflationnistes devrait permettre aux obligations indexées sur l'inflation de mieux se comporter. Hans-Jörg Naumer indique que " cette branche du marché doit être privilégiée pour une allocation de moyen terme ". Le contexte plus favorable aux marchés boursiers devrait également profiter à un actif hybride comme les obligations convertibles. Et la dette d'entreprise américaine continue d'afficher des niveaux de rémunération qui restent raisonnables tant que le taux de défaut n'augmente pas trop rapidement. Enfin, les spécialistes continuent d'apprécier les perspectives offertes par la dette émergente, avec des pays qui enregistrent une croissance en accélération et qui ont encore souvent la possibilité d'abaisser leur taux directeur. Hans-Jörg Naumer apprécie cette classe d'actifs, notamment pour les obligations libellées en devises fortes et souligne que les données macroéconomiques se sont nettement améliorées ces derniers mois. " Cependant, la dette émergente reste vulnérable, notamment en raison du risque protectionniste émanant des Etats-Unis ".