Il y a 15 jours, Trends-Tendances vous présentait les finalistes des Morningstar Awards, qui récompensent annuellement les meilleurs fonds d'investissements présents sur le marché belge. Cette semaine, nous revenons en détail sur les vainqueurs de chaque catégorie, analysons leur portefeuille et dressons avec leur gestionnaire le tableau de leurs objectifs et stratégies.

Meilleur fonds d'actions belges Axa B Equity Belgium

Le fonds d'Axa Investment Managers confirme son positionnement solide sur cette catégorie, avec une place sur le podium depuis 2016 et une victoire pour la deuxième année consécutive. Son gestionnaire Christophe Pellion rappelle que l'origine de ce fonds était de gérer un portefeuille en actions belges destiné aux portefeuilles d'assurance du groupe Axa, l'expertise de gestion étant par la suite ouverte à l'ensemble des clients.

Moyennes capitalisations

" L'objectif de gestion reste très largement basé sur la protection du patrimoine des investisseurs, sur la création de valeur à long terme tout en limitant la volatilité, explique Christophe Pellion Nous viserons donc des sociétés exceptionnelles et innovantes, capables de créer de la richesse sur le long terme. Et la cote belge regorge d'entreprises qui peuvent répondre à ces critères. " Le portefeuille se concentrera sur les petites et moyennes capitalisations, avec une trentaine de positions en portefeuille et une pondération de 40% des actifs sous gestion sur les 10 principales valeurs.

Dans ce groupe, nous retrouvons des noms tels que WDP, Telenet, Elia, Xior, Fagron, Kinepolis, Lotus Bakeries, Sofina, Barco ou UCB. " Ces actions constituent la base de notre portefeuille, des positions qui ont été constituées progressivement en fonction des opportunités d'achat, poursuit le gestionnaire. Ce sont des convictions à très long terme. " Afin de conserver une bonne liquidité et pouvoir exploiter les opportunités qui se présentent, le fonds conserve typiquement entre 5 et 10% de liquidités.

Axa B Equity Belgium est exposé de manière assez importante sur des secteurs comme la santé (et la biotech), l'immobilier ou les biens de consommation. " Nous apprécions les perspectives des sociétés immobilières, notamment celles exposées dans le domaine de la logistique qui répondent aux enjeux importants (e-commerce) du monde dans lequel nous vivons, et qui sont aidées par la situation centrale de la Belgique dans les chaînes d'approvisionnement européennes ", explique Christophe Pellion.

Pour le secteur biotech, le gestionnaire souligne que la Belgique recèle plusieurs sociétés dont le profil commence à être intéressant pour les investisseurs, tout en précisant que le poids de ces sociétés sera naturellement nettement moins important en raison du caractère parfois binaire des informations qu'elles délivrent. " Le profil de risque d'une société biotech ne permet pas de prendre un pari trop important, ce qui ne remet toutefois pas en cause le profil de croissance à long terme. " La stratégie d'investissement portera une attention particulière aux dividendes soutenables qui ne mettent pas en cause le profil de croissance des sociétés. Inversement, elle s'écartera des sociétés trop endettées.

Christophe Pellion (Axa Investment Managers) © PG

Achats sélectifs

Après avoir encaissé un recul de 12% durant l'exercice 2018, Axa B Equity Belgium a déjà pratiquement effacé les deux tiers de ses pertes durant les premières semaines de 2019, pour porter sa progression annualisée à 8,3% sur les trois derniers exercices, un niveau de performance qui lui permet de décrocher une note quatre étoiles chez Morningstar. " En termes de collecte et malgré une année difficile, nous avons plutôt connu des flux entrants en 2018, notamment en raison de notre capacité à acheter des sociétés attractives pour le long terme ", poursuit Christophe Pellion.

"Nous viserons des sociétés exceptionnelles et innovantes, capables de créer de la richesse à long terme." Christophe Pellion (Axa Investment Managers)

Pour 2019, le gestionnaire souligne que le marché reste confronté à des nombreuses incertitudes concernant la croissance mondiale et la guerre commerciale. " Il est toutefois encore trop tôt pour retourner le portefeuille afin de lui faire adopter une position très défensive. A la fin de l'année 2018, nous avons profité du mouvement de baisse pour reconstruire des positions dont les valorisations avaient été fortement décotées. Alors que les mauvaises nouvelles étaient très sanctionnées, les bonnes n'ont pratiquement pas eu d'impact, ce qui a offert une dichotomie et des opportunités d'achat sur le long terme. "

Meilleur fonds d'obligations en euros Pimco GIS Euro Bond Fund

Dans la catégorie des fonds obligataires, Pimco remporte le prix avec une progression annualisée de 2% durant les trois dernières années et une performance positive en 2018 (+0,4%), soit un niveau suffisant pour décrocher une notation cinq étoiles sur Morningstar. Ce portefeuille vise à s'exposer sur des émissions en euros de type Investment Grade (notamment BBB- et supérieure), avec 10% des actifs sous gestion qui pourront être dirigés vers des obligations à haut rendement. Le portefeuille est essentiellement positionné sur les pays du core européen. Si les obligations gouvernementales représentent 63% des actifs sous gestion, le portefeuille est également diversifié sur les obligations d'entreprises (26%) et les marchés émergents (3%). Les gestionnaires sont également en mesure de prendre des positions baissières, notamment en utilisant des produits dérivés.

