Si les résultats définitifs des élections aux Etats-Unis se font attendre, les marchés financiers sont déjà rassurés. Il n'y a pas eu de "vague bleue" qui aurait donné tous les leviers de pouvoir (présidence, Sénat, Chambre des représentants) aux démocrates et les Bourses sont reparties de l'avant. Ce n'était toutefois qu'une des incertitudes qui ont freiné les marchés ces derniers mois, la principale étant l'évolution des valorisations. Alors que l'économie et les bénéfices des entreprises ont chuté, les indices boursiers se sont globalement maintenus. A l'heure d'écrire ces lignes, l'indice mondial MSCI World affiche un gain de 3% depuis le début de l'année.
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Si les résultats définitifs des élections aux Etats-Unis se font attendre, les marchés financiers sont déjà rassurés. Il n'y a pas eu de "vague bleue" qui aurait donné tous les leviers de pouvoir (présidence, Sénat, Chambre des représentants) aux démocrates et les Bourses sont reparties de l'avant. Ce n'était toutefois qu'une des incertitudes qui ont freiné les marchés ces derniers mois, la principale étant l'évolution des valorisations. Alors que l'économie et les bénéfices des entreprises ont chuté, les indices boursiers se sont globalement maintenus. A l'heure d'écrire ces lignes, l'indice mondial MSCI World affiche un gain de 3% depuis le début de l'année. Ce n'est pourtant pas le moment de quitter les marchés à en croire Warren Buffett. Celui qui est considéré comme le plus grand investisseur des 50 dernières années s'était montré prudent ce printemps. Alors que les Bourses connaissaient un rebond aussi impressionnant que rapide, le krach n'ayant finalement duré que quatre semaines, l'oracle d'Omaha avait tenu un discours prudent lors de la traditionnelle assemblée générale de "son" conglomérat Berkshire Hathaway début mai. Contrairement à la crise financière de 2008, quand Berkshire Hathaway était venu au secours de Goldman Sachs ou General Electric en pleine tempête,Warren Buffett n'avait ainsi pas délié les cordons de la bourse. Au contraire, son conglomérat avait cédé pour 12,8 milliards de dollars d'actions au deuxième trimestre, réduisant la voilure dans le secteur bancaire (Wells Fargo, JP Morgan, Goldman Sachs) et cédant ses participations dans les quatre premières compagnies aériennes américaines: Delta Airlines, American Airlines, Southwest Airlines et United Airlines. Ces ventes avaient gonflé la trésorerie du conglomérat à 147 milliards de dollars fin juin alors que Wall Street venait de connaître son meilleur trimestre depuis 1998. Sur les marchés, les discours du genre " ils ont fait leur temps ", en parlant de Warren Buffet (90 ans) et de son comparse Charlie Munger (96 ans), ont ainsi fleuri. D'autant plus que les cours des compagnies aériennes ont rebondi dans les semaines qui ont suivi l'annonce de la vente. Berkshire Hathaway a radicalement changé de cap au troisième trimestre. Warren Buffett ne s'est pas montré très loquace, mais on peut reconnaître sa griffe dans les principaux investissements annoncés par le conglomérat. Dès le début du mois de juillet, le conglomérat annonçait le rachat des actifs de Dominion Energy dans le transport et le stockage de gaz naturel pour près de 10 milliards de dollars. "Nous sommes très fiers d'ajouter un si beau portefeuille d'actifs dans le domaine du gaz naturel à notre secteur énergétique déjà solide", avait déclaré Warren Buffett qui s'est toujours montré friand de ce genre d'opportunités. Dominion Energy était acculé par la chute des prix du gaz naturel et les activités rachetées qui offrent des revenus récurrents avec notamment plus de 12.000 km de gazoducs. Début août, Berkshire Hathaway déclarait avoir acheté pour 2,1 milliards de dollars d'actions Bank of America au cours des 12 dernières séances. Cet investissement n'a pas forcément été applaudi par tous, à l'image de Joe Terranova, stratégiste chez Virtus Investment Partners. "Il pourrait encore en acheter pendant 12 jours, cela ne changera rien aux vents contraires qui déferlent sur les banques", a déclaré ce dernier. Mais il témoigne d'un changement de cap clair par rapport au printemps quand le conglomérat s'était délesté d'actions bancaires. Fin août, Berkshire Hathaway révélait avoir accumulé une participation de plus de 5% dans les cinq principales firmes de négoce au Japon: Itochu, Marubeni, Mitsubishi, Mitsui et Sumitomo. L'investissement total de près de 7 milliards de dollars remplissait toutes les cases: valorisation attractive, activités simples (et restructurées), risque limité et complémentarité. Mais le conglomérat a également réalisé des investissements plus étonnants. Avant d'y revenir en détail, rappelons que Warren Buffett a confié des portefeuilles à des lieutenants. Selon les derniers chiffres rendus publics à la fin de l'année dernière, Ted Weschler et Todd Combs gèrent chacun 14 milliards de dollars. Les récents investissements de Berkshire Hathaway pourraient aussi avoir été insufflés par les deux principaux candidats à la succession de Warren Buffett, Greg Abel et Ajit Jain - qui a généré plus d'argent pour les actionnaires de Berkshire Hathaway que Warren Buffett selon ce dernier. L'oracle d'Omaha n'a donc pas forcément supervisé ces investissements. La nouvelle