Aux Etats-Unis, les résultats d'entreprises du premier trimestre sont marqués par le troisième recul consécutif de la marge bénéficiaire nette des grandes entreprises. Les profits des entreprises du S&P 500 ont en effet augmenté de moins de 5% alors que leur chiffre d'affaires a bondi de plus de 10%, selon le dernier consensus du gestionnaire de données financières FactSet.
...

Aux Etats-Unis, les résultats d'entreprises du premier trimestre sont marqués par le troisième recul consécutif de la marge bénéficiaire nette des grandes entreprises. Les profits des entreprises du S&P 500 ont en effet augmenté de moins de 5% alors que leur chiffre d'affaires a bondi de plus de 10%, selon le dernier consensus du gestionnaire de données financières FactSet. La situation est toutefois bien pire dans les pays émergents où, jusqu'à présent, seules un quart des entreprises font mieux que prévu au premier trimestre, contre 77% aux Etats-Unis. Des pays comme l'Inde ou la Turquie sont particulièrement affectés par l'envolée des coûts énergétiques. En Chine, les nouveaux confinements depuis mars et la réglementation ciblant les sociétés technologiques pèsent sur les profits. Par contre, l'Europe se distingue puisque les bénéfices des entreprises du Stoxx 600 sont désormais estimés en hausse de près de 25% au premier trimestre grâce à un net rebond du chiffre d'affaires (+ 20%) et une amélioration de la rentabilité. Ces bons chiffres sont toutefois en partie liés aux effets de change, l'euro ayant perdu une dizaine de pour cent par rapport au dollar américain entre début 2021 et début 2022. C'est toutefois surtout au niveau sectoriel que les écarts sont les plus importants et les plus révélateurs. Le secteur énergétique signe sans surprise les meilleures performances, avec des profits quasi triplés tant en Europe (indice Stoxx 600) qu'aux Etats-Unis (indice S&P 500) selon les derniers consensus IBES du fournisseurs de données Refinitiv. Mais d'autres secteurs déçoivent. En Europe, les bénéfices des entreprises technologiques ont ainsi fondu de plus de 10% selon les chiffres disponibles et les dernières estimations. Aux Etats-Unis, 3 secteurs sur 11 ont vu leurs profits baisser, dont une chute de près de 20% pour les entreprises financières. Si l'on se concentre sur les entreprises qui ont déjà dévoilé leurs chiffres outre-Atlantique, le secteur des services de communication (dont les télécoms) dépasse les attentes de 27,9% jusqu'à présent alors que celui des technologies affiche un dépassement de seulement 2,8%, bien inférieur à la moyenne historique. Plus d'une entreprise technologique sur quatre a même livré des chiffres inférieurs aux attentes contre moins d'une sur 20 en moyenne l'année dernière. Comme de coutume, les banques américaines ont été les premières à largement livrer leurs résultats, près des trois quarts ayant déjà dévoilé leurs chiffres trimestriels. L'accueil a globalement été très mitigé puisque le repli des bénéfices est un peu moindre qu'initialement redouté mais les analystes ont légèrement réduit leurs estimations de bénéfices pour l'année entière, tablant sur un retrait de plus de 11%. La chute des profits peut être surprenante alors que les marchés espèrent depuis longtemps un redressement des taux pour permettre aux banques d'améliorer leur marge d'intérêt. Aux Etats-Unis, le taux moyen pour les crédits hypothécaires à 30 ans (durée de référence) a rebondi de moins de 3% à l'automne dernier à plus de 5% mi-avril. Si l'on prend le cas du géant JP Morgan Chase, ses revenus nets d'intérêts ont bel et bien bondi de 7% au premier trimestre. Mais ses autres revenus ont baissé, la volatilité des marchés ayant notamment pesé sur les activités de la banque d'investissement. Et surtout, des taux plus élevés combinés à un ralentissement économique ont forcé la banque à acter des provisions pour pertes sur crédits (risque de non-remboursement) de près de 1,5 milliard de dollars, expliquant la chute des bénéfices. Une tendance qui devrait s'accélérer au deuxième trimestre et qui explique donc la prudence des analystes. Les banques européennes sont traditionnellement plus dépendantes des revenus d'intérêts et moins exposées aux activités de banque d'investissement. Elles sont donc mieux positionnées pour bénéficier de la hausse des taux. Toutefois, elles devront aussi acter des provisions pour pertes sur crédit dans l'environnement économique actuel et face au net rebond du nombre de faillites depuis le début de l'année (+ 35% en France, + 49% en Belgique, + 27% en Allemagne en mars...). Ce qui contraste avec l'année dernière, quand les résultats avaient été dopés par des reprises de provisions constituées en pleine pandémie en 2020. Il ne faut pas attendre d'embellie à court terme selon les analystes, qui tablent même sur une chute de près de 9% des profits des valeurs financières européennes pour l'ensemble de l'année. Jusqu'à présent, le gadin de la saison des résultats est certainement à mettre au passif de Netflix qui a plongé de 35% le 20 avril. Le pionnier et leader mondial du streaming vidéo a perdu 200.000 abonnés au premier trimestre à la suite de l'arrêt de ses activités en Russie (700.000 abonnés). Même sans tenir compte de cet impact, le groupe est toutefois très loin de son objectif d'un gain de 2,5 millions d'abonnés. Et cette première baisse du nombre de clients en 10 ans risque fort de ne pas être isolée puisque Netflix table sur la perte de 2 millions d'abonnés au deuxième trimestre en raison de la concurrence, notamment de Disney+, et surtout de la réouverture des loisirs. Afin de ne pas perdre trop de terrain, le groupe s'est résolu à annoncer le lancement d'un abonnement à prix réduit avec publicités. Ce nouveau bilan trimestriel décevant de Netflix a pesé sur l'ensemble des entreprises ayant profité de la vie à domicile (télétravail, loisirs numériques, etc.) depuis le début de la pandémie. Le spécialiste des visioconférences Zoom Video, le leader du fitness connecté Peloton, le géant des box repas HelloFresh ou la société de paris en ligne DraftKings ont ainsi accentué leur chute. Le secteur des jeux vidéo, les médias sociaux, la fintech ou la sécurité informatique (avec les chiffres décevants de DocuSign) sont également affectés. Après l'euphorie de 2020, il est même question d'excès de pessimisme, les marchés ayant sanctionné toutes les entreprises liées à la numérisation. Celles qui parviendront à démontrer que leur croissance et leur rentabilité sont structurels devraient bénéficier d'une revalorisation. En Europe, le secteur du luxe s'est aussi globalement illustré depuis le début de la pandémie, nombre de consommateurs s'étant fait plaisir avec des produits de marque à défaut d'autres loisirs (restaurants, vacances, etc.). Le leader mondial LVMH a de nouveau vu son chiffre d'affaires bondir de 29% au premier trimestre grâce à une bonne performance de son pôle phare mode & maroquinerie avec des hausses de prix de plus de 20% pour Louis Vuitton selon les analystes HSBC, une reprise des ventes de ses activités de distribution sélective (boutiques duty free dans les aéroports...) et des effets de change très favorables. Pourtant, le titre n'en a pas profité en Bourse alors que le groupe, comme ses concurrents Hermès et Kering, s'est dit vigilant pour le reste de l'année. Il a ainsi fermé ses boutiques en Russie en mars, même si Bernard Arnault a assuré en assemblée générale que l'impact économique restait très faible (grâce aux autres canaux de distribution). Le confinement strict mis en place à Shanghai et dans d'autres villes chinoises est aussi une mauvaise nouvelle pour le secteur, de même que la volatilité des marchés boursiers et des cryptomonnaies. Leur envolée l'année dernière avait contribué aux solides ventes sur l'important marché nord-américain (plus d'un quart des ventes de LMVH, principal pôle de croissance pour Hermès) l'année dernière selon Andrea Felsted, éditorialiste pour le secteur de la consommation chez Bloomberg. Cette dernière épingle aussi l'impact des hausses de prix de produits de luxe qui pourraient freiner les consommateurs déjà confrontés à une importante inflation. Le secteur aérien est également à la croisée des chemins, profitant de la levée des mesures sanitaires tout en étant confronté à l'envolée des prix du pétrole. Aux Etats-Unis, les premiers résultats sont plutôt rassurants. American Airlines a ainsi vu ses revenus plus que doubler et revenir à 84% du niveau d'avant la pandémie. La première compagnie américaine et mondiale (en termes de capacité) a surtout indiqué avoir enregistré des ventes record et un profit opérationnel en mars. American Airlines prévoit de confirmer de retour à la rentabilité au cours des prochains trimestres. United Airlines a précisé prévoir un chiffre d'affaires record au deuxième trimestre avec une marge opérationnelle d'environ 10%, comparable à avant la pandémie pour cette période de l'année (12,9% 2019 et 10,6% en 2018). La compagnie estime ainsi qu'elle sera rentable sur l'ensemble de 2022 malgré l'envolée des coûts du carburant. Une confiance qui s'explique notamment par la maîtrise des capacités, ce qui doit permettre au secteur d'améliorer le taux de remplissage et les revenus par siège. Delta Airlines a ainsi souligné que ses réservations atteignaient des records pour cet été, bien que la capacité offerte soit toujours 10% inférieure à son niveau d'avant la pandémie. Et en Europe? La plupart des compagnies n'y dévoileront leurs résultats que début mai. Il est donc trop tôt pour se prononcer, mais l'exemple outre- Atlantique pourrait s'avérer favorable pour easyJet, Lufthansa, IAG, Ryanair, etc.