Luiz Inacio Lula da Silva a été élu fin octobre pour un troisième mandat à la présidence du Brésil. Le scrutin a toutefois été beaucoup plus serré que prévu, le représentant du Parti des Travailleurs n'ayant remporté le second tour face à Jair Bolsonaro qu'avec une avance de moins de 2%. Loin de ses triomphes de 2002 et 2006, quand il avait gagné l'élection présidentielle avec une avance de plus de 20%.
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Luiz Inacio Lula da Silva a été élu fin octobre pour un troisième mandat à la présidence du Brésil. Le scrutin a toutefois été beaucoup plus serré que prévu, le représentant du Parti des Travailleurs n'ayant remporté le second tour face à Jair Bolsonaro qu'avec une avance de moins de 2%. Loin de ses triomphes de 2002 et 2006, quand il avait gagné l'élection présidentielle avec une avance de plus de 20%. Ce n'est pas la seule différence. A l'époque, Lula était le symbole du changement, l'ex-syndicaliste étant le premier candidat de gauche élu depuis plus de 40 ans. Ses déclarations sur le système financier ou l'économie avaient effrayé les marchés.Aujourd'hui, Lula affiche une image beaucoup plus consensuelle. Il a d'ailleurs reçu le soutien de nombreux autres candidats avant tout opposés au populiste Jair Bolsonaro. Son gouvernement reflétera cette large coalition, d'autant qu'il doit s'assurer un large soutien au Parlement. La vice-présidence a d'ailleurs été accordée au conservateur de centre droit Geraldo Ackmin, opposant de Lula lors de l'élection présidentielle de 2006. Cette victoire a dès lors été bien accueillie par les marchés financiers, soulagés "de voir que les politiques litigieuses de Jair Bolsonaro, qui ont souvent été comparées à celles de Donald Trump et qui ont largement isolé le Brésil du reste du monde, touchent à leur fin", selon les analystes de la Commerzbank. Le fait que le président populiste concède (à demi-mot) sa défaite, réduisant le risque de transition chaotique, a aussi rassuré les observateurs et les investisseurs. Toutefois, la progression des marchés brésiliens s'est rapidement essoufflée. Première raison: les investisseurs avaient anticipé de longue date la victoire de Lula. Le Bovespa de la Bourse de Sao Paulo affiche ainsi un gain de 11% depuis le début de l'année alors que les principaux indices boursiers subissent des pertes d'environ 20%. Le réal brésilien (BRL) s'est aussi apprécié cette année, tant par rapport à l'euro qu'au dollar. Seconde raison: Lula doit encore définir clairement son programme économique, un exercice complexe vu les promesses sociales qu'il a formulées durant sa campagne et la situation financière du pays. Celle-ci s'est en effet dégradée à la suite de la profonde récession de 2015-2016 et de la crise du coronavirus. D'autant que le Brésil se caractérise par une structure fédérale complexe et que les salaires et pensions représentent près de 80% des dépenses publiques (contre une moyenne mondiale de 50-60%), ce qui rend toute réallocation budgétaire difficile. Au niveau économique, le pays connaît pourtant une période plutôt favorable grâce aux prix élevés des matières premières, le Brésil étant un important exportateur de soja, de minerai de fer, d'aluminium, de pétrole, de boeuf ou encore de sucre. Fin septembre, la banque centrale brésilienne a ainsi relevé sa prévision de croissance pour 2022 de 1,7% à 2,7%, en ligne avec les prévisions des économistes. Et le taux de chômage a baissé à 8,7%, au plus bas depuis 2015. Le récent ralentissement de l'inflation de plus de 12% au printemps à moins de 7% mi-octobre est aussi de bon augure. La banque centrale brésilienne a ainsi interrompu son cycle de relèvements particulièrement agressif, ayant porté son taux directeur (Selic) de 2% début 2021 à 13,75% cet été.Certes, l'inflation demeure supérieure à l'objectif (3,5% cette année et 3,25% en 2023), mais cela ne semble plus être qu'une question de temps et les marchés anticipent des baisses de taux. Sauf si les dépenses sociales de Lula déséquilibrent le budget national, mais le risque est limité par l'inclusion de centristes au sein du gouvernement et un Parlement plutôt conservateur. Selon Adriana Dupita, économiste pour le Brésil chez Bloomberg Economics, "la banque centrale devrait commencer à normaliser sa politique monétaire (en abaissant ses taux, Ndlr) à la fin du premier trimestre de 2023 si l'inflation se rapproche de son objectif". Une baisse du loyer de l'argent serait de bon augure pour l'économie, attendue moins dynamique en 2023, et les investisseurs en obligations. Rappelons en effet que les cours évoluent inversement aux taux de référence. Ces derniers sont actuellement de plus de 11% pour les échéances de 5 à 10 ans en BRL. Des taux extrêmement élevés qui, selon