Greg Van Avermaet, notre médaillé d'or, ne s'en soucie guère, mais le cours de l'or a gagné près de 30 % depuis la fin de l'année dernière, jusqu'à dépasser les 1.330 dollars l'once. Si nous sommes encore loin du plafond de 1.900 dollars atteint en 2011, ceux qui ont acheté de l'or ou des actions de mines d'or à la fin de l'année passée ont fait, très clairement, une affaire... en or.

C'est le cas de George Soros, par exemple. Si l'on en croit les documents financiers du Soros Fund Management qui gère 30 milliards de dollars pour Soros et sa famille. Alors qu'il n'est plus directement actif depuis 2000, le milliardaire de 85 ans serait, dit-on, sorti de sa retraite pour investir dans l'or et les mines aurifères et vendre des actions, principalement américaines. Selon la légende, Soros était déjà sorti de sa réserve en 2007 pour se positionner avec profit lors du crash du marché immobilier américain.

Au premier trimestre, Soros a acheté 1,05 million de parts du SPDR Gold Trust, lesquelles s'échangent aujourd'hui à 128 dollars environ. Le SPDR Gold Trust est un tracker, ou fonds indiciel coté, adossé au cours de l'or, qui achète de l'or physique en lingots avec l'argent des investisseurs, ce qui n'est pas le cas de tous les trackers. Soros a également acquis 19 millions d'actions du premier producteur d'or mondial, Barrick Gold, dont le cours actuel est à environ 21,5 dollars. Il s'agit donc d'un investissement dans l'or et les mines d'or qui vaut aujourd'hui plus d'un demi-milliard de dollars.

George Soros. Le milliardaire de 85 ans serait sorti de sa retraite pour investir dans l'or et les mines aurifères. © iStock

Le légendaire spéculateur s'est fait connaître mondialement avec son pari contre la livre sterling. Estimant que le cours de la livre, couplée au mark allemand, était trop élevé, il avait engrangé 1 milliard de dollars sur ses investissements en obtenant raison en 1992. Il tire à nouveau profit d'un faux pas des Britanniques puisque l'incertitude générée par le brexit s'ajoute aux multiples causes du mouvement haussier de l'or - et par extension des mines d'or - depuis le début de l'année.

Est-il trop tard pour acheter ?

Georgette Boele, spécialiste des métaux précieux chez ABN Amro, prévoit un tassement du prix de l'or vers la fin de l'année ou au début de l'an prochain. " Mais il s'agira d'une correction temporaire, précise-t-elle. Avant la fin de 2017, je mise sur un cours à 1.450 dollars l'once. " L'analyste néerlandaise a fourni l'an dernier les meilleures prévisions sur le cours de l'or, selon le magazine spécialisé Metal Bulletin, avec une précision de 96,27 %. La ruée vers l'or était néanmoins assez inattendue. Début décembre, elle envisageait encore un recul du cours à 900 dollars l'once. C'est le 17 février qu'elle a changé son fusil d'épaule. " Cela fait quelques années que je suis sceptique à l'égard des métaux précieux, mais je suis désormais optimiste. Je m'attends cette année à une poussée de l'or jusqu'à 1.300 dollars l'once et pour l'argent jusqu'à 16,5 dollars l'once ", écrivait-elle en février. Pour les années à venir, elle demeure positive en ce qui concerne l'or.

" Nous ne sommes pas pressés de suivre l'engouement pour l'or, écrit, pour sa part, l'analyste Alexander Hacking de Citi Research dans un rapport. Il y a bien trop d'investisseurs qui se précipitent et lorsqu'ils se mettront à vendre, le cours va rapidement refluer. " Il pointe le nombre record d'investissements dans cette classe d'actifs à la Bourse spécialisée Comex. Le Comex totalise chaque jour les montants que les investisseurs misent sur la hausse ou la baisse de l'or. Citi prévoit pour 2017 un recul de l'or à 1.249 dollars l'once et de l'argent à 17 dollars l'once.

Hacking se tourne plutôt du côté des sociétés qui exploitent des mines d'or. " Ces 10 dernières années, les mines d'or sont restées à la traîne du cours de l'or. Le prix de l'or a doublé tandis que le GDX Gold Miners Index baissait de 20 %, hors dividendes. Les 10 prochaines années seront meilleures pour les mines d'or. " Malgré la forte progression des mines d'or, il pense que la hausse peut se maintenir parce que le secteur est encore en phase de restructuration. Les exploitants voient leur trésorerie s'améliorer dans le sillage du cours de l'or, tout en poursuivant une gestion plus rigoureuse.

L'analyste de Citi émet une recommandation d'achat sur Barrick Gold, le favori de Soros, et sur Newmont Mining. Selon lui, ces sociétés privilégient, plus que d'autres, la qualité par rapport à la quantité et accordent plus d'importance à la création de valeur pour l'actionnaire. " Les mines à bas coûts de Barrick Gold sont les plus rentables du secteur, note-t-il. Et Newmont Mining dispose d'une plus grande marge financière pour rétribuer les actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d'actions. " L'action de Barrick Gold a déjà été multipliée par trois cette année et celle de Newmont Mining par 2,5.

Le dollar et l'or en concurrence

"Je ne sais pas quelle sera l'évolution du cours de l'or à court terme, mais je suis certain qu'à long terme, nous aurons une nouvelle hausse du métal jaune." Boris Cukon

Si leurs avis diffèrent sur l'évolution que suivra l'or au cours des mois et années à venir, Boele et Hacking s'accordent sur le facteur prépondérant que constitue le dollar US. Le fait que l'or soit coté en dollars sur les marchés internationaux a de l'importance. Le cours de l'or en dollars a atteint son sommet en septembre 2011 à 1.900 dollars l'once, mais en euros, le pic n'est survenu qu'un an plus tard, à 1.378 euros l'once. Pour les investisseurs belges, c'est le prix en euros qui compte.

Citi Research a intégré toute une série de variables dans un modèle pour aboutir à la conclusion que le dollar US était de loin le meilleur indice sur la période allant de 2000 à mai 2016. Selon Boele, le cours de l'or est devenu encore plus sensible aux fluctuations du dollar depuis l'apparition vers la fin 2003 des trackers ou ETF adossés au prix de l'or. Grâce à ces trackers, pratiquement n'importe qui peut acheter de l'or en quelques clics de souris. Auparavant, seuls les investisseurs professionnels pouvaient investir dans l'or au moyen de futures ou autres produits dérivés. " Depuis 2004, on note une forte corrélation négative entre le cours de l'or et le dollar US, explique-t-elle. Il est rare de voir le dollar et l'or simultanément à la hausse et cela n'arrive qu'en cas de grande aversion du risque. "

" Le dollar US et l'or sont en fait concurrents, poursuit Boele. Ce sont tous deux des valeurs refuges, vers lesquelles accourent les investisseurs en cas de coup dur sur les marchés financiers. Leur valeur dépend de l'évolution des taux d'intérêt. Dans les moments de panique, quand les liquidités s'assèchent, les investisseurs se replient sur le dollar qui est la principale devise du marché. " La tendance favorable au dollar US a tourné et est devenue négative, poursuit-elle : " Il se peut que le dollar se déplace latéralement pendant deux années encore, et ne faiblisse qu'ensuite face à d'autres monnaies, mais il ne fait pas de doute pour moi que son maximum est de toute façon derrière nous. "

Mieux vaut pas d'intérêt du tout qu'un intérêt négatif

Même si la banque centrale américaine relève les taux, les investisseurs préféreront le dollar à l'or, ajoute-t-on chez Citi. Toute hausse des taux en 2016 joue contre le cours de l'or, alors que le maintien de taux bas lui est propice.

A la fin de l'année passée, les banquiers centraux américains, après un premier relèvement des taux, laissaient entrevoir la possibilité de quatre hausses complémentaires en 2016, qui ne sont pas encore matérialisées. Les perspectives de la première puissance économique de la planète comme de l'économie mondiale se sont détériorées, ce qui a incité les banquiers centraux à une plus grande prudence.

" Qui achète de l'or récolte zéro euro d'intérêt. C'est un désavantage en temps normal, mais quand les taux sont nuls ou même négatifs, c'est un avantage. Au moins, on ne doit rien payer pour faire un placement sûr ", ajoute Boele. En principe, néanmoins, l'or reste un investissement plus risqué que des obligations. La promesse d'être remboursé à échéance vaut pour les obligations, mais pas pour l'or. Selon Tradeweb, une importante plateforme électronique de négoce d'obligations hors Bourse, il y a déjà 12.600 milliards d'obligations à rendement négatif en vente sur le marché. Cela signifie que les investisseurs sont prêts à verser une rémunération aux pouvoirs publics pour garder leur argent en sécurité quelques années, alors que normalement ils perçoivent un intérêt quand ils leur prêtent de l'argent.

La fin du règne des taux bas n'est pas encore en vue. La Banque d'Angleterre a récemment rejoint la liste des banques centrales qui rachètent à tour de bras des obligations pour éviter la déflation et relancer l'économie. Boele n'est pas certaine qu'une hausse des taux par la Fed soit une mauvaise chose en soi. Elle ne prévoit plus de relèvement pour cette année mais trois l'année suivante. Si les taux augmentent progressivement, les investisseurs pourront s'y adapter. " Le scénario le plus défavorable pour l'or est un relèvement des taux par la banque centrale américaine (la Fed) motivé par une croissance économique du pays supérieure à la moyenne et la progression des taux réels. Pour l'année prochaine, je m'attends à une croissance modérée et une inflation légèrement plus élevée. Ce qui fait que les taux, après déduction de l'inflation, resteront bas et pourront peut-être même baisser. C'est un facteur positif pour l'or et négatif pour le dollar. "

Quelle est la meilleure manière d'investir dans l'or ?

Vous pouvez achetez des lingots ou des pièces d'or (voir page 98). Mais il existe d'autres manières d'investir dans l'or.

Si vous voulez investir dans un tracker or, mieux vaut en choisir un qui s'appuie sur l'achat de lingots en investissement sous-jacent comme ETFS Physical Gold, Gold Bullion Securities ou iShares Gold Trust. En principe, vous ne payez pas d'impôt sur la plus-value (27 %) quand vous vendez des parts d'un tracker qui investit dans de l'or physique. Pour certains autres trackers, cet impôt est effectivement dû. Il y a cependant des taxes de Bourse : 0,27 % sur l'achat ou la vente de trackers or physiques non enregistrés en Belgique.

L'investisseur belge a, par ailleurs, intérêt à choisir un tracker or qui cote en euros. Autrement, les dollars obtenus en cas de vente devront ensuite être changés en euros, avec les frais afférents.

Vous pouvez également acheter des actions de mines d'or ou des parts d'un tracker mines d'or ou d'un fonds investissant dans les mines d'or. Nous en avons parlé avec le Belge Boris Cukon qui gère, avec Vincent Vandamme, le fonds Isatis Investment Global Natural Resources Flexible. Ce fonds est investi en actions d'entreprises du secteur des matières premières et compte trois entreprises aurifères dans ses cinq premières positions. Après cinq années maigres, 2016 s'annonce comme un grand cru : les parts du fonds ont plus que doublé en valeur par rapport à l'an dernier (+110 %), ce qui en fait le meilleur performeur dans sa catégorie cette année. Les grands fonds les plus connus dans cette catégorie sont BlackRock World Mining Fund (+45 % depuis le début de l'année), JPMorgan Global Natural Resources Fund (+34 %) et Carmignac Commodities (+12 %).

" Les gens pensent sans doute en premier lieu à l'or physique, comme les pièces et les lingots, mais il y a pour le moment un grand afflux d'argent dans les trackers, des fonds cotés qui reflètent le prix de l'or ou les performances des mines d'or, explique Boris Cukon. Si on donne la priorité au rendement, les mines d'or sont un choix intéressant. Mais il faut très bien connaître le secteur pour investir dans l'une ou l'autre société en particulier. L'exploitation minière est un domaine complexe. Si vous voulez investir une partie de votre portefeuille dans l'or, je suggérerais de placer la moitié dans l'or physique et l'autre moitié dans les mines d'or. En tant que non-professionnel, je ne me risquerais pas dans des mines individuelles, mais j'irais vers un tracker. Le Market Vectors Gold Miners ETF suit les performances des grandes mines et le Market Vectors Junior Gold Miners ETF suit celles des mines de moindre envergure avec une part de risque plus élevée. "

Boris Cukon est convaincu que le climat d'incertitude va pousser le métal jaune à la hausse. " Il ne s'agit pas seulement du référendum britannique. Aux Pays-Bas, en France et en Hongrie, des voix s'élèvent pour réclamer un référendum sur l'appartenance à l'UE. On peut y ajouter les difficultés des banques italiennes. Sans oublier les énormes défis que notre société doit relever : le vieillissement de la population, l'ampleur des dettes publiques... Il y a de plus en plus d'incertitudes avec lesquelles nous devons apprendre à vivre et on redécouvre le statut de valeur refuge attaché à l'or. Je ne sais pas quelle sera l'évolution du cours de l'or à court terme, mais je suis certain qu'à long terme, nous aurons une nouvelle hausse du métal jaune. "

Une action belge en or

Umicore, le groupe belge de technologie des matériaux, recycle divers types de métaux, dont l'or et l'argent, issus des produits électroniques et vend ces métaux. Umicore utilise aussi directement des métaux (précieux) pour la production de catalyseurs automobiles et autres technologies. Le groupe n'indique pas, dans son rapport annuel, dans quelle mesure les résultats sont affectés par la hausse ou la baisse du prix d'un métal donné, mais dans l'ensemble, les hausses de prix ont un effet favorable sur le résultat. Les investisseurs en sont d'ailleurs bien conscients. Le cours de l'action Umicore semble par moments faire écho au cours de l'or. Umicore a récemment tiré avantage de la hausse du prix de l'or et de l'argent pour se couvrir contre les fluctuations de prix par des contrats à terme allant jusque deux ans.

Pour Boris Cukon, la principale raison de croire à une hausse du prix de l'or réside dans la raréfaction de l'offre : " Je pense qu'il n'y a pas eu suffisamment de découvertes de gisements depuis 20 ans pour satisfaire la demande future. " Gary Goldberg, le CEO de Newmont Mining, a déclaré dans une interview publiée fin juin par Mining.com : " Nous sommes l'un des rares producteurs qui construisent de nouvelles mines. A l'échelle mondiale, nous anticipons une baisse d'environ 7 % de la production des mines d'or d'ici 2021. "