Si les applis permettant d'investir ne sont pas sans défaut, elles connaissent un véritable succès, surtout aux Etats-Unis. Avant l'été, Robinhood dépassait les 14 millions d'utilisateurs. TD Ameritrade, leader historique du courtage en ligne, compte 11 millions de clients. L'appli de la start-up WeBull en dénombre 9 millions. Et l'on pourrait en ajouter bien d'autres, émanant tant d'acteurs historiques que de fintechs. En proposant des ordres gratuits ou presque et en simplifiant l'investissement, elles ont attiré des cohortes de nouveaux investisseurs à qui certains imputent même (en partie) la vigueur du redressement rapide des Bourses depuis le mois de mars.
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Si les applis permettant d'investir ne sont pas sans défaut, elles connaissent un véritable succès, surtout aux Etats-Unis. Avant l'été, Robinhood dépassait les 14 millions d'utilisateurs. TD Ameritrade, leader historique du courtage en ligne, compte 11 millions de clients. L'appli de la start-up WeBull en dénombre 9 millions. Et l'on pourrait en ajouter bien d'autres, émanant tant d'acteurs historiques que de fintechs. En proposant des ordres gratuits ou presque et en simplifiant l'investissement, elles ont attiré des cohortes de nouveaux investisseurs à qui certains imputent même (en partie) la vigueur du redressement rapide des Bourses depuis le mois de mars. Le succès de Robinhood a aussi engendré son lot de polémiques comme avec Kodak. L'ancien géant de la photo était tombé dans l'anonymat boursier. Début 2018, il avait toutefois défrayé une première fois la chronique. Surfant sur le boom du bitcoin, il avait annoncé le lancement prochain de sa propre cryptomonnaie, mais le KodakCoin restera au stade de promesse. Fin juillet 2020, Kodak obtenait une promesse de prêt de 765 millions de dollars du gouvernement américain pour produire des ingrédients pharmaceutiques. Bien que la concrétisation du projet et sa rentabilité demeurent sujettes à caution, le titre fit rapidement le buzz sur Robinhood. En moins de trois jours, l'action Kodak passa de 2,10 dollars à un plus haut de 60 dollars, soit une appréciation de 2.757%. Selon les chiffres de Robintrack, pas moins de 123.000 utilisateurs de Robinhood ont acheté des actions Kodak en 72 heures. Sur Robinhood, la valeur phare de l'été était toutefois Tesla. Au total, plus d'un demi-million de Robins ont misé sur le spécialiste américain des voitures électriques. Le parallèle entre le cours et le nombre de détenteurs sur l'application est assez saisissant, sachant que Tesla s'est hissé dans le top 10 des capitalisations boursières mondiales. L'autre bizarrerie du graphique ci-contre est qu'il s'arrête à la mi-août. Robinhood a en effet décidé de stopper la publication des valeurs les plus populaires. Les valeurs plébiscitées (souvent momentanément) sur l'app n'ont en effet pas toutes connu le même succès que Tesla. Quantité de penny stocks (actions valant moins d'un dollar) ont rapidement chuté après une popularité éphémère, coûtant très cher aux derniers arrivés. Selon Reuters, cela ne va toutefois pas mettre fin aux engouements populaires sur Robinhood et les autres applis, l'agence ayant identifié plusieurs communautés très actives d'investisseurs amateurs sur les réseaux sociaux. Tous les analystes ne sont toutefois pas convaincus par l'influence de Robinhood en Bourse. En juin, les spécialistes de Barclays affirmaient qu'il n'y avait pas de relation établie entre les investissements des utilisateurs de Robinhood et les mouvements en Bourse. Ils soulignaient notamment que toutes les valeurs populaires sur Robinhood étaient dans le rouge lors de la rechute de Wall Street du 11 juin. Le spécialiste CNBC et vétéran de l'industrie des fonds d'investissement, Jim Cramer, expliquait toutefois que la comparaison sur une journée peut être biaisée. " Il se peut que les professionnels de Wall Street achètent les actions populaires sur Robinhood en préouverture et les revendent ensuite aux petits investisseurs qui achètent pendant les heures d'ouverture des marchés. " Ce qui se confirme. Début septembre, la SEC, le gendarme boursier américain, a en effet ouvert une enquête sur les relations commerciales entre Robinhood et les traders à haute fréquence/teneurs de marché. La start-up leur vend pour exécution le flux d'ordres de ses clients, ce qui est autorisé (aux Etats-Unis), mais Robinhood n'en aurait pas informé correctement ses clients. Selon Larry Tabb de Bloomberg Intelligence, Robinhood a ainsi perçu 180 millions de dollars de commissions des firmes de trading au deuxième trimestre, de loin le courtier générant le plus de revenus de la sorte, devant E*Trade Financial (110 millions de dollars) et TD Ameritrade (100 millions de dollars). Globalement, Bloomberg estime que ce marché particulier pèsera un total de 2,3 milliards de dollars en 2020 alors que les investisseurs particuliers sont revenus en force depuis le début de la pandémie. Il y a donc un intérêt à Wall Street pour suivre l'activité des " nouveaux investisseurs ". Et pas seulement dans la perspective du trading à haute fréquence visant avant tout à profiter des différences entre cours acteur et vendeur. Selon le site Business Insider, lors de l'annonce de l'arrêt de la publication des actions populaires par Robinhood, plusieurs gestionnaires de hedge fund, dont le célèbre Steven Cohen, sont partis en quête de signaux d'investissement auprès d'autres plateformes. Le fait que des investisseurs professionnels se basent sur le comportement des petits porteurs est évidemment de nature à renforcer l'impact des applis sur les marchés. Que peut-on attendre de marchés boursiers où les apps deviennent plus importantes ? Le premier élément est qu'il y a une prime aux entreprises connues du grand public ou des milléniaux. Avant l'arrêt de Robintrack, Ford, Apple, Tesla, Walt Disney étaient les valeurs les plus populaires. Et le spécialiste des produits de beauté Coty et la chaîne de prêt-à-porter Gap, parmi les 50 plus petites valeurs du S&P 500, étaient dans les portefeuilles de plus de 50.000 utilisateurs. A l'inverse, bien que dans le top 50 du S&P 500, des actions comme Linde (gaz industriel) ou Accenture (consultance) comptaient moins de 5.000 fans... La perspective de faire de bonnes affaires tente aussi de nombreux petits investisseurs. Des valeurs bradées comme General Electric, American Airlines ou même Hertz, qui avait déposé le bilan, ont ainsi gagné en popularité. Enfin, les entreprises biotechnologiques sont plébiscitées, surtout celles qui font l'actualité dans le cadre de la lutte contre la pandémie comme Moderna. Et le phénomène n'est pas seulement américain. Au Japon, Tella, qui a initié une étude pour un traitement potentiel du Covid-19, affiche la meilleure performance des 4.000 sociétés cotées, selon Bloomberg. A Hong Kong, la demande des petits investisseurs pour l'introduction en Bourse de deux biotechs, Akeso et Ocumension, était de respectivement 639 fois et 1.896 fois l'offre... Margaret Yang, stratégiste chez DailyFX, épingle pour sa part que les transactions gratuites proposées par les apps font le bonheur des traders individuels. Traditionnellement, les investisseurs particuliers sont aussi plus affectés par leurs biais émotionnels. Tout cela peut engendrer un accroissement de volatilité comme peuvent déjà en témoigner Kodak ou Hertz. Ces deux exemples démontrent aussi qu'il ne faut pas suivre aveuglément les tendances, les rechutes pouvant être très rapides et aussi violentes que les envolées.