Au sortir d'une période de hausse, lorsque les cotations boursières commencent à paraître élevées, il peut être utile de protéger son portefeuille d'actions contre les corrections brutales. Voici plusieurs manières de se prémunir contre les risques.
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Au sortir d'une période de hausse, lorsque les cotations boursières commencent à paraître élevées, il peut être utile de protéger son portefeuille d'actions contre les corrections brutales. Voici plusieurs manières de se prémunir contre les risques. Les marchés d'actions européen et américain se montrent hésitants : cela fait plusieurs mois qu'ils peinent à choisir une direction. De plus en plus d'observateurs craignent une sévère correction, et recommandent aux investisseurs de prendre leurs précautions. L'achat d'options de vente (put) est souvent considéré comme le moyen de protection ultime. L'option de vente est un droit de vendre une valeur donnée, à un cours convenu d'avance. Le cours de l'option put grimpe à mesure que le sous-jacent (un indice boursier comme le BEL20 ou l'Euro STOXX 50, par exemple) diminue. Cette augmentation compense la perte de valeur du portefeuille. Séduisantes en théorie, les options de vente ne sont pas à la portée de tout le monde. Il s'agit tout d'abord de produits dérivés complexes, dont le fonctionnement exige des connaissances spécifiques. Les intermédiaires financiers n'autorisent pas n'importe quel client à négocier des options ; les candidats sont soumis à un test de connaissances et doivent démontrer qu'ils maîtrisent à fond le produit. Deuxièmement, la méthode est onéreuse et susceptible d'amputer le rendement total du portefeuille. Le coût est en grande partie basé sur la valeur temps : plus le temps passe, plus l'option perd de sa valeur. L'option a une durée de vie limitée ; le temps joue donc en la défaveur du détenteur. En l'absence de krach boursier, la protection finit par expirer. Le moment de l'achat doit par conséquent être bien choisi. Mieux vaut acquérir quelques options juste avant que ne se produise une correction ; sachez toutefois qu'il est extrêmement difficile de prédire le moment où celle-ci surviendra. A tout cela s'ajoute une difficulté technique : quelles options choisir ? En quelles quantités, et à quelle échéance ? L'achat de puts sur le BEL20 est une possibilité, mais rares sont les portefeuilles uniquement constitués d'actions belges. L'Euro STOXX 50 peut être envisagé également, mais il faut pour cela investir en Bourse allemande. Combien d'options de vente faut-il par ailleurs acquérir pour protéger entièrement le portefeuille ? Et enfin : plus la protection est censée durer, plus, évidemment, il faudra débourser, car la valeur temps est intégrée dans le prix d'achat. Bref, à moins de pouvoir copier les stratégies de protection d'investisseurs professionnels, comme celles décrites dans L'Initié de la Bourse (encarté au centre de votre magazine), l'exercice sera tout sauf simple. Il existe heureusement d'autres manières moins coûteuses et moins compliquées de protéger une partie du bénéfice, ou d'atténuer le risque en portefeuille. La façon la plus simple de protéger une partie du rendement consiste à vendre certaines positions, et à augmenter la part du cash. Prendre des bénéfices n'a jamais appauvri personne ; les seuls coûts induits par l'opération sont les frais de transaction et la taxe sur les opérations de Bourse. D'une part, ce supplément d'argent liquide vous procurera un matelas de sécurité ; d'autre part, vous aurez de quoi racheter des actions lorsque les marchés chuteront. Si votre portefeuille contient 15 % de liquidités, voire plus, vous serez suffisamment armé pour les réinvestir lorsque les cours baisseront. Dans cette stratégie, toute la difficulté consiste à identifier les actions dont il convient de se défaire. Vous disposez pour cela de nombreuses sources d'information. Utilisez les ratios financiers, comme les rapports cours/bénéfice, cours/valeur comptable ou rendement de dividende (rapport dividende/cours) pour identifier les actions chèrement valorisées. Vous pouvez également vous laisser guider par votre sentiment : quels sont les titres qui ont récemment plus souffert que les autres ? Un peu de bon sens vous permettra déjà d'aller loin. Rappelez-vous par exemple qu'il est recommandé de réduire les positions qui, à l'issue d'un rally, occupent une trop grande part du portefeuille. L'ordre stop loss vous assure une certaine sécurité, tout en vous laissant le temps de voir venir - vous n'êtes pas tenu de vendre immédiatement. Placer un ordre stop loss revient à déterminer pour votre position un plancher suffisamment élevé pour engranger un bénéfice certain. L'opération ne coûte rien, et la plupart des courtiers en ligne la proposent. Imaginons que vous ayez en portefeuille un titre dont le cours actuel dépasse de 50 % sa valeur d'achat : vous pourriez très bien placer un ordre stop loss à un niveau situé 10 % sous ce cours, et protéger ainsi l'essentiel de votre bénéfice. Vous pouvez déterminer à l'avance la durée de l'ordre sur le marché ; vous pouvez aussi le retirer à tout moment. Lorsqu'un ordre stop loss n'est assorti d'aucun cours limite, les ordres de vente sont automatiquement placés au prix du marché. Vous avez la certitude que votre position sera vendue, mais vous ignorez à quel cours. Cette méthode n'est conseillée que lorsque l'action est abondamment négociée. Il existe également des ordres stop loss assortis d'un cours limite. Dans le cas des small caps, dont quelques centaines d'actions seulement changent de main en une journée et qui font l'objet de peu d'ordres, les ordres stop loss auxquels n'est associée aucune limite peuvent causer de mauvaises surprises. Mieux vaut pour ce type d'actions opter pour des ordres à cours limité : vous ignorez certes si les titres seront vendus, mais vous avez la certitude que si transaction il y a, le prix sera acceptable. Vous pouvez par exemple placer un ordre stop loss assorti d'un cours stop (trigger) à 12 euros et d'une limite fixée à 10 euros ; dès que le cours atteindra le trigger, un ordre de vente sera automatiquement généré. Si la barre a été placée trop haut et que le titre n'atteint plus 10 euros, il ne sera pas vendu. C'est bien connu : pour diminuer les risques, il faut diversifier. Vous pourriez très bien réduire votre exposition aux actions, au profit d'autres actifs peu ou pas corrélés avec les marchés d'actions. Ce ne sont pas les possibilités qui manquent. En plus de constituer du cash, envisagez d'investir dans des obligations ou des fonds obligataires. Plusieurs entreprises belges, comme Eandis et VGP, ont récemment émis des obligations dont le rendement net va de 1 à 2,5 %. Les assurances épargne comptent elles aussi au nombre des possibilités. En cas de krach boursier, détenir un peu d'or - physique, ou par le biais de trackers ou de fonds - est souvent une bonne chose. A cela s'ajoutent toute une série de fonds d'investissement susceptibles d'accroître la diversification et le rendement, comme les fonds multi-actifs (multi-asset), qui investissent dans divers actifs, et les fonds immobiliers. Par Francis Muyshondt.