"Qu'une banque partiellement ou entièrement publique entre en Bourse n'engendre pas de gros changements pour ses clients", expose Éric De Keuleneer. En effet, "le risque de maximiser les profits d'une banque de manière déraisonnable n'est pas nécessairement plus élