Allianz Global Investors a récemment organisé une journée de rencontre avec les spécialistes du groupe. Ceux-ci ont abordé divers grands sujets qui tiraillent actuellement les marchés mondiaux. Neil Dwane, global strategist, a tout d'abord détaillé les perspectives actuelles pour les marchés financiers. " Dans la pratique, nous sommes sortis de la crise financière en nous endettant encore davantage, sans en retenir quoi que ce soit, estime-t-il. Cet élément explique que les taux d'intérêt sont appelés à rester encore très faibles durant les prochaines années. Et le fait que les Etats-Unis continuent de financer leur croissance à crédit n'est qu'une nouvelle étape dans une stratégie irrationnelle. " Dans cet environnement, il estime que la priorité des investisseurs doit être de protéger leur patrimoine.

Disruptions

Steven Berexa, gestionnaire du fonds Allianz US Equity Fund: "Dans le domaine de l'IA, posséder ses propres données sera un élément fondamental." © PG

Pour ce qui est de la politique menée actuellement par Donald Trump, Neil Dwane souligne que le spectre d'une guerre commerciale constitue une menace sur l'organisation logistique de nombreuses multinationales. " Le problème est que l'économie mondiale est actuellement en train de ralentir à l'exception de l'économie américaine, qui est supportée de manière artificielle par les décisions de ses autorités. A plus long terme, cet endettement constituera une hypothèque supplémentaire sur les perspectives de croissance, car il devra probablement être remboursé à un moment où les conditions seront moins favorables. "

" Il faut aujourd'hui revoir à la baisse nos attentes sur le type de performance que nous pouvons espérer de notre épargne. Le niveau de notre pension ne sera pas au niveau que nous espérons ", ajoute-t-il. Et de souligner qu'une des principales menaces pesant actuellement sur les marchés serait une réaction chinoise à la hauteur des provocations américaines dans le domaine des tarifs douaniers. " Les choses pourraient tourner très mal en cas d'escalade, notamment dans le domaine de la haute technologique américaine qui a très largement recours aux fournisseurs asiatiques et chinois. " Et il indique qu'une attitude plus agressive de la Réserve fédérale américaine dans la normalisation de sa politique monétaire pourrait constituer un autre facteur de nervosité pour les marchés financiers.

La génération des millennials est vue comme une des principales sources de disruption dans le futur. " D'ici 2025, ce seront eux qui détermineront les vainqueurs des élections dans de nombreux pays, et qui orienteront en définitive la manière dont les dépenses publiques seront effectuées ", constate Neil Dwane. Une autre source de disruption est la montée en puissance de l'Asie, et plus particulièrement de la Chine. " Le rêve américain est actuellement bien vivant, mais en Chine. Durant les cinq à dix prochaines années, ce pays va devenir la plus grande économie au monde, un pari qu'aucun investisseur ne semble actuellement prêt à prendre. Ce pays représente aujourd'hui moins de 1 % des actifs dans les portefeuilles des investisseurs. "

"Soft" ou "hard" Brexit ?

En Europe, l'actualité sera dominée durant les prochains mois par les négociations entourant le Brexit. Ann-Katrin Petersen, investment strategist chez Allianz Global Investors, souligne que l'économie britannique s'est inscrite sur une trajectoire déclinante depuis plusieurs trimestres, et qu'elle sera clairement plus affectée par le divorce que l'Union européenne (à l'exception de quelques pays plus directement exposés comme l'Irlande ou les Pays-Bas). " Dans la production de biens, les chaînes d'approvisionnement sont fortement intégrées et le Brexit entraînera un choc de demande, car tous les grands groupes vont devoir s'adapter au changement selon l'accord qui sera finalement passé. "

Simon Gergel, CIO UK equities, souligne pour sa part que l'issue des négociations reste entre très incertaine, que ce soit au niveau d'un accord qui devra être validé dans les 27 Etats membres ou de la situation politique au Royaume-Uni qui pourrait se montrer volatile, avec un spectre des possibilités qui s'étend aujourd'hui d'un simple maintien dans l'UE à une cassure dure (hard Brexit) entre les deux partenaires. " La Bourse de Londres reste toutefois dominée par des groupes très internationaux par nature et qui bénéficient généralement des mouvements de baisse sur la devise britannique, laquelle restera le baromètre du sentiment du marché sur l'évolution des négociations. Environ deux tiers des ventes réalisées par les sociétés cotées britanniques sont réalisées en dehors du Royaume-Uni. "

" Digital world "

Enfin, une troisième partie de la conférence organisée par Allianz Global Investors se penchait sur l'économie digitale, sur sa généralisation dans la vie de tous les jours, et sur ses conséquences pour les investisseurs. " Toutes les industries doivent prendre en compte les évolutions technologiques, au risque d'être parmi les perdantes, souligne Neil Dwane. Certaines sociétés ne s'en sortiront tout simplement pas, et de nombreux emplois seront perdus dans certains secteurs. "

Pour Steven Berexa, gestionnaire du fonds Allianz US Equity Fund, un des champs de bataille sera sans conteste l'intelligence artificielle (IA). " Dans la pratique, ce terme se rapporte à l'utilisation des ordinateurs pour analyser de grands volumes de données afin d'y trouver des tendances qui seront compréhensibles et qui pourront aider à construire des modèles afin d'aider à prendre de meilleures décisions. L'IA va prendre beaucoup de place dans les secteurs où il sera possible d'avoir beaucoup de données pour entraîner le système. Dans ce contexte, le fait de posséder ses propres données sera un élément fondamental. " Steven Berexa souligne également que si ces modèles peuvent trouver des grandes tendances dans une masse de données, ils ne sont pas adaptés lorsque le monde réel change.

Leadership européen ?

Neil Dwane, "global strategist" chez Allianz Global Investors: "Le rêve américain est actuellement bien vivant, mais en Chine." © PG

Raymond Chan, gestionnaire du fonds Allianz Asia Pacific Fund, souligne pour sa part que l'Asie a fait un grand bond en avant dans la digitalisation de son économie, la rapidité de ce changement s'expliquant par le soutien des autorités politiques et par l'absence d'acteurs historiques susceptibles de freiner la transition. " Dans certains pays, nous sommes passés rapidement d'un monde sans téléphone à la téléphonie sans fil de dernière génération. La Chine a connu un bouleversement important dans la manière dont l'économie opère, également dans le domaine des transactions financières. Certaines villes n'utilisent ainsi plus de cash pour les échanges économiques. "

Dans ce domaine, l'Europe devrait rester à la traîne des autres grands blocs en raison du poids des acteurs historiques, avec une transition digitale qui sera beaucoup plus lente en raison d'une population plus âgée qui fait généralement moins confiance aux nouvelles technologies. Mais elle pourrait trouver un rôle de leader dans un autre domaine. " Il semble assez clair que c'est au niveau de l'Europe que nous aurons les premières mesures pour réguler davantage les entreprises technologiques, souligne Steven Berexa. A ce titre, la directive GDPR est probablement une des meilleures décisions jamais prises par l'Union européenne, et suscite beaucoup d'intérêt aux Etats-Unis chez ceux qui veulent réguler le secteur. " Et de souligner que, même dans un environnement qui protégera la vie privée des utilisateurs du Web, " les systèmes d'intelligence artificielle seront en mesure de déterminer quels seraient les biens que vous seriez susceptibles d'acheter ".