Croissance au ralenti, productivité en berne, démographie en déclin, l'Europe semble s'ankyloser. Le spectre du scénario japonais rôde. Et les investisseurs s'inquiètent. Ils ont retiré des capitaux des marchés d'actions européens au cours de 58 des 60 dernières semaines. Selon le gestionnaire Sanford Bernstein, les retraits totaux dépassent les afflux de capitaux qui avaient suivi la promesse en 2012 de Mario Draghi, président de la Banque centrale, de faire tout ce qu'il faudrait pour sauver la zone euro. En d'autres termes, le niveau de confiance des investisseurs internationaux envers les marchés européens est au même niveau qu'en pleine crise des dettes souveraines. Cette méfiance, pesant lourdement sur les marchés européens, a plusieurs origines.
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Croissance au ralenti, productivité en berne, démographie en déclin, l'Europe semble s'ankyloser. Le spectre du scénario japonais rôde. Et les investisseurs s'inquiètent. Ils ont retiré des capitaux des marchés d'actions européens au cours de 58 des 60 dernières semaines. Selon le gestionnaire Sanford Bernstein, les retraits totaux dépassent les afflux de capitaux qui avaient suivi la promesse en 2012 de Mario Draghi, président de la Banque centrale, de faire tout ce qu'il faudrait pour sauver la zone euro. En d'autres termes, le niveau de confiance des investisseurs internationaux envers les marchés européens est au même niveau qu'en pleine crise des dettes souveraines. Cette méfiance, pesant lourdement sur les marchés européens, a plusieurs origines. Impossibilité de parvenir à une issue sur le Brexit, perte d'influence d'Angela Merkel sur le départ, désaveu d'Emmanuel Macron, montée des populismes : l'Europe politique est fébrile. Le processus décisionnel est sclérosé. La confiance entre leaders européens s'amenuise. Les uns, souvent plus endettés comme la France, réclament plus de solidarité européenne. Les autres, comme les Pays-Bas dont la dette publique est revenue à 52% du PIB, exigent le respect du traité de Maastricht. De nombreuses autres lignes de fracture apparaissent aussi, notamment concernant l'immigration. Loin des ambitions d'intégration, l'Europe planche désormais sur une renationalisation partielle des taux de TVA et de la politique agricole commune. Tout un symbole ! Dans la zone euro, l'activité économique a ralenti davantage que prévu : la confiance des consommateurs et des chefs d'entreprise a faibli. Le FMI épingle une série de facteurs ponctuels, mais le ralentissement apparaît bien structurel. Le PIB de la zone euro piétine depuis 2007, accusant désormais un net retard sur les Etats-Unis. Cela reflète deux évolutions majeures. La première est le ralentissement de la productivité. Selon l'OCDE, la productivité par heure prestée dans la zone euro était 13% supérieure aux Etats-Unis en 2001. En 2017, l'écart n'était plus de 3% et a vraisemblablement encore diminué en 2018-2019. L'évolution démographique est aussi très différente. Entre 2001 et 2017, la population américaine a augmenté de 14%, selon la Banque mondiale. Dans la zone euro, elle n'a progressé que de 6% avec une tendance au ralentissement depuis 2010 - malgré l'arrivée de réfugiés - et un vieillissement patent. Les Etats-Unis pourraient ainsi dépasser la zone euro tant en termes de productivité que de population au cours de la prochaine décennie. Si le conflit commercial oppose surtout la Chine et les Etats-Unis actuellement, l'Europe est la première victime du protectionnisme, bloquée par ses querelles politiques et largement exposée au commerce international. Les exportations représentent 48% du PIB de la zone euro et les importations, 44%. Selon les derniers chiffres du consensus Refinitiv, les profits des entreprises du Stoxx 600 Europe ont baissé de 3% au premier trimestre. Les perspectives demeurent de plus mitigées comme l'illustrent les récents avertissements sur résultats de Solvay, Ontex et Umicore rien qu'au sein du Bel 20 bruxellois. Se défaire de toutes ses actions européennes paraît exagéré. Mais l'heure est clairement à la diversification géographique pour les investisseurs européens, souvent très largement investis sur le Vieux Continent.