La Banque Triodos est devenue un acteur incontournable dans l'investissement socialement responsable en Belgique, à tel point qu'elle est aujourd'hui étroitement impliquée dans la mise en place du futur label durable ( lire l'encadré plus bas) en discussion chez Febelfin. Le groupe propose à ses clients une gamme de fonds étroite, soit quatre produits accessibles aux clients privés ( voir tableau plus bas) et plusieurs fonds (sur les énergies renouvelables, la microfinance ou l'alimentation biologique) dont le ticket d'entrée est beaucoup plus élevé (250.000 euros) et destiné à des clients plus fortunés et aux professionnels. La particularité de l'ensemble de ces produits est le caractère résolument soutenable et socialement responsable.

Nouvelle initiative

Avec son nouveau service de gestion discrétionnaire Triodos Impact Portfolio, la Banque Triodos propose depuis quelques mois de s'exposer à l'ensemble de sa gamme de fonds pour un investissement initial minimum de 5.000 euros. En fonction de leur profil d'investissement qui sera déterminé au préalable (cinq niveaux, de conservateur à offensif), le Triodos Impact Portfolio pourra investir jusqu'à 25 % des actifs dans ces produits jusqu'ici non accessibles au grand public. Sans surprise, c'est pour les profils les plus agressifs que la proportion pourra être la plus élevée. L'équilibre entre les différents fonds sous-jacents et entre les différentes classes d'actifs sera exécuté au niveau de la Banque Triodos Belgique, et fera donc l'objet d'une gestion active avec une répartition qui pourra être modifiée d'un mois à l'autre.

" Nous avons lancé ce service sans publicité à la fin de 2017 auprès de notre clientèle, indique Inge Wallays, manager personal & private banking chez Banque Triodos Belgique. Nos fonds alternatifs n'étaient jusqu'ici pas accessibles à l'ensemble de notre clientèle pour des raisons réglementaires propres à la Belgique, et le Triodos Impact Portfolio constitue une alternative. " En quelques mois, ce nouveau produit a récolté des encours de 10 millions d'euros, " dont 80 % proviennent des autres banques ". " Ceci démontre que les clients font aujourd'hui de plus en plus un choix actif d'allouer une partie de leur épargne à des causes socialement responsables ", précise Inge Wallays.

Finance alternative

Triodos Microfinance Fund est un de ces fonds aujourd'hui devenus accessibles via le Triodos Impact Portfolio. Il vise à investir dans les pays en voie de développement en s'exposant sur les acteurs financiers locaux qui proposent des services de microfinance. " Dans les pays émergents, il y a actuellement 2 milliards de personnes qui sont exclues du système financier, et ce sont généralement celles qui disposent de faibles revenus, indique Femke Bos, gestionnaire de Triodos Microfinance Fund. Le but est d'avoir un impact positif sur ces pays en permettant à des entrepreneurs de pouvoir se lancer en leur prêtant quelques centaines d'euros. "

Ce fonds pratiquera deux formes d'investissements : soit par des prises de participation directe dans des institutions bancaires dans des régions stables politiquement, soit par des octrois de crédits aux institutions. " Lorsque nous entrons au capital d'une société, nous prenons un rôle minoritaire, tout en étant impliqués au niveau du conseil d'administration. Mais le fait d'investir par deux canaux différents permettra également d'offrir plus de stabilité au portefeuille ", souligne encore Femke Bos. De par la nature même des investissements qui sont réalisés par ce fonds, il aura une liquidité mensuelle avec une volatilité relativement faible.

Impact positif

Ce produit a été lancé sur le marché néerlandais en 2002, avec une déclinaison luxembourgeoise en 2009 " en raison de la demande des différentes succursales européennes de la Banque Triodos ". Alors que l'octroi des engagements n'était à l'origine pas conditionné à l'utilisation des fonds pour un but socialement responsable, " notre but est aujourd'hui clairement de promouvoir les institutions financières qui vont soutenir le processus de transition énergétique dans les pays émergents, ou celles qui visent des impacts sociaux ", indique Femke Bos.

La gestionnaire met en avant le cas du groupe kenyan M-kopa qui propose de louer des panneaux solaires en échange d'un paiement journalier. " Au bout d'un an, le particulier devient propriétaire de son installation, qui lui permet d'avoir de la lumière le soir, de réduire sa consommation de kérosène, et diminue fortement les risques de mortalité infantile et de maladies respiratoires dans les populations défavorisées ", explique-t-elle.

Après avoir dégagé de bonnes performances entre 2010 et 2016, le Triodos Microfinance Fund a connu un exercice 2017 plus difficile. L'appréciation de l'euro sur le marché des changes a réduit la performance, et la forte exposition du fonds sur le marché indien a également entraîné un impact négatif lorsque le gouvernement Modi décida de retirer pratiquement du jour au lendemain certaines grosses coupures de la circulation afin de combattre l'économie parallèle. " Pendant deux mois, l'activité a été fortement affectée par cette décision, car les gens ne disposaient tout simplement plus d'argent pour payer leurs fournisseurs, et de nombreux petits entrepreneurs ont été mis en faillite en dépit des initiatives prises pour restructurer leur dette ", explique Femke Bos. La situation est toutefois revenue à la normale dans ce pays, qui ne devrait plus contribuer négativement à la performance du fonds.

"Insourcing"

Enfin, depuis le 1er avril, le Triodos Investment Management a également repris en interne la gestion de ses fonds SRI, qui était autrefois assurée par un gestionnaire externe (Delta Lloyd Asset Management). " Ceci va nous permettre d'avoir un contrôle plus étroit sur la manière dont les actifs des clients sont gérés, et ce sera la même personne qui assurera l'analyse, la gestion et qui engagera le dialogue avec la direction des sociétés dans lesquelles nos fonds sont investis ", souligne Lieve Schreurs, corporate communication manager chez Banque Triodos Belgique. Cette intégration va nous permettre de nous concentrer sur la recherche de sociétés qui produisent des biens et services destinés à trouver des solutions aux défis actuels, et qui devraient également être les sociétés qui dégageront une croissance et une performance financière supérieure sur le long terme. "

Un gage de qualité pour le label durable

Comme nous l'annoncions récemment, Febelfin devrait lancer durant l'été son label durable, un processus dans lequel la Banque Triodos a été étroitement impliquée. " Febelfin voulait logiquement que nous soyons partie prenante dans la définition des contours de ce label ", souligne Lieve Scheurs, corporate communication manager chez Banque Triodos Belgique. Le but est d'avoir un label qui reflète la vision d'une économie durable et de rendre les critères un peu plus pointus, tout en gardant les spécificités de chacun.

" Il faut toutefois qu'il existe un consensus minimum sur ce qui ne pourra plus être qualifié de produit durable, indique encore Lieve Scheurs. Nous soutenons la création d'un label qui pointe clairement les développements nécessaires et ceux qui nuisent.

Et il va de soi qu'un label durable en Belgique qui ne recevrait pas le soutien de la Banque Triodos pourrait manquer de crédibilité aux yeux des investisseurs intéressés par les investissements socialement responsables.