de nombreux stratégistes, devraient attirer les investisseurs internationaux et ainsi soutenir la devise maintenant que l'incertitude politique a diminué. "Nous pensons que le réal pourrait entrer dans une période de surperformance à long terme", pointe ainsi Brendan McKenna, stratégiste chez Wells Fargo. Même son de cloche du côté de Luca Maia, stratégiste pour les marchés émergents chez BNP Paribas, qui estime que le Brésil connaît une situation "super privilégiée" par rapport aux autres pays émergents.Pour Robin Brooks, économiste en chef à l'Institut de la finance internationale, une transition sans heurts vers le prochain gouvernement serait un nouveau catalyseur de la progression à long terme du BRL. Pour un investisseur européen, des taux élevés et des perspectives d'appréciation de la devise sont le cocktail idéal pour miser sur les obligations en BRL. Pour ce faire, vous pouvez investir directement en obligations libellées dans la devise brésilienne. Nous avons repris dans le tableau ci-après deux obligations aux coupures limitées et donc plus accessibles aux investisseurs particuliers. N'hésitez pas à demander à votre banque si elle peut vous proposer d'autres obligations en BRL. Privilégiez les émetteurs solides (comme la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, la Banque européenne d'investissement, voire de grandes entreprises) pour ne pas multiplier les sources de risque. L'autre option pour investir en obligations brésiliennes, ce sont les fonds comme le HSBC Global Investment Funds - Brazil Bond (ISIN: LU0254978488 ; frais annuels de 1,35%). A noter que l'offre est plutôt limitée, la plupart des fonds ayant une approche globale sur les marchés émergents. Les spécialistes se montrent également plutôt confiants envers les actions brésiliennes. Capital Economics, tout d'abord, souligne que les marchés obligataires et boursiers ont tendance à suivre la même tendance au Brésil. Ensuite, Alejo Czerwonko d'UBS Global Wealth Management épingle la faible valorisation de la Bourse de Sao Paulo. L'indice national MSCI Brazil cote ainsi un peu plus de six fois les bénéfices prévus, soit une décote de 38% par rapport aux marchés émergents dans leur ensemble. En comparaison avec les Bourses mondiales, la décote dépasse même les 50%. Et le rendement de dividende moyen des actions brésiliennes dépasse 8%. Enfin, l'Amazonie pourrait aussi soutenir la Bourse de Sao Paulo. Sous la présidence de Jair Bolsonaro, la déforestation a fortement augmenté. Lula a promis d'inverser la tendance, ce qui pourrait permettre aux fonds internationaux appliquant des critères environnementaux d'à nouveau se positionner sur les actions brésiliennes. Toutefois, les premières réactions en Bourse n'ont pas été unanimes après la victoire de Lula. Les entreprises contrôlées par l'Etat, comme le géant pétrolier Petrobras ou Banco do Brasil, ont été délaissées alors que les marchés anticipent l'abandon des privatisations lancées par le gouvernement de Jair Bolsonaro. Lula a également indiqué durant la campagne vouloir que Petrobras investisse davantage dans ses capacités de raffinage, une activité moins rentable au Brésil. Les actions des entreprises du secteur de l'éducation, des constructeurs de maisons destinées aux Brésiliens à faibles revenus et des détaillants se sont par contre illustrées. Les analystes de Citigroup se montrent ainsi confiants envers MRV Engenharia et Direcional Engenharia, deux entreprises actives dans le logement bon marché qui devrait profiter de mesures sociales et de la future baisse des taux. Selon Emy Shayo de JPMorgan Chase, le spécialiste des centres commerciaux BR Malls, le discounteur Magazine Luiza ou le spécialiste de l'e-commerce MercadoLibre (également coté sur le Nasdaq) devraient aussi bénéficier des aides sociales promises aux personnes à bas revenus. Parmi les distributeurs, les groupes français Carrefour et surtout Casino (71% de son profit opérationnel du premier semestre réalisé en Amérique latine) sont très actifs au Brésil. Au niveau de l'éducation, des actions comme Anima Holding et Cogna Educacao ont été particulièrement en vue. Toutefois, les grands groupes publics ont l'avantage de très faibles valorisations, jusqu'à moins de trois fois les bénéfices pour Petrobras, sans que leur stratégie ne soit réellement remise en cause. C'est pourquoi une approche diversifiée via des fonds en actions peut être indiquée. Au niveau des fonds indiciels, le Xtrackers MSCI Brazil (DBX6, Bourse de Francfort, frais annuels de 0,65%) suit le MSCI Brazil, assez dépendant du géant minier Vale (pondération de 15%) et de Petrobras (14%). Du côté des fonds actifs, le mieux noté par Morningstar est BNY Mellon Brazil Equity Fund EUR (ISIN: IE00B23S7K36 ; frais annuels de 2,20%).