"Core" européen

La stratégie d'investissement du fonds reste actuellement positionnée sur les pays européens dans un contexte où le risque politique reste élevé. " Nous continuons d'adopter un positionnement prudent sur la périphérie européenne, souligne Andrew Balls, gestionnaire du fonds. Sur les obligations d'entreprises, nous donnons la préférence aux opportunités qui se présentent de manière très sélective, en raison de valorisations qui sont actuellement à des niveaux relativement riches par rapport à leurs moyennes historiques. Enfin, nous maintenons notre allocation modeste sur les devises des pays émergents en raison d'une vision plus constructive sur cette région. "

" Sur le dernier trimestre de 2018, la performance du Pimco GIS Euro Bond Fund a été handicapée par une exposition relativement moins élevée sur les marchés de la périphérie, dans un contexte où la hache de guerre a été enterrée entre le gouvernement italien et la Commission européenne, souligne Andrew Balls. A l'inverse, les taux du core européen ont été poussés vers le bas en raison de divers facteurs, notamment la forte baisse des indices de confiance pour les entreprises européennes et les incertitudes sur la croissance économique chinoise. " Andrew Balls indique également que son exposition sur les obligations américaines protégées contre l'inflation a également pesé sur la performance, de même que la sous-exposition sur les obligations japonaises, qui ont bénéficié d'une compression des rendements.

Andrew Balls (Pimco GIS Euro Bond Fund) © PG

Prudence macroéconomique

Pour 2019, les attentes macroéconomiques sont à une poursuite du ralentissement de la croissance globale vers 2,75 à 3,25%, avec une activité en progression de 1 à 1,5% en Europe et de 2 à 2,5% aux Etats-Unis. " Nous allons assister à une certaine resynchronisation des grandes économies, avec une inflation qui va également se limiter entre 1,75 et 2,25% suite à la modération des cours du pétrole, indique encore Andrew Balls. Nous continuerons de privilégier les durations courtes, en nous positionnant sur les zones qui pourraient enregistrer une " repentification " de la courbe. En Europe, nous restons sous-exposés sur la périphérie, avec des sources de diversifications qui seront plutôt recherchées sur les obligations danoises.

"Nous sommes convaincus que les actions américaines devraient encore mieux se comporter en 2019." Johan van Geeteruyen (DPAM Horizon B Balanced Conservative)

Meilleur fonds flexible DPAM Horizon B Balanced Conservative

Les fonds flexibles ont connu une année très difficile en 2018, dans un contexte où l'ensemble des grandes classes d'actifs a été mis sous pression, avec des sources de diversification qui se sont raréfiées. Dans ce contexte, le fonds DPAM Horizon B Balanced Conservative a très largement limité la casse, avec un recul limité à 3,9% sur l'exercice écoulé, et une notation cinq étoiles maintenue chez Morningstar. Ce produit adopte un positionnement défensif, avec une exposition sur les marchés boursiers limitée à 40% des actifs sous gestion.

Défensif

" Cette stratégie prudente est le premier élément qui explique notre performance favorable par rapport aux fonds flexibles plus dynamiques, souligne Johan van Geeteruyen, gestionnaire du fonds. Nous sommes restés systématiquement surpondérés sur les actions par rapport à notre niveau neutre (30% des actifs sous gestion), mais avons adopté un positionnement plus défensif, en augmentant la proportion du portefeuille sur les actions du secteur des télécoms et en diminuant notre exposition sur les obligations d'entreprises pour nous repositionner vers la périphérie européenne, en achetant notamment de la dette italienne à chaque fois que le rendement remontait au-dessus de 3%. "

Johan van Geeteruyen (DPAM Horizon B Balanced Conservative) © PG

En termes de philosophie d'investissement, la constitution du portefeuille d'actions combinera analyse macroéconomique et fondamentale afin de choisir les titres qui sont les plus appropriés pour remplir les objectifs de gestion. " Le but ne sera pas d'acheter toutes les entreprises d'un secteur que nous souhaitons surpondérer, mais de détenir celles qui ont un avantage compétitif sur le long terme. " Le portefeuille d'actions sera également stable, avec des valeurs qui figurent parmi les lignes du fonds depuis plus de cinq ans. " Notre but n'est pas de faire du trading et de revendre une position au bout de trois mois ", assure Johan van Geeteruyen.

