"Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent. " Les investisseurs ont appris à leurs dépens que cette célèbre citation de Jacques Chirac s'applique aussi aux dividendes. L'épidémie de coronavirus est en effet intervenue à un moment particulier en matière de dividendes. Les entreprises avaient déjà dévoilé leurs résultats 2019 et annoncé leur dividende pour l'année. Mais les assemblées générales n'ayant pas encore voté les comptes et la rémunération des actionnaires, nombre d'entreprises sont revenues sur leur promesse. A l'image d'Umicore, EVS, Engie, de KBC ou bpost, cinq entreprises actives de secteurs distincts mais qui ont toutes décidé d'annuler leurs dividendes afin de conserver des liquidités.
...

"Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent. " Les investisseurs ont appris à leurs dépens que cette célèbre citation de Jacques Chirac s'applique aussi aux dividendes. L'épidémie de coronavirus est en effet intervenue à un moment particulier en matière de dividendes. Les entreprises avaient déjà dévoilé leurs résultats 2019 et annoncé leur dividende pour l'année. Mais les assemblées générales n'ayant pas encore voté les comptes et la rémunération des actionnaires, nombre d'entreprises sont revenues sur leur promesse. A l'image d'Umicore, EVS, Engie, de KBC ou bpost, cinq entreprises actives de secteurs distincts mais qui ont toutes décidé d'annuler leurs dividendes afin de conserver des liquidités. Dans le cas de KBC et de nombreuses autres banques, c'est même une demande de la Banque centrale européenne (BCE), le régulateur du secteur bancaire dans la zone euro. L'objectif est évidemment d'éviter que la récession particulièrement prononcée liée au confinement ne se traduise par des problèmes de solvabilité et des faillites. L'Europe n'est d'ailleurs certainement pas la seule touchée. Aux Etats-Unis, des entreprises comme Ford, Boeing ou Macy's ont aussi suspendu le paiement de leur dividendes. Au total, David Kostin, stratégiste chez Goldman Sachs, prévoit que les entreprises du S&P 500 réduiront leurs dividendes de 25% en 2020. Et cela malgré le fait qu'elles ont déjà versé un record de 127 milliards de dollars de dividendes au cours des trois premiers mois de l'année - beaucoup d'entreprises américaines versant un coupon trimestriel - et réduiront prioritairement leurs rachats d'actions propres. Ces derniers devraient chuter de 50% selon David Kostin et même 70% suivant les prévisions de JP Morgan. En Europe, ces amortisseurs sont moins présents, ce qui devrait se traduire par une chute plus importante des dividendes. Les analystes s'attendent à ce qu'ils baissent davantage que lors de la crise de 2008, quand ils avaient fondu d'un tiers. Selon Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions chez Barclays, ils devraient baisser de plus de 40%. Cette baisse des dividendes reflète évidemment les inquiétudes concernant la liquidité des entreprises, mais aussi la chute attendue des bénéfices cette année alors que l'économie connaît une récession historique au premier semestre. Tant aux Etats-Unis qu'en Europe, jamais l'activité économique ne s'était dégradée aussi fortement et rapidement. En France, le PIB s'est contracté de 6% au premier trimestre et la chute devrait être pire au deuxième. En Allemagne, l'institut de recherche Ifo a estimé que deux mois de confinement auraient un impact négatif de 7% à 11% sur le PIB de l'année entière. Selon Barclays, les profits des entreprises européennes devraient ainsi plonger de 40% en 2020. Pour les Etats-Unis, Luca Paolini, chef stratégiste de Pictet Asset Management, évoque une chute de 25%. Ryan Hammond, stratégiste en actions américaines chez Goldman Sachs, table pour sa part sur un plongeon de 33%. Le principal élément d'incertitude dans ces prévisions est évidemment la durée du confinement. Pour Frank Vranken, stratégiste en chef chez Puilaetco, le politique jouera également un rôle dans la baisse des dividendes et des rachats d'actions propres. " Les gouvernements ne laisseront pas les entreprises verser de généreux dividendes si leur secteur a besoin d'une aide publique. " Même si la baisse des dividendes coûtera également cher aux finances publiques. La Belgique devra par exemple faire une croix sur les dividendes de BNP Paribas, Belfius ou bpost ainsi que sur les 30% de précompte mobilier dus par les actionnaires particuliers. Frank Vranken souligne toutefois que les entreprises qui parviendront à maintenir leurs dividendes devraient être récompensées par les marchés. " Les dividendes vont devenir une ressource rare. Les investisseurs accepteront de payer plus cher pour les entreprises offrant des dividendes stables. D'autant plus que la différence entre le rendement de dividende et des obligations souveraines n'a jamais été aussi importante. " Dans un contexte de ralentissement économique global, Frank Vranken estime également que le dividende pourrait jouer un rôle prépondérant dans le rendement global. " Les investisseurs devraient donc commencer à déterminer quels secteurs sont sûrs et n'auront pas besoin de l'aide des pouvoirs publics, dit-il. Et quelles entreprises disposent des moyens nécessaires et de bilans suffisamment solides pour verser un dividende. " Généralement, on retrouve ces entreprises dégageant des flux de trésorerie élevés et pérennes dans des secteurs de rendement comme les télécommunications, les infrastructures et les sociétés d'investissement immobilières selon Sat Duhra, cogérant de fonds chez Janus Henderson. Cela n'est toutefois