La gestion passive connaît depuis quelques années un véritable boom avec l'essor de produits financiers à faibles coûts tels que les fonds indiciels. Mieux connus sous l'appellation ETF (pour Exchange Traded Fund), ces fonds indiciels, aussi appelés trackers, qui répliquent la performance d'un indice comme le Standard & Poor's 500 ou le Cac 40, prennent une place grandissante dans la gestion d'actifs. Au point de dépasser aujourd'hui les 6.000 milliards de dollars d'encours dans le monde, comme l'a souligné récemment Peter De Proft, vice-président du Belgian Finance Center lors d'un webinaire organisé par ce même Belgian Financial Center sur les ETF et intitulé The fast-growing ETF industry: a challenge to the active asset management?
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La gestion passive connaît depuis quelques années un véritable boom avec l'essor de produits financiers à faibles coûts tels que les fonds indiciels. Mieux connus sous l'appellation ETF (pour Exchange Traded Fund), ces fonds indiciels, aussi appelés trackers, qui répliquent la performance d'un indice comme le Standard & Poor's 500 ou le Cac 40, prennent une place grandissante dans la gestion d'actifs. Au point de dépasser aujourd'hui les 6.000 milliards de dollars d'encours dans le monde, comme l'a souligné récemment Peter De Proft, vice-président du Belgian Finance Center lors d'un webinaire organisé par ce même Belgian Financial Center sur les ETF et intitulé The fast-growing ETF industry: a challenge to the active asset management? Souvent simples à comprendre, peu gourmands en frais, les ETF combinent nombre d'atouts pour l'investisseur qui délaisse de plus en plus les fonds traditionnels. "Qu'il s'agisse des particuliers ou des institutionnels, de plus en plus d'investisseurs, y compris les plus sophistiqués, utilisent les ETF dans leurs portefeuilles. En termes de montants investis, le marché mondial a quasiment été multiplié par quatre sur les dix dernières années", a confirmé lors du webinaire Charles Symons, directeur pour la Belgique et le Luxembourg d'iShares, une filiale du numéro un mondial de la gestion BlackRock, spécialisée dans les ETF. Plus précisément, les fonds sous gestion totalisaient en début d'année près de 6.300 milliards de dollars, contre environ 1.500 milliards 10 ans plus tôt. Soit une part de marché par rapport à l'ensemble des fonds de placements qui a doublé durant la décennie écoulée, passant de 8% à 16%. Très populaires outre-Atlantique, où ils ont vu le jour il y a une trentaine d'années, les ETF connaissent également un succès spectaculaire en Europe. Certes, "le marché nord-américain reste le moteur principal, a également exposé Charles Symons. On peut dire d'ailleurs à cet égard que l'Europe accuse un retard de trois à cinq ans sur les Etats-Unis, mais que ce retard se réduit petit à petit. On assiste aujourd'hui à une croissance très rapide des ETF en Europe. La taille du marché a plus que doublé au cours des cinq dernières années pour dépasser aujourd'hui la barre des 1.000 milliards de dollars". Fait remarquable, cet essor considérable ne semble absolument pas remis en cause par la crise que nous vivons actuellement. Bien au contraire. "Nous constatons que, malgré la crise, nous enregistrons des flux entrants nets depuis plusieurs mois", dixit Charles Symons. Malgré les trous d'air boursiers, les montants investis continuent en effet de progresser. Entre début janvier et fin septembre, ils ont enregistré au niveau mondial une croissance de plus de 7% pour tutoyer à présent la barre des 6.800 milliards de dollars. Motif? Les taux d'intérêt qui restent bas et continuent d'étrangler les rendements. Très peu de fonds actifs font aujourd'hui mieux que le benchmark, surtout après avoir enlevé les frais. Or, là où la gestion active s'échine à dénicher les meilleures opportunités de marché, la gestion passive cherche quant à elle à diversifier intelligemment ses investissements en réduisant les frais de gestion au strict minimum, n'a pas manqué de souligner à ce propos Guillaume Prache, directeur général de l'association européenne de défense des investisseurs Better Finance. Les frais de gestion ne sont toutefois pas le seul élément à prendre en considération pour expliquer cette tendance à la hausse, a également souligné lors du webinaire Koen Van de Maele, global head of investment solutions et membre du comité exécutif chez Candriam, ainsi que vice-président de la BEAMA ( Belgian Asset Managers Association). "Les ETF sont vraiment une belle innovation. C'est un véhicule d'investissement qui semble être fait pour les milléniaux. It's easy to access, c'est du real time, etc." Il est vrai que la crise, les restrictions sanitaires et l'essor du digital en font un outil de placement très démocratique qui réduit les barrières. Surtout, "les ETF ont réussi à démontrer lors du choc obligataire du début du mois de mars qu'ils pouvaient continuer à garantir la liquidité du marché. Ils ont fait mentir les critiques auxquelles ils font face depuis des années. Contrairement à ce que certains craignaient, les clients ont pu à tout moment acheter ou vendre, tant qu'ils le voulaient. Ils sont restés très liquides alors que certains fonds actifs ont dû fermer temporairement. C'est la preuve que l'outil ETF fonctionne bien", a relevé Charles Symons. Cela étant, "ils ne sont pas toujours aussi diversifiés que l'on imagine", a tenu à faire remarquer Koen Van de Maele faisant référence au fait que certains indices suivis par les ETF étaient relativement concentrés, à cause notamment du poids des valeurs technologiques (Apple, etc.). Au total, les 10 plus grosses valeurs du Nasdaq-100 concentrent en effet aujourd'hui plus de 50% du poids de l'indice. Gare aux retours de manivelle. Ceux-ci risquent de ne pas être indolores en cas de dégringolade des marchés. Sans oublier que "certains ETF sont biaisés voire carrément mal construits", dixit Charles Symons. D'où l'intérêt de bien regarder l'indice dans lequel vous souhaitez investir. Surtout que tout est possible ou presque aujourd'hui tant l'offre s'est diversifiée. Parmi ces nouvelles tendances, les intervenants ont pointé la dernière génération de trackers dits intelligents ( smart beta), qui permet de mettre en place des stratégies très sophistiquées. Mais aussi celle des ETF obligataires ainsi que celles des ETF orientés vers des thématiques telles que le développement durable (exemple: le JP Morgan Carbon Transition Global Equity, ETF lancé récemment par la grande banque américaine qui propose aux investisseurs de capitaliser sur la transition vers un monde faible en carbone). Bref, "il est vraiment possible aujourd'hui de se servir des ETF comme 'satellites' pour mettre des accents sur certaines niches autour d'un coeur de portefeuille (avec par exemple un ETF sur la biotech). Voire utiliser l'ETF dans le coeur de portefeuille afin d'avoir une exposition très diversifiée à faible frais, complémentée par des satellites qui peuvent être des poches de gestion active très concentrées", ont conclu en choeur Charles Symons et les autres orateurs de cette conférence organisée le 26 octobre dernier par le Belgian Finance Center. Manière de dire qu'il n'est plus uniquement question aujourd'hui de gestion passive avec les ETF... mais aussi de gestion active.