Triodos Bank est une institution financière née en 1980 sur le marché néerlandais, avec une idée révolutionnaire pour l'époque : faire en sorte que chaque euro confié à cette institution ait un impact favorable pour la société. " La gestion d'actifs est apparue dans la foulée afin de proposer une voie pour prendre plus de risques en respectant trois valeurs clés : durabilité, transparence et entrepreneurship ", souligne Jacco Minnaar, le président du conseil d'administration de Triodos IM.

Depuis 30 ans, Triodos Investment Management a donc été active dans la gestion durable, bien avant les autres sociétés de gestion présentes en Belgique. Elle dispose aujourd'hui d'actifs sous gestion qui dépassent 4,2 milliards d'euros. Dans la pratique, la gamme de fonds se répartit entre des fonds durables disponibles pour le grand public et des produits plus pointus spécialisés dans les investissements directs dans diverses sociétés sur des thématiques comme la finance inclusive (microfinance), la transition énergétique ou les nouvelles tendances alimentaires (bio, etc.). Ces derniers produits seront moins liquides, et donc réservés aux investisseurs susceptibles d'investir 250.000 euros sur un produit.

En interne

Femke Bos: "Mettre en avant l'inclusion financière et la transition énergétique dans les pays émergents." © pg

La gamme de fonds SRI (voir le tableau ci-dessous) représente aujourd'hui plus de la moitié des actifs sous gestion de Triodos IM, avec des approches de gestion globale sur les grandes classes d'actifs (actions, obligations, mixtes ainsi que la stratégie " pioneer " sur les petites et moyennes capitalisations). " L'objectif sera d'investir dans des sociétés cotées qui auront un impact favorable au niveau environnemental et d'engager le dialogue avec les directions afin d'infléchir leur trajectoire vers des comportements plus durables ", explique Erik Breen, responsable ISR chez Triodos IM.

A l'origine, Triodos IM se chargeait surtout de gérer l'analyse sur les titres, tandis que la gestion opérationnelle était déléguée à un gestionnaire externe (Delta Lloyd Asset Management). " Depuis mon arrivée en 2016, nous avons cherché à reprendre en interne la sélection des titres afin d'avoir un contrôle total sur la gestion de nos portefeuilles, poursuit Erik Breen. Cette période de transition est aujourd'hui terminée. " Cette centralisation des activités permet d'avoir un poids plus important dans les prises de contact avec les directions des entreprises.

Exclusions

Erik Breen rappelle que la gestion durable chez Triodos IM nécessite de ne pas s'exposer sur certaines zones du marché. " Les indices durables utilisés par un grand nombre de gestionnaires ne le sont pas vraiment à nos yeux, notamment parce qu'ils reprennent de nombreuses sociétés pétrolières ou des entreprises sur lesquelles pèsent des controverses importantes. A nos yeux, un fonds qui se veut durable ne doit en aucun cas s'orienter vers certains segments du marché, et un producteur d'énergie fossile ne pourra jamais en faire partie. De même, il n'existe que très peu de banques qui adoptent une analyse de durabilité dans leur politique d'octroi de crédit. Cette confusion des genres contribue à rendre flou le concept d'investissement durable dans le grand public ".

La centralisation de la gestion de fonds va également permettre à Triodos IM de développer de nouveaux produits ou d'augmenter la diversifiation géographique des actifs sous gestion. " Notre but reste de favoriser l'investissement dans des entreprises qui vont permettre de répondre aux défis de notre monde actuel et sont prêtes à consentir des efforts importants dans ce domaine sur les principaux moteurs de leur activité opérationnelle."

Parmi l'ensemble des fonds proposés dans le grand public, le fonds flexible Triodos Impact Mixed Fund affiche la meilleure notation (5 étoiles) chez Morningstar, avec une performance moyenne de 5% durant les cinq dernières années, couplée à une volatilité extrêmement maîtrisée (autour de 4%). " Ce fonds est aujourd'hui clairement dans un positionnemement plus prudent sur les marchés d'actions, afin de protéger le portefeuille des investisseurs face aux différents facteurs de risque, comme les incertitudes sur la croissance globale ou les conflits géopolitiques ."

Peu liquides

Vincent van Haarlem Son fonds vise aussi "l'amélioration de l'efficience énergétique". © pg

Triodos IM propose donc également trois expertises qui seront davantage réservées à des clients fortunés ou à des fonds de pension. Dans la thématique de la finance participative (900 millions d'euros en actifs sous gestion), le gestionnaire propose Triodos Microfinance Fund sur le marché belge, avec comme politique d'investir dans des sociétés de microfinance situées essentiellement dans les pays émergents. Femke Bos, la gestionnaire du fonds, explique que celui-ci se positionne tant sur des prises de participation (sur des sociétés situées dans des régions politiquement stables) que sur des financements obligataires (sur des sociétés situées dans des régions plus instables) : " Le but est de favoriser les groupes financiers qui mettent en avant l'inclusion financière et la transition énergétique dans les pays émergents ".

L'autre grande stratégie moins liquide proposée par Triodos IM va viser les entreprises favorisant la transition énergétique, avec des actifs sous gestion qui approchent désormais le milliard d'euros. En Belgique, il est ainsi possible de s'exposer sur le fonds Triodos Renewables Europe Fund, avec une politique d'investissement qui vise principalement les projets d'infrastructure. Son gestionnaire, Vincent van Haarlem, souligne que " la stratégie ne vise pas uniquement la production d'énergie mais également l'amélioration de l'efficience énergétique ou le développement des capacités de stockage de l'énergie produite ". Comme pour le fonds sur la microfinance, ce fonds est investi tant sur des prises de participation que sur des emprunts émis par des acteurs du secteur. Le portefeuille est aujourd'hui positionné majoritairement sur des projets éoliens (59% des actifs) situés dans le Benelux (55%) avec 23 projets dans le pipeline pour des tailles allant de 2 à 10 millions d'euros.

Impact positif

Enfin, l'alimentation bio représente le troisième axe dans les stratégies moins liquides, avec des actifs sous gestion légèrement inférieurs à 200 millions d'euros. Cette expertise est accessible en Belgique par l'intermédiaire du Triodos Organic Growth Fund (55 millions d'euros en actifs sous gestion). Jurriën Appers, qui gère le fonds, explique que l'alimentation organique constitue aujourd'hui une des principales zones de croissance du marché de l'alimentation en Europe, avec un taux de pénétration qui reste encore faible dans de nombreux pays. " Notre fonds détient aujourd'hui des participations directes dans huit sociétés actives dans la production et la distribution de nourriture organique. Notre ambition est d'être un partenaire de ces groupes tout en gardant en tête la nécessite de dégager une rentabilité pour les actionnaires ".

Depuis l'année dernière, Triodos Belgique propose également de s'exposer sur l'ensemble de sa gamme de fonds (y compris les stratégies moins liquides) par le biais du Triodos Impact Portfolio, à partir d'une mise initiale de 5.000 euros. Selon le profil d'investissement, ce produit pourra détenir jusqu'à 10% des montants investis sur les stratégies moins liquides, mais avec un impact durable direct nettement plus important.