Risques binaires

Le gestionnaire indique que le portefeuille reste encore légèrement surpondéré sur les marchés d'actions à l'entame de la nouvelle année, " avec toutefois une composition qui reste plus défensive qu'au début 2018 en raison des risques binaires (Brexit, croissance chinoise, guerre commerciale, élections européennes) qui restent importants et ne vont pas disparaître à court terme. Par exemple, le marché semble aujourd'hui plus confiant sur l'obtention d'un accord entre la Chine et les Etats-Unis au début du mois de mars, mais il y a toujours un risque que ce ne soit pas le cas, avec des conséquences qui seront très matérielles sur les marchés si la thématique de la guerre commerciale revenait au premier plan ".

Le poids des Etats-Unis reste relativement neutre, autour d'un tiers de la poche actions. " Nous sommes convaincus que les actions américaines devraient encore mieux se comporter en 2019, avec une croissance économique plus rapide et d'importants programmes de rachat d'actions propres, assure Johan van Geeteruyen. Toutefois, la valorisation est aujourd'hui moins intéressante que pour d'autres marchés. " Le gestionnaire souligne également que le changement de cap de la Réserve fédérale sur la normalisation de sa politique monétaire a constitué un élément plus positif sur les marchés.

Périphérie

Au niveau de la poche obligataire, Johan van Geeteruyen explique que la contribution à la performance a été relativement favorable en 2018. " Sur la dette d'entreprise, la correction a amené le différentiel de taux (avec le taux souverain allemand) vers des niveaux comparables à ceux observés en 2011 ou 2016. Nous avons donc commencé à reconstruire des positions dans ce domaine. Et en matière d'obligations gouvernementales, l'exposition vers les pays périphériques a été maintenue, avec notamment un potentiel de baisse du taux à 10 ans espagnol qui reste significatif. "

Benjamin Stone (MFS Meridian European Value) © PG

Meilleur fonds d'actions européennes MFS Meridian European Value

Pour la deuxième année consécutive, le fonds MFS Meridian European Value récolte la plus haute récompense dans la catégorie des actions européennes, en dépit du fait que le fonds reste toujours fermé aux souscriptions de nouveaux investisseurs. MFS Meridian propose d'autres stratégies sur les actions européennes qui sont très bien notées chez Morningstar (cinq étoiles), et qui ne sont pas fermées aux nouveaux investisseurs, notamment MFS Meridian European Core Equity ou MFS Meridian European Research.

La gestion de MFS Meridian European Value est assurée depuis 2008 par Benjamin Stone, qui dispose d'une expérience de plus de 20 ans sur les marchés boursiers européens. Sur l'exercice écoulé, la valeur du fonds a reculé de 5,5%, mais le rebond enregistré depuis le début 2019 a déjà permis d'effacer totalement cette perte. Sur une période de trois ans, la performance annualisée du fonds tourne autour de 9,4%, ce qui justifie une note maintenue à cinq étoiles de la part de Morningstar. Les actifs sous gestion approchent les 5 milliards d'euros.

Potentiel de croissance

Le fonds se focalise sur des sociétés valorisées de manière attractive par rapport à des niveaux attendus de croissance largement plus rapides que le reste du marché. " Ces entreprises disposent d'avantages soutenables qui leur permettent de traverser les périodes d'incertitude politiques et/ou macroéconomiques ", souligne Benjamin Stone. Environ un tiers des actifs sous gestion est exposé sur des moyennes capitalisations, le reste étant investi sur des grandes capitalisations. Les gestionnaires sont largement agnostiques quant aux sociétés qui rentreront dans la composition du fonds, avec des lignes qui sont réparties sur pratiquement tous les profils.

"Le jour où le leadership boursier ne sera plus mené par les Etats-Unis, nous serons prêts." Laure Négiar (Comgest Growth World USD)

Le portefeuille de MFS Meridian European Value est composé d'une soixantaine de positions, les 10 premières lignes représentant entre 35 et 40% des actifs sous gestion. Par rapport à son indice de référence, la principale divergence du fonds sera sur le secteur immobilier, qui représente plus de 10% des actifs sous gestion, toutefois loin derrière des poids lourds affichés tels que le secteur de la consommation défensive (27%), des groupes industriels (20%) et de la technologie (15%). Parmi les principales positions du portefeuille, nous trouvons des sociétés telles que Nestlé, Deutsche Wohnen, Pernod Ricard, Givaudan ou Reckitt Benckiser, soit des sociétés qui figuraient déjà dans la composition des principales positions du portefeuille l'année dernière. " Le taux de rotation des actifs est faible. Nous préférons investir et analyser plutôt que spéculer, et nous sommes prêts à donner du temps pour que le potentiel de croissance de ces compagnies se reflète dans la valorisation ", conclut Benjamin Stone.

