L'environnement reste porteur au niveau international, rassure Damien Petit, responsable des investissements en banque privée : les institutions internationales continuent de tabler sur une croissance légèrement inférieure à 4 % et toujours assez synchronisée.

" Comme en 2017 quand, pour la première fois depuis la crise de 2007, aucune des 45 principales économies mondiales n'a enregistré de contraction, précise-t-il. Il devrait en aller de même en 2018. " Une des grandes interrogations du moment concerne le cycle économique positif qui prévaut aux Etats-Unis depuis 2009. Le pays en est à 36 trimestres de croissance. C'est énorme dans l'absolu et on se rapproche du record enregistré entre 1991 et 2001, avec 40 trimestres.

" Va-t-on pour autant basculer dans un scénario négatif ? Pas nécessairement ", estime Damien Petit. Argument : cette durée s'explique peut-être par une croissance fort timide. Elle est en effet de l'ordre du pour cent en moyenne annuelle, le taux le plus faible observé sur plus d'un demi-siècle ( voir graphique 1 : Un cycle long, mais une croissance très faible). La croissance annuelle moyenne du PIB s'affiche ainsi à 1,5 % sur les 10 dernières années aux Etats-Unis. C'est peu en regard des chiffres historiques dont le pays peut se prévaloir, même si c'est beaucoup par rapport au maigre 0,6 % relevé en Europe et au Japon.

Pourvu que la courbe ne s'inverse pas

Une autre inquiétude qui a émergé récemment, dans le sillage de la précédente, concerne les taux d'intérêt, toujours aux Etats-Unis. Wall Street a frémi quand le taux à 10 ans a brutalement frisé la barre des 3 %. Il y a toutefois un autre taux qui préoccupe les investisseurs professionnels, et même davantage que le précédent : celui des obligations à deux ans. Il est en temps normal très inférieur à celui du papier à 10 ans ; voici un an par exemple, on notait ainsi 1,3 % pour le premier et 2,3 % pour le second. Ces derniers mois cependant, le taux à deux ans s'est emballé au point qu'on se situe actuellement grosso modo à 2,5 et 3 %.

Cet écart va-t-il encore se réduire ? Il ne faudrait pas que le taux à deux ans dépasse celui à 10 ans, autrement dit que l'on assiste à ce qu'on appelle une inversion de la courbe des taux, car ce serait un signal clairement annonciateur d'un retournement conjoncturel. Comme l'illustre le graphique 2 ( Inversion = récession), un tel phénomène est presque toujours suivi d'une récession endéans six à 12 mois !

Autre crainte du moment : la résurgence possible de l'inflation, surtout aux Etats-Unis. Où le chômage est au plancher, à quelque 4 %, au point que 35 % des entreprises déclarent avoir du mal à trouver de la main-d'oeuvre, comme en 2000. La hausse des salaires reste néanmoins contenue : 2,5 % en base annuelle, contre 4 % avant la crise. En Europe, ces chiffres sont de respectivement 2 % et 2,5 à 3,5 %.

Parmi les explications avancées par le responsable des investissements : la pression qu'Amazon et d'autres acteurs de l'e-commerce exercent sur les marges de la distribution, et donc les prix de détail. Ou encore un taux d'emploi historiquement faible ; il existerait donc une réserve de main-d'oeuvre occultée par les données classiques en matière de chômage. Au total, les pressions inflationnistes demeurent dès lors faibles dans l'immédiat.

La Bourse, mais sans excès

Les craintes que certains nourrissent à propos de la longueur du cycle de croissance aux Etats-Unis, ou encore de la possible inversion des taux, conduisent-elles les gestionnaires de la Banque de Luxembourg à modifier leur politique d'investissement ?

Pas vraiment, même s'ils se montrent quand même assez prudents à l'égard de la Bourse, qui n'est plus vraiment bon marché. " Nous avons vendu des actions à la mi-janvier, signale Philippe Celis, responsable de l' investment advisory de la banque. Non pas que nous ayons prévu la chute qui allait rapidement suivre, tempère-t-il. Simplement, les valorisations s'étaient tendues. Nous avons du reste racheté en février et mars. Pour nous, un pic de volatilité est une occasion d'investir plutôt que de sortir des marchés. " Il reste qu'un portefeuille équilibré renferme aujourd'hui 46 % environ d'actions, soit plutôt vers le bas de la fourchette prévue, à savoir 40 à 60 %.

Philippe Celis, responsable de l'" investment advisory " à la Banque de Luxembourg " Un pic de volatilité est une occasion d'investir plutôt que de sortir des marchés. " © PG

La Banque de Luxembourg partage l'enthousiasme de nombreux autres gestionnaires à l'égard du Japon. En mettant l'accent sur des leaders de marché comme Shimano, numéro 1 mondial des composants pour vélo, ou Fanuc, géant des robots industriels. Sans oublier les entreprises bénéficiant du vieillissement de la population ou de l'émergence des classes moyennes dans les pays émergents.

Damien Petit, responsable des investissements en banque privée à la Banque de Luxembourg " La durée du cycle d'expansion aux Etats-Unis s'explique peut-être par la faible croissance. " © PG

A l'inverse, la maison s'écarte spectaculairement de l'attitude très positive souvent affichée à l'égard des valeurs financières, présentées comme les principales gagnantes du mouvement de hausse des taux d'intérêt. Elles ne composent ici que 2 % des portefeuilles d'actions ! Explication : la banque sélectionne les actions sur la base de leur valorisation et les valeurs financières sont presque impossibles à évaluer en ce moment. De toute manière, les taux ne sont sans doute pas promis à une forte hausse. Voilà une position qui sort de l'ordinaire !