La banque privilégie les actions par rapport aux obligations ? Forcément, comme tout le monde... Investment strategist chez Belfius Bank & Insurance, Olivier Fumière aborde toutefois les actions par le rendement de bénéfice et non de dividende. De quoi s'agit-il ? Tout simplement de l'inverse du rapport cours/bénéfice (P/E), autrement dit du bénéfice/cours, ou E/P. Cette approche reste relativement inhabituelle, en dépit de sa pertinence. En ne retenant que le rendement de dividende, le plus souvent mis en avant dans une comparaison avec les obligations, on néglige en effet la partie non distribuée du bénéfice, qui est réinvestie et viendra gonfler la valeur de l'action. "Alors que le rendement des obligations d'Etat est inférieur à 1 % en Belgique et d'à peine 0,4 % en Allemagne, le rendement E/P de l'indice Euro Stoxx dépasse les 7 %, avec un P/E de 13,8 ". C'est sans commune mesure, en effet ! Les actions sont dès lors incontournables, à condition d'avoir un horizon de placement d'au moins 10 ans, précise-t-il.
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La banque privilégie les actions par rapport aux obligations ? Forcément, comme tout le monde... Investment strategist chez Belfius Bank & Insurance, Olivier Fumière aborde toutefois les actions par le rendement de bénéfice et non de dividende. De quoi s'agit-il ? Tout simplement de l'inverse du rapport cours/bénéfice (P/E), autrement dit du bénéfice/cours, ou E/P. Cette approche reste relativement inhabituelle, en dépit de sa pertinence. En ne retenant que le rendement de dividende, le plus souvent mis en avant dans une comparaison avec les obligations, on néglige en effet la partie non distribuée du bénéfice, qui est réinvestie et viendra gonfler la valeur de l'action. "Alors que le rendement des obligations d'Etat est inférieur à 1 % en Belgique et d'à peine 0,4 % en Allemagne, le rendement E/P de l'indice Euro Stoxx dépasse les 7 %, avec un P/E de 13,8 ". C'est sans commune mesure, en effet ! Les actions sont dès lors incontournables, à condition d'avoir un horizon de placement d'au moins 10 ans, précise-t-il. " Aux Etats-Unis, le P/E est de 16,6 environ pour l'indice S&P 500, poursuit le stratégiste, ce qui donne un rendement E/P de 6 %. La grande différence, c'est que le taux des obligations à 10 ans y est proche de 3 %. L'écart de rendement entre les actions et les obligations est donc de l'ordre de 3 % là-bas, contre 7 % ici ! ". Et ceci en prenant le rendement du Bund allemand comme étalon de valeur pour la zone euro. En retenant le taux des Olo belges, cette différence est encore de 6 %. Chez Belfius, la préférence va dès lors clairement aux actions européennes. Avec un enthousiasme cependant un peu plus mesuré aujourd'hui qu'en début d'année, et pas seulement suite à l'évolution politique en Italie. Car si la banque prévoit toujours une croissance de 2,4 % cette année en zone euro, elle observe que les indices PMI sont plutôt décevants ces derniers temps. Pour rappel, les indices PMI, pour purchasing manager index, sont réputés préfigurer l'activité économique. L'évolution du sentiment à l'égard des actions américaines a, lui, évolué en sens inverse : " La Bourse était plutôt chère voici encore six mois, mais la croissance des bénéfices est telle que le rapport cours/bénéfice de l'indice S&P 500 est devenu plus attrayant : il était revenu à 16,6 à la mi-juin, contre 18,3 à la fin 2017, explique Olivier Fumière. Et ceci alors que la croissance économique est bonne et va soutenir les bénéfices des entreprises durant les prochains trimestres, au même titre que la réforme fiscale du président Trump ". Il s'agit cependant là d'une approche tactique, qui vaut pour le court terme, prévient-il : " Et sous réserve d'une forte détérioration des relations commerciales entre les Etats-Unis et leurs partenaires. Pour le long terme, nous sommes neutres à l'égard de la Bourse américaine, car la remontée des taux n'est pas terminée. " C'est par contre dans une optique de long terme que Belfius se montre positif à l'égard des marchés émergents. " Les valorisations sont moins élevées qu'en Europe et aux Etats-Unis et la progression des bénéfices est acceptable, constate Olivier Fumière. C'est de cette partie du monde que provient la moitié de la croissance mondiale, ce qui continuera d'y attirer les investisseurs ". Le spécialiste conseille d'y investir entre 10 et 15 % d'un portefeuille, une proportion qui pourrait augmenter, moyennant une bonne diversification. Les pays émergents sont également favorisés au niveau obligataire, en raison de rendements encore attrayants de l'ordre de 6 ou même 7 %. Et sans couverture monétaire non plus, car ces devises ne sont pas trop chères. En actions comme en obligations, il est clairement indiqué de passer par des fonds très diversifiés. Et le Japon, chouchou de presque tout le monde cette année ? " Nous étions positifs et nous venons de revenir à une position neutre, révèle le stratégiste. Parce que la Bourse japonaise a mieux presté que les autres ces dernières années et qu'on observe un petit ralentissement de la croissance des bénéfices. Par ailleurs, il n'est pas certain que la politique très accommodante de la banque centrale se poursuivra ". La Bourse, donc, mais avec une préférence pour quels secteurs ? Les valeurs technologiques, avance en premier choix Olivier Fumière. " Tant que la croissance des bénéfices est au rendez-vous, le secteur continuera de performer. Il est plus cher que la moyenne, c'est vrai, mais sa croissance bénéficiaire est également plus élevée. Et en n'oubliant pas qu'il y a de belles valeurs aussi dans les pays émergents ! ". Dans le secteur techno, l'intelligence artificielle et la cyber-sécurité sont les spécialités les plus prometteuses, ainsi que la connectivité, des gens comme des objets. La banque propose d'ailleurs dans ce domaine le fonds Belfius Equities Robotics and Innovative Technology. Autre secteur favori : la pharmacie et les biotechs. Dans une perspective de long terme et avec le vieillissement de la population en point de mire, puisqu'il entraîne une explosion des soins de santé. La classe moyenne des pays émergents, de plus en plus large, participe aussi à la croissance de la demande. " Il faut cibler la pharma innovante, prévient le stratégiste, car en l'absence de réelle valeur ajoutée, on peut tomber de haut. Voyez le fabricant de génériques Teva ( en grandes difficultés l'an dernier et dont le cours de Bourse avait chuté de deux tiers, Ndlr). " Y a-t-il, à l'inverse, des secteurs écartés de la sélection ? Oui : les télécoms. " Indépendamment de la possibilité de voir un quatrième opérateur pénétrer en Belgique, précise le stratégiste : nous sommes négatifs depuis plusieurs années en raison à la fois d'une croissance faible et des gros investissements à réaliser. Même si la mauvaise performance des dernières années a rendu le secteur moins cher. " Fort à la mode pour son rendement, l'immobilier non plus n'a pas les faveurs de Belfius, en raison notamment de la hausse des taux qui finira par se profiler en Europe. Et les valeurs financières, favorites de certains analystes ? Modérément en Europe, avec plus de conviction aux Etats-Unis, résume Olivier Fumière.