Risque de récession

Robert Almeida, global investment strategist chez MFS, souligne que les valorisations de certains marchés semblent avoir intégré un risque grandissant de récession. " Dans un grand nombre de cas, les périodes de récession ont coincidé historiquement avec les phases de recul boursier sur les marchés financiers. Il faut toutefois rappeler que ce cycle a été très différent des autres. Nous ne pensons pas qu'une récession soit à l'ordre du jour en 2019, mais avons toutefois constaté que les marchés sont devenus de plus en plus complaisants par rapport à la soutenabilité des marges opérationnelles et à l'endettement des entreprises. Il faudra donc en tenir compte dans la manière dont les portefeuilles seront positionnés pour les prochains mois. "

Meilleur fonds d'actions globales Comgest Growth World USD

Comgest a remporté l'award pour la meilleure société de gestion sur les marchés d'actions en 2018, et le fonds Comgest Growth World constitue la quintessence de cette philosophie de gestion unique et très concentrée sur une trentaine de positions, qui sont détenues pendant de très longues périodes, en visant les sociétés de croissance qui disposent d'un avantage compétitif important. Laure Négiar, co-gestionnaire du fonds, indique que ce portefeuille sera typiquement constitué " des meilleures idées prises dans les équipes spécialisées sur les différentes régions du monde et qui travaillent sur une philosophie d'investissement commune. Nous n'investirons donc que dans des sociétés où les fonds régionaux sont déjà exposés ".

Laure Négiar (Comgest Growth World) © PG

Creuser l'écart

Avec une progression de 5% sur l'exercice écoulé, ce produit figure parmi les rares fonds d'actions à avoir su garder la tête hors de l'eau. Depuis le début 2019, le fonds est resté en retrait par rapport au reste du marché, ce qui ne doit toutefois pas constituer un facteur d'inquiétude. " Typiquement, Comgest Growth World a tendance à creuser l'écart par rapport à ses concurrents durant les périodes de recul boursier, comme l'a encore démontré la performance du fonds en 2018 ", explique Laure Négiar. La co-gestionnaire souligne également que le fonds recherche des business models éprouvés avec des bénéfices en progression. " Nous investissons pour le long terme, et nous devons être certains que la société existera encore dans 5 ou 10 ans. Nous avons dégagé une surperformance de 9,4% par rapport à notre indice de référence 2018. Pour autant, nous avons été particulièrement actifs, avec un turnover de 62% en 2018 alors qu'il tourne habituellement en dessous de 30% des actifs sous gestion. Après une performance inhabituellement forte en 2017, nous avons effectivement beaucoup réduit ou vendu des positions qui avaient porté notre performance sur les années précédentes. "

Rotation

Un des segments qui a été fortement réduit fut celui de la robotique, suite à l'engouement sur ce secteur qui avait porté les valorisations vers des niveaux historiquement élevés. " Nous avons vendu nos positions sur Keyence ou Fanuc et, dans le même ordre d'idées, sommes également sortis de Taiwan Semiconductors, un groupe qui a figuré parmi les principales positions du fonds pendant plus de 10 ans ", indique Laure Négiar.

A l'inverse, le fonds a acquis des sociétés affichant des niveaux de croissance un peu moins torrides, mais affichant des valorisations plus intéressantes, comme les pharmaciens Eli Lilly et Johnson & Johnson, les spécialistes des instruments médicaux Becton-Dickinson et Medtronic, ou les spécialistes de la consommation comme Heineken, Church & Dwight ou Seven & I. " Alors que nous étions très fortement sous-pondérés sur le marché américain en 2016 et 2017, nous sommes très largement revenus sur le marché, même si cette région reste encore inférieure à son poids dans l'indice, poursuit la co-gestionnaire. Si nous n'avions rien fait durant l'année 2018, notre performance aurait été 6% inférieure à celle que nous avons été en mesure de dégager. Notre gestion active a clairement payé. "

Etats-Unis

Sur les 10 dernières années, Laure Négiar souligne que la performance du fonds a été supérieure à la plupart de ses concurrents, " alors que nous avons quasi systématiquement sous-pondéré le marché américain ". Le fonds détient encore Microsoft après avoir vendu Alphabet vers la fin 2018, et n'a jamais été exposé sur les autres grands noms de la technologie américaine. " Le jour où le leadership boursier ne sera plus mené par les Etats-Unis, nous serons prêts. "