avait secoué Wall Street à la mi-août: Berkshire Hathaway a acquis près de 21 millions d'actions Barrick Gold pour un demi-milliard de dollars. L'action du groupe minier aurifère bondissait de plus de 10% dans la foulée. L'annonce avait, il est vrai, de quoi surprendre, Warren Buffett ayant souvent décrié les investissements dans l'or. "L'or est extrait du sol en Afrique, ou quelque part ailleurs. Puis on le fait fondre, on creuse un autre trou, on l'enterre à nouveau et on paie des gens pour qu'ils le gardent. Il n'a aucune utilité. Quiconque regarde depuis Mars se gratterait la tête." Début mars 2009, en pleine dégringolade boursière, il déclarait encore: "il vaut mieux avoir une oie qui continue à pondre des oeufs qu'une oie qui reste assise à manger de l'assurance, du stockage et d'autres choses du genre" en comparant des actions Coca-Cola à un lingot d'or. De nombreuses théories ont circulé sur cet investissement surprise dans Barrick Gold. Frank Vranken, stratégiste chez Puilaetco, y voyait un positionnement défensif par crainte de retournement des marchés. Le blog ZeroHedge épinglait un pari contre la réussite des Etats-Unis (un sacerdoce chez Warren Buffett) et rappelait que son père, Howard Buffett, était un grand partisan de l'étalon-or. Frank Giustra, homme d'affaires et éditorialiste pour Kitco News notamment, y voyait un changement d'avis de l'oracle d'Omaha à propos de l'or: "même les sages doivent réajuster leurs opinions de temps en temps ". Avant de vous précipiter sur les mines d'or comme l'ont fait les marchés dans les jours qui ont suivi l'annonce de la prise de participation dans Barrick Gold (voir graphique), rappelez-vous que l'investissement d'un demi-milliard de dollars de Berskshire Hathaway représente 0,2% du portefeuille d'actions cotées et 0,1% de la capitalisation boursière du conglomérat. Début septembre, Berkshire Hathaway annonçait investir 570 millions de dollars dans le cadre de l'introduction en Bourse de Snowflake - un montant finalement plus proche de 730 millions en raison du relèvement du prix de l'offre. Cette start-up californienne fondée en 2012 par deux Français est spécialisée dans l'analyse de données sur le cloud. En tant que jeune entreprise, Snowflake est encore déficitaire et devrait le rester au moins jusqu'à l'année prochaine selon les estimations, alors que sa valorisation est assez élevée: 33 milliards de dollars au prix d'introduction en Bourse, 73 milliards à l'heure actuelle. En résumé, tout ce que Warren Buffett a toujours détesté, même comparé à Barrick Gold qui peut faire valoir des flux de trésorerie et des perspectives bénéficiaires. Au cours actuel, les plus de 6 millions d'actions Snowflake détenues par Berskshire Hathaway valent pas moins de 1,6 milliard de dollars, ce qui en fait une participation d'un certain poids. On notera également que ce n'est pas la première action technologique chèrement valorisée dans le portefeuille du conglomérat. On y trouve aussi VeriSign (30 fois les bénéfices des 12 derniers mois) qui exploite une vaste infrastructure réseau, Amazon (95 fois) qu'on ne présente plus et évidemment Apple (37 fois). Concernant cette dernière, rappelons que Berkshire Hathaway a essentiellement investi à des cours bien plus bas. Il a ainsi accumulé une participation de 5,6%, soit près d'un milliard de titres valorisés à 117 milliards de dollars. On notera également que Warren Buffett et Charlie Munger ont déjà exprimé leurs regrets de ne pas s'être engouffrés dans la brèche technologique, notamment en 2017. "Ça ne me dérange pas de ne pas avoir identifié tôt Amazon. Le type ( Jeff Bezos, Ndlr) est une sorte de faiseur de miracles, c'est très particulier. Mais je me sens comme un crétin de ne pas avoir identifié Google plus tôt. On s'est plantés", avait ainsi avoué Charlie Munger. Le revirement vers les valeurs technologiques est donc bien plus représentatif stratégiquement de l'évolution de Berkshire Hathaway et de Warren Buffett. Même si l'on notera que, globalement, la moitié de la valorisation du conglomérat repose sur des filiales non cotées comme l'assureur Geico. Cela a d'ailleurs été pendant longtemps un des secrets de Warren Buffett: financer ses investissements gratuitement grâce aux impôts différés et au roulement du stock de primes d'assurance de Geico et d'autres compagnies d'assurances et de réassurances. Plus largement, le secteur financier est très bien représenté avec également des participations dans des banques et les émetteurs de cartes bancaires (American Express, Visa et Mastercard dans l'ordre d'importance). L'autre secteur très important pour le groupe est l'énergie, le conglomérat étant essentiellement présent dans les énergies renouvelables et surtout les infrastructures liées à l'énergie comme le montre la dernière acquisition d'actifs de Dominion Energy, ces activités étant bien moins exposées aux fluctuations des prix de l'énergie. Epinglons enfin les produits de consommation courante avec des participations et filiales comme Coca-Cola, Kraft Heinz, Fruit of the Loom, See's Candy, Dairy Queen ou Duracell. Evidemment, le meilleur moyen d'investir comme Warren Buffett est tout simplement de miser sur Berkshire Hathaway dont l'action B est accessible à tous, contrairement à l'action A qui cote 312.000 dollars l'unité.