plus toujours vrai face à la crise inédite que connaît l'économie. Dans les télécoms, Proximus a confirmé son dividende cette année, mais annoncé une baisse à partir de l'année prochaine. De plus en plus d'analystes évoquent une réduction de son coupon par le géant américain AT&T. L'épidémie de coronavirus n'est toutefois pas forcément l'élément déterminant. Vodafone ou Deutsche Telekom avaient déjà réduit leur dividende l'année dernière sur fond d'investissements élevés dans les nouveaux réseaux (fibre, 5G, fréquences). Fin mars, le secteur européen des télécoms affichait ainsi un rendement de dividende de 4,8% brut, bien supérieur à l'indice paneuropéen Stoxx 600 (3,6%). Globalement, les analystes ne s'attendent pas à ce que l'épidémie influe fortement sur les résultats, la forte utilisation des réseaux (télétravail, streaming, etc.) pouvant même légèrement améliorer les revenus. En Belgique, la stratégie annoncée par Guillaume Boutin, le nouveau CEO de Proximus, prévoit un dividende de 1,2 euro à partir de l'an prochain. Au cours actuel d'un peu plus de 20 euros, cela correspond à un rendement de dividende net de 4,1%. Telenet est moins régulier dans le paiement d'un dividende tandis que le coupon d'Orange Belgium est plus chiche (rendement net de 2,7%), mais l'opérateur alternatif a commencé à le relever cette année. Pour investir à l'étranger, privilégiez les ETF afin d'éviter un coûteux double précompte. Comme le Xtrackers Stoxx Europe 600 Telecommunications (télécoms européens, voir graphique en page précédente) ou l'iShares U.S. Telecommunications (télécoms américains, rendement de dividende sous-jacent de 3,13%). Traditionnellement, les sociétés immobilières réglementées constituent la sécurité à toute épreuve en matière de dividendes. Elles profitent de baux à long terme, ce qui les prémunit normalement de l'impact des cycles économiques. Leur endettement est limité légalement et, comme le signale Frank Vranken, elles doivent également verser une importante partie de leurs bénéfices sous forme de dividende (au moins 80% pour les SIR belges, par exemple). Cependant, une certaine prudence est de mise par rapport à certains segments. Unibail-Rodamco- Westfield, géant français des centres commerciaux, a d'ores et déjà réduit de moitié son dividende. De nombreuses enseignes contraintes de fermer dans le cadre du confinement veulent en effet une réduction ou une suspension de loyer. Ce qui accroît encore la pression sur l'immobilier commercial qui faisait déjà face au défi du développement de l'e-commerce. L'immobilier touristique (hôtels, etc.) est également en première ligne face à la crise du coronavirus. Outre les sociétés immobilières belges comme Cofinimmo, WDP, Aedifica ou Intervest Offices, les ETF peuvent également vous offrir une diversification géographique intéressante à l'image de l'iShares Core U.S. REIT qui investit dans des sociétés immobilières américaines avec une faible exposition au commerce de détail et au tourisme. Les principaux investissements de cet ETF sont Prologis (logistique), Equinix (centre de données), Digital Realty (centre de données), Public Storage (entreposage) et Equity Residential (appartements). Dans le secteur des infrastructures, la pérennité du dividende dépend grandement du modèle. Les fonds spécialisés dans les partenariats public-privé ne devraient pas connaître de réel bouleversement à cause de l'épidémie de coronavirus. Une société comme Vinci a par contre été contrainte de renoncer à ses objectifs 2020. Outre son activité construction, le groupe français affirme souffrir de la chute de la fréquentation de ses aéroports et, dans une moindre mesure, de ses autoroutes. Sur Euronext Bruxelles, TINC apparaît beaucoup moins sensible à la conjoncture avec des investissements dans des projets comme des éoliennes, l'infrastructure des trams ou les écluses. La société a, de plus, les reins assez solides et les moyens de saisir les opportunités grâce son augmentation de capital réalisée en novembre dernier. En Bourse de New York, vous pouvez investir deux géants des infrastructures, à savoir Brookfield Infrastructure Partners (monde) et Macquarie Infrastructure Corporation (Etats-Unis). Certaines entreprises recherchent spécifiquement à offrir un dividende attractif sur la durée à leurs actionnaires, préférant une hausse progressive à une évolution plus erratique liée au climat conjoncturel. Si elles ont réussi à relever leur dividende pendant 25 ans aux Etats-Unis ou 10 ans en Europe, on les appelle des " aristocrates " du dividende. Beaucoup chercheront sans doute à garder leur statut même si cela peut s'avérer compliqué dans certains secteurs comme l'énergie, malmené par le plongeon des prix et de la consommation de pétrole. A contrario, la hausse du dividende est réellement dans l'ADN de certaines entreprises qui l'augmentent depuis plus de 50 ans comme Colgate-Palmolive, Johnson & Johnson, Lowe's, Coca Cola, 3M, Emerson Electric, Procter & Gamble ou Dover ont augmenté leur dividende depuis au moins 50 ans. En Europe, Bunzl, Fresenius, Sanofi, Wolters Kluwer ou Kerry Group n'ont plus réduit leur dividende depuis plus de 25 ans. Le recordman incontesté est toutefois Nestlé qui n'a jamais baissé son coupon depuis 1959. Sur Euronext Bruxelles, les champions du dividende sont GBL, Solvay - qui a confirmé son coupon 2019 - , UCB et Colruyt. Les ETF SPDR S&P Euro Dividend Aristocrats (zone euro) et SPDR S&P US Dividend Aristocrats (États-Unis) vous permettent d'investir globalement dans les aristocrates.