Sur les marchés obligataires, les investisseurs ont dû réajuster leurs attentes de rendement pour les prochaines années. Les incertitudes ont diminué ces derniers mois, notamment en ce qui concerne la politique européenne. Mais il reste encore de nombreux facteurs d'inquiétude, notamment au niveau de la Chine en 2018, de la mise en place de la politique fiscale américaine, et des politiques monétaires qui seront menées en Europe et aux Etats-Unis durant les prochains trimestres.
...

Sur les marchés obligataires, les investisseurs ont dû réajuster leurs attentes de rendement pour les prochaines années. Les incertitudes ont diminué ces derniers mois, notamment en ce qui concerne la politique européenne. Mais il reste encore de nombreux facteurs d'inquiétude, notamment au niveau de la Chine en 2018, de la mise en place de la politique fiscale américaine, et des politiques monétaires qui seront menées en Europe et aux Etats-Unis durant les prochains trimestres. " La reprise économique globale va entraîner un changement de fusil d'épaule de la part des banques centrales, qui viseront davantage à une normalisation de leur politique monétaire, souligne Valentijn van Nieuwenhuijzen, CIO de NN Investment Partners. Celle-ci a déjà commencé aux Etats-Unis, et nous nous attendons à ce que la Banque centrale européenne entame le même processus d'ici la fin 2017, en réduisant dans un premier temps le volume des rachats dans le marché. Elle ne devrait toutefois pas relever ses taux avant 2019 au mieux. " Jeremy Cunningham, investment specialist chez Capital Group, souligne que l'Europe présente probablement moins d'incertitudes pour les prochains mois, mais la perspective d'une normalisation de la politique monétaire pourrait pousser à un ajustement des attentes du marché, " ce qui pourrait arriver plus tôt que prévu si les données économiques continuent de s'améliorer ". Valentijn van Nieuwenhuijzen s'attend également à ce que la Fed se montre plus agressive que les attentes du marché (deux hausses en 2017, quatre en 2018), notamment sur base du programme économique proposé par Donald Trump. " S'il devait toutefois s'avérer que la mise en place des incitants fiscaux est remise en cause à la sortie de l'été 2017, il nous faudra adapter notre scénario. Les obligations gouvernementales des pays développés sont actuellement la classe d'actifs qui présente le moins d'attraits. " Chez la Française Asset Management, Jean-Luc Hivert, CIO fixed income et cross asset, souligne que " les clients sont aujourd'hui conscients qu'ils doivent prendre plus de risques et rester investis plus longtemps. Mais il faut aujourd'hui leur proposer des alternatives intelligentes pour entrer sur les marchés obligataires ". Une des solutions est de proposer des fonds à maturité fixe aux investisseurs, investis dans les obligations à haut rendement. " En investissant sur des émissions qui seront remboursées avant la date d'échéance du fonds, nous ne prenons pas de risque sur l'évolution des cours, que les marchés soient haussiers ou baissiers, ajoute Jean-Luc Hivert. Le but sera ici de sélectionner convenablement les émetteurs, et de diversifier un maximum le portefeuille (176 lignes) de sorte qu'un défaut aura un impact limité sur la performance. " La Française Asset Management propose actuellement à la souscription un fonds à maturité 2022. Pour trouver de la performance sur les marchés obligataires, Valentijn van Nieuwenhuijzen estime également qu'il faudra de se tourner vers les segments qui offrent du rendement, comme des obligations d'entreprise en Europe ou la dette des pays émergents. " Nous sommes moins enthousiastes sur la dette des entreprises américaines, car les Etats-Unis sont plus avancés dans le cycle avec des niveaux d'endettement plus élevés, ce qui aura un impact sur le taux de défaut futur si les conditions monétaires deviennent moins favorables. En outre, le nouvel accès de faiblesse pour les prix du pétrole pourrait mettre à nouveau en difficulté