Début juillet, le taux allemand à 10 ans doublait en l'espace de quelques jours pour atteindre son plus haut sommet depuis début 2016. La hausse des taux s'est immédiatement fait ressentir sur les Bourses européennes. Mais à quoi faut-il s'attendre si cette hausse perdure ? Tâchons d'y voir plus clair avec plusieurs économistes.

1. Immobilier

L'environnement de taux faibles des dernières années a poussé beaucoup d'investisseurs belges vers l'immobilier. " Lorsque le taux belge à 10 ans augmente, les taux hypothécaires suivent rapidement ", explique Geert Gielens, économiste en chef chez Belfius. La montée des taux hypothécaires réduit la capacité d'emprunt des candidats acheteurs, rendant plus difficile l'achat d'un bien.

" Le marché immobilier belge est légèrement surévalué de 5 à 8 %. Il n'est dès lors pas impossible de voir les prix baisser si les taux augmentent, avance Geert Gielens. Mais rien n'est moins sûr. Dans l'histoire de la Belgique, il est arrivé plusieurs fois de voir les taux hypothécaires et l'immobilier grimper de concert. Lorsque l'économie se porte bien, comme aujourd'hui, le chômage recule et les revenus des ménages augmentent. Cette hausse des revenus compense alors la baisse du pouvoir d'achat provoquée par la hausse des taux hypothécaires. "

Une hausse des taux est la hantise des sociétés immobilières cotées en Bourse telles que Cofinimmo, WDP et Retail Estates. Ces sociétés doivent régulièrement obtenir de nouveaux financements. En général, elles prennent des mesures pour se prémunir contre une envolée des taux et allongent le plus possible les échéances de leurs emprunts courants. Une hausse brève n'aura donc pas de réelles conséquences à court terme, mais si elle perdure, se financer leur coûtera plus cher.

Mais ce n'est pas encore le principal problème pour les actions immobilières. Les sociétés immobilières belges reversent la majeure partie de leurs bénéfices à leurs actionnaires, ce qui explique pourquoi elles sont tant prisées parmi les titres de distribution. Ces dernières années, les investisseurs ont massivement investi dans les actions immobilières et autres actions ouvrant droit à un dividende comme alternative aux obligations.

Plus le rendement du dividende est élevé, mieux les sociétés immobilières doivent être prémunies contre une éventuelle hausse des taux. Lorsque les coupons des obligations sécurisées rapportent presque autant que les dividendes des actions risquées, on observe alors un transfert des capitaux d'une classe d'actifs à l'autre.

2. Actions

Koen De Leus, économistre en chef chez BNP Paribas Fortis: "Les corrections temporaires sont l'occasion d'entrer sur les marchés." © KRIS VAN EXEL

Selon Koen De Leus, économiste en chef chez BNP Paribas Fortis, le taux américain à 10 ans devrait atteindre les 3 % avant la fin de l'année. Avant l'élection de Donald Trump, le taux américain à long terme ne dépassait pas 2 %. " Les actions pourraient pâtir de cette hausse, mais un taux de 3 % ne freinera pas la croissance économique. " Geert Gielens ajoute par ailleurs que le bénéfice par action n'est pas encore extrêmement élevé en Europe, ce qui indique que les bénéfices et les marges peuvent encore s'améliorer.

Selon Koen De Leus, les corrections temporaires sont l'occasion d'entrer sur les marchés. " J'ai placé plusieurs ordres avec une limite de prix. Il s'agit d'actions que je souhaiterais acheter, mais pas au prix actuel. Si leur cours descend, je pourrai les acquérir à un prix raisonnable. " Koen De Leus estime que se débarrasser des actions n'est pas la bonne stratégie. " Faire des bénéfices est encore possible en certaines occasions, surtout s'agissant des actions à propos desquelles vous nourrissez des doutes. Et si l'angoisse est trop forte, vous pouvez toujours placer une limite à la baisse avant de partir en vacances. " Une telle limite permet d'activer automatiquement un ordre de vente face au prix du marché dès que l'action concernée passe en dessous d'un certain niveau.

Toutes les actions ne réagissent pas de la même manière à la hausse des taux. Les entreprises très endettées subiront un plus gros coup au moment de se refinancer. Cela dit, la plupart des entreprises ont profité des taux bas pour allonger la durée de leurs emprunts de façon à pouvoir profiter de taux faibles pendant une longue période. Quant aux banques et aux assureurs, ils se frottent plutôt les mains en cas d'augmentation constante des taux.

Du pain bénit également pour les entreprises avec beaucoup de provisions pour pension, comme Afga-Gevaert. Plus les taux sont élevés, moins ces obligations futures pèseront. Parallèlement, il existe deux actions à la Bourse de Bruxelles dont les résultats sont directement liés au taux belge à 10 ans. Songez à Fluxys Belgium et Elia : les bénéfices qu'elles tirent des activités régulées dépendent des OLO à 10 ans.

3. Obligations

" Je ne vois pas de bulle, si ce n'est sur le marché obligataire ", affirme Geert Gielens. Les programmes de rachat d'obligations des banques centrales ont mis sens dessus dessous les marchés obligataires au cours des dernières années, mais que se passera-t-il lorsqu'ils seront arrêtés ? " Gare à vous si vous avez des obligations en portefeuille ", répond Koen De Leus.

En cas d'importantes fluctuations sur les marchés, comme c'est actuellement le cas, les investisseurs reviennent parfois à l'or." Koen De Leus, BNP Paribas Fortis

La Réserve fédérale américaine (Fed) a prévu de dégonfler son bilan, ce qui veut dire que les obligations qui arrivent à échéance ne seront pas remplacées. Cela aura pour effet de faire augmenter les prix des obligations et de faire chuter les taux. Qui plus est, la Fed est en train de relever ses taux directeurs progressivement. Koen De Leus prévoit encore un relèvement des taux pour cette année et quatre pour l'an prochain. " Le taux européen à long terme suit le taux américain à long terme. Le Bund allemand s'élèvera à la fin de cette année à un taux compris entre 0,8 et 0,9 %. Ajoutez à cela 0,2 à 0,3 %, et vous aurez le taux des obligations souveraines belges ", prédit-il.

La Banque centrale européenne (BCE) poursuit son programme de rachat d'obligations d'entreprises et d'Etat. Selon Geert Gielens, la BCE devrait arrêter son programme au plus tôt vers le mois de juin, voire la fin de l'année prochaine, en fonction de la situation économique. Il explique en outre que les taux à long terme aussi dépendent de ces rachats d'obligations. D'après lui, le taux belge à 10 ans devrait dès lors se situer entre 1,5 et 2 % à la fin 2018.

4. Investir dans le dollar

Les attentes liées à la politique de Donald Trump étaient très élevées. Les taux américains se sont envolés après son élection et un différentiel de taux considérable s'est creusé entre les obligations souveraines américaines et les obligations souveraines de la zone euro, sans parler du renforcement du dollar par rapport à la monnaie unique. Cependant, le nouveau président élu peinant quelque peu à combler les attentes au début de son mandat, le dollar a ensuite perdu de la vigueur. " Je reste ébahi devant la force de l'euro face au dollar. Toutefois, je ne pense pas que la devise européenne atteindra le taux de 1 euro pour 1,15 dollar, renchérit Geert Gielens. Trop d'éléments jouent en faveur du dollar, comme le relèvement des taux par la Fed. " Le marché avait simplement fondé trop d'espoirs en Donald Trump, tout en ne croyant pas assez dans l'Europe.

5. Investissements alternatifs

Geert Gielens, économiste en chef chez Belfius: "Je ne vois pas de bulle, si ce n'est sur le marché obligataire." © KRIS VAN EXEL

Toutes sortes d'actifs matériels ont attiré de nombreux capitaux ces dernières années. Les prix des oeuvres d'art, du vin et des oldtimers n'ont cessé de repousser de nouvelles limites. Les investisseurs, confrontés à des taux faibles, ne savaient plus où investir leur argent, nous disent les spécialistes. " La vraie question est de savoir si la hausse actuelle des taux va provoquer un nouveau big bang, poursuit Geert Gielens. Si elle est progressive, nulle inquiétude. Mais on aura un réel problème si tout le monde se rue vers la sortie en même temps. "

6. Carnets d'épargne et assurances épargne

Geert Gielens estime que la BCE ne devrait pas relever ses taux avant début 2019. Pour bénéficier d'un taux plus élevé sur les carnets d'épargne, il faudra donc attendre que la BCE agisse. Les banques investissent l'épargne sur une période moyenne de trois à quatre ans. C'est aussi pour cela que les taux des obligations d'une maturité de deux à quatre ans constituent la référence pour les carnets d'épargne. Ces échéances courtes sont très sensibles aux taux de la BCE. Même si la BCE relève ses taux, il faudra sans doute attendre un peu avant de voir le taux d'épargne repartir à la hausse.

Les assurances épargne investissent quant à elles sur des périodes de minimum huit ans. " Là, les taux à long terme jouent un rôle ", poursuit Geert Gielens. Les assureurs investissent leurs actifs dans un mix d'obligations de maturité courte et longue.

7. L'or

L'or peut représenter une valeur refuge pour les investisseurs angoissés. Sauf que lorsque les taux montent, l'or perd de son éclat. Plusieurs facteurs négatifs sont susceptibles d'intervenir. Une augmentation du dollar s'accompagne généralement d'une baisse du cours de l'or, libellé dans cette devise sur les marchés internationaux. De plus, l'or ne donne droit à aucun dividende ni coupon.

Vos bénéfices dépendent donc des variations de son cours. " En cas d'importantes fluctuations sur les marchés, comme c'est actuellement le cas, les investisseurs reviennent parfois à l'or ", conclut Koen De Leus.