La semaine dernière, l'indice continental des valeurs télécoms, le Stoxx Europe Télécommunications, a rechuté à 244, c'est-à-dire à peine 19% plus haut que lors du plancher boursier de mars 2009. Le secteur cote au même niveau qu'il y a 22 ans, une époque où l'utilisation des télécoms était encore balbutiante, en comparaison avec les échanges actuels.
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La semaine dernière, l'indice continental des valeurs télécoms, le Stoxx Europe Télécommunications, a rechuté à 244, c'est-à-dire à peine 19% plus haut que lors du plancher boursier de mars 2009. Le secteur cote au même niveau qu'il y a 22 ans, une époque où l'utilisation des télécoms était encore balbutiante, en comparaison avec les échanges actuels. La rechute des dernières années est avant tout le témoin d'espoirs déçus. Le vaste mouvement de consolidation paneuropéen n'a pas eu lieu, freiné notamment par les autorités européennes de la concurrence. Ces dernières se sont souvent opposées au rapprochement entre opérateurs conduisant à une réduction du nombre d'acteurs sur un marché. C'est même plutôt l'inverse qui s'est produit avec l'arrivée d'un quatrième opérateur mobile en Italie ou l'offre d'une quatrième licence en Belgique. La régulation européenne a aussi forcé les opérateurs à faire une croix sur de plantureux frais de roaming facturés aux clients traversant les frontières. Loin de constituer une finalité, les investissements dans le haut débit fixe et la 4G mobile n'étaient qu'une étape vers la fibre et la 5G. Le géant français Orange qui avait prévu un pic de ses investissements en 2018 a ainsi indiqué à la fin de l'année dernière que ses dépenses en capital devraient finalement continuer d'augmenter au moins jusqu'en 2022. Le retour à la croissance des revenus, grâce à de meilleurs réseaux, est resté un concept assez théorique. A tel point que les dividendes sont désormais en danger. L'année dernière, le géant britannique Vodafone a réduit de moitié son coupon. Proximus n'a pour sa part pas raboté son dividende pour l'année 2019. Mais le titre a été sanctionné d'une dégringolade de plus de 15% en une semaine en raison des craintes concernant la pérennité de ce dividende. Le bénéfice par action de l'opérateur historique a en effet chuté à 1,16 euro par action en 2019, largement insuffisant pour financer son dividende de 1,50 euro. Les investisseurs s'attendent ainsi à ce que le plan stratégique du nouveau CEO Guillaume Boutin, attendu fin mars, englobe une révision de la politique de rémunération des actionnaires. La plupart des opérateurs télécoms européens sont dans le même cas de figure. Face aux pressions sur les résultats et aux importants investissements dans les réseaux et les fréquences, les marchés craignent que les opérateurs se montrent beaucoup moins généreux en matière de dividendes. Pour financer leurs investissements, de plus en plus d'entre eux annoncent la vente (partielle) de leurs pylônes. Une opportunité liée notamment à la demande de groupes comme l'américain KKR et l'espagnol Cellnex qui acceptent de payer le prix fort en échange d'un rendement récurrent. Les opérateurs peuvent ainsi réduire leurs dettes. A priori, cela ne permet toutefois pas véritablement de consolider le dividende dans la durée car les opérateurs doivent ensuite louer ces pylônes. Cette cession des réseaux pourrait aller un pas plus loin selon Stéphane Richard, PDG d'Orange. A l'issue d'une réunion avec Margrethe Vestager, il rappelait ainsi combien la commissaire européenne à la Concurrence s'était dite " très favorable au partage et à la consolidation des réseaux, qui est une forme de consolidation ". Le marché belge fait d'ailleurs office de laboratoire pour les opérateurs européens. Le 22 novembre dernier, Proximus et Orange Belgium ont en effet officiellement signé l'accord concrétisant leur collaboration en vue du partage de réseau d'accès mobile. L'objectif est simple : " réaliser des gains d'efficacité opérationnelle en termes de coûts ". Les deux opérateurs conserveront leurs fréquences et resteront en concurrence en matière d'offres mais pourront partager d'importants investissements nécessaires pour la 5G. Telenet s'est d'ailleurs senti menacé et a déposé plainte auprès de l'Autorité belge de la concurrence (ABC). Cette dernière s'est contentée d'une suspension jusqu'au 16 mars 2020 dans l'attente de l'avis de l'IBPT, le régulateur du secteur en Belgique. Elle n'a toutefois pas interdit la poursuite des préparatifs en vue de la création de cette coentreprise. Cette collaboration constituera un test important aux yeux des marchés pour évaluer la possibilité d'une généralisation des réseaux partagés, qui seraient de nature à soulager les finances et à améliorer les marges des opérateurs. De quoi aussi augurer d'éventuelles fusions transfrontalières auxquelles Margrethe Vestager n'est pas opposée, selon Stéphane Richard. Cette perspective de redressement du secteur est ce qui lui fait encore principalement défaut en Bourse. Celui-ci est en effet considéré comme bon marché depuis de nombreuses années, avec un rendement de dividende de 5,1% largement supérieur à la moyenne, mais qui ne suffit pas à en faire un bon investissement. Outre le partage de réseaux et la consolidation, une dégradation de la conjoncture pourrait également être favorable aux télécoms européens selon Alasdair McKinnon, gérant chez Scottish Investment Trust. " Si les investisseurs pensent qu'il va y avoir une récession, ils ne seront pas trop enclins à acheter des valeurs bancaires ou cycliques, ce qui pourrait profiter aux télécoms ", qui attireront les investisseurs en quête de placements de rendement. Justin Moreau, analyste chez AllianceBernstein, souligne pour sa part que la sélectivité reste de mise. Il privilégie tout particulièrement Masmovil Ibercom et Orange (France). Le premier est un opérateur espagnol qui s'appuie notamment sur des accords de partage de réseaux, lui permettant de garder ses coûts sous contrôle. Il s'est imposé comme un quatrième opérateur solide depuis la fusion d'Orange et de Jazztel dans la péninsule. Géant européen des télécoms, Orange reste intéressant à plusieurs titres, selon Justin Moreau. L'analyste épingle tout d'abord la politique tarifaire plus raisonnable appliquée récemment par les opérateurs français. De plus, l'entreprise présente un bilan solide et ses investissements dans la fibre optique devraient atteindre un pic en 2020 avant de diminuer. Concernant les opérateurs belges, les analystes ont des avis assez tranchés ( voir le tableau " L'avis des analystes sur les opérateurs belges"), privilégiant largement Orange Belgium. On notera toutefois que la récente chute de Telenet a dégagé un certain potentiel d'appréciation.