une bonne partie de ce secteur, et les risques nous semblent dès lors plus élevés que sur la dette d'entreprise en Europe. " Jeremy Cunningham estime pour sa part que les facteurs techniques continuent de favoriser le secteur du haut rendement aux Etats-Unis, notamment pour les groupes pharmaceutiques ou technologiques. " Depuis le début de l'année, les investisseurs internationaux ont souscrit 30 % des nouvelles émissions, contre 10 à 12 % en règle générale. Et d'autre part, l'offre est en train de se réduire au vu d'un marché qui est moins dynamique pour les fusions-acquisitions. Enfin, si l'endettement privé est relativement élevé, les entreprises sont aujourd'hui beaucoup plus rentables, avec une dette qui a souvent été renégociée pour profiter de la baisse des taux. "Un autre manière de s'exposer sur la dette d'entreprise est de viser la dette subordonnée (au même niveau que les actions en cas de faillite) de groupes qui présentent peu de risques. " L'idée est ici de sélectionner des obligations sur lesquelles nous ne récupérerons rien en cas de défaut, mais sur des émetteurs pour lesquels le risque de défaut est proche de 0 %. " Dans ce groupe, Jean-Luc Hivert apprécie les subordonnées bancaires (HSBC, Crédit Agricole), de même que des compagnies d'assurance (Allianz, Axa) ou des groupes non financiers (Solvay, EDF, Orange). " C'est un marché en forte croissance, sur lequel il est possible d'obtenir des rendements significativement plus importants que sur la dette senior, tout en ayant très peu de risques de ne pas être remboursé ", ajoute le gestionnaire. La diversification sera ici moindre (40 émetteurs et 60 lignes), en raison d'un risque de défaut nettement moins élevé que sur le haut rendement, et la proportion d'émissions bancaires représente près de 70 % des actifs sous gestion. " Le risque est aujourd'hui devenu très faible sur le secteur bancaire, au vu des réserves qui sont aujourd'hui demandées d'un point de vue réglementaire ", constate Jean-Luc Hivert. Les différents spécialistes sont également unanimes pour recommander une exposition globale et flexible sur les marchés obligataires, avec une faible proportion de dette souveraine. " Avec la fin des politiques expansionnistes, avoir une flexibilité dans l'allocation sera important ", souligne Valentijn van Nieuwenhuijzen. Jeremy Cunningham recommande une exposition globale par l'intermédiaire d'un fonds comme le Capital Group Global High Income Opportunities. Outre le haut rendement, ce produit sera aussi exposé sur les perspectives offertes par la dette émergente en devise locale. " Après avoir fortement corrigé ces dernières années, les devises émergentes ne font plus face à un contexte aussi défavorable ", indique-t-il. Même son de cloche chez La Française Asset Management, où Jean-Luc Hivert souligne que les principaux paris actuels dans une exposition globale diversifiée se portent sur les emprunts subordonnés et sur la dette à haut rendement. " Ce segment est rempli de groupes disposant de marques visibles, qui présentent relativement peu de risques pour investir, comme Netflix, Alcoa, Numericable, TMobile ou Dell ", soutient Jean-Luc Hivert. Outre ce positionnement, l'exposition flexible sera également positionnée à la baisse sur les obligations du core européen, et à la hausse sur la périphérie. " Nous apprécions plus particulièrement les dettes portugaise et espagnole, et dans une moindre mesure italienne dans le cadre d'un renforcement du couple franco-allemand qui est un gage d'une politique monétaire favorable à ces pays ", ajoute-t-il encore. Valentijn van Nieuwenhuijzen se montre toutefois plus prudent sur ce dernier groupe. " Nous sommes neutres, car ils risquent d'être mis sous pression par une normalisation de la politique monétaire qui retirerait une partie du support, conclut-il. En outre, c'est actuellement sur la périphérie que nous trouvons encore une grosse majorité du risque politique en Europe, notamment en Espagne et en Italie. "