Vous vous souvenez du tollé suscité par le projet de prise de participation de 14 % du chinois State Grid au capital du gestionnaire de réseaux d'électricité et de gaz Eandis ? L'entreprise d'Etat chinoise avait fait l'offre la plus alléchante mais parmi les trois offres les plus élevées figuraient également deux fonds de pension, un fonds néerlandais et un fonds australien.

Et qui est le plus gros actionnaire du gestionnaire de l'aéroport de Zaventem ? Un fonds de pension lui aussi, l'Ontario Teachers' Pension Plan.

Aucune mesure légale n'empêche les fonds de pension belges d'investir dans les entreprises non cotées en Bourse ou dans les projets d'infrastructure, ce qui n'est pas le cas des fonds d'épargne pension. Contrairement aux assureurs, les fonds de pension ne sont contraints par aucun cadre réglementaire. " Mais les fonds de pension belges sont souvent trop peu importants et de ce fait obligés d'investir via des fonds spécialisés, comme TDP (ex-DG Infra, Ndlr) ou de collaborer avec de grands fonds de pension étrangers ", explique Philip Neyt, président de l'Association belge des fonds de pension Pensioplus.

"Les investissements 'private equity' et infrastructure représentent environ 7 % des portefeuilles et gagnent en importance depuis cinq ans." Philip Neyt, président de Pensioplus

Selon Philip Neyt, le financement des projets d'infrastructure devrait être davantage standardisé afin d'en faciliter l'accès aux fonds de pension. Et de citer le bon exemple du Royaume-Uni où quelques-uns des plus grands fonds de pension ont créé la Pensions Infrastructure Platform (PiP) pour permettre aux autres fonds de pension britanniques d'investir dans l'infrastructure.

Les fonds de pension gèrent la pension complémentaire à laquelle cotisent environ 1,5 million de Belges par l'intermédiaire de leur employeur. C'est une alternative à l'assurance groupe mieux connue et ici aussi, les épargnants ne peuvent retrouver leur mise qu'au moment de la retraite. " Les fonds de pension sont en train de se réinventer, explique Philip Neyt. Les obligations d'Etat ne rapportent plus rien. Nous n'avons donc pas le choix, nous devons chercher d'autres placements générateurs de revenus réguliers. "

A en croire Philip Neyt, les fonds de pension belges investissent de plus en plus dans le private equity et l'infrastructure. Mais impossible de citer des chiffres car Pensioplus n'interroge pas ses membres sur leurs investis-sements en private equity et en infrastructure. " Les fonds classent les investissements private equity et infrastruc-ture en plusieurs catégories, explique le président de l'association. Ils représentent environ 7 % des portefeuilles et gagnent en importance depuis cinq ans. "

Désireux d'investir dans le " private equity "

Les fonds d'épargne pension, par définition, investissent à long terme. Ils gèrent le bas de laine que l'épargnant constitue pour ses vieux jours, de sa propre initiative, tout en bénéficiant d'un avantage fiscal. Rares sont ceux qui réclament leur dû avant 60 ans car leur capital serait alors taxé à 33 % au lieu de 8. Les gestionnaires des quatre plus grands fonds d'épargne pension nous ont confié qu'ils souhaitent investir dans le private equity et l'infrastructure mais que le cadre législatif actuel les en empêche. Selon certaines sources, le législateur réfléchit à la question.

" Nous envisageons effectivement de légiférer pour permettre aux fonds d'épargne pension d'investir dans les equity tranches de projets d'infrastructure et dans les fonds private equity, confirme Ferry Comhair, porte-parole du ministre des Finances, Johan Van Overtveldt. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus. La mesure sera reprise avant l'été dans la prochaine loi portant diverses dispositions. Les travaux préparatoires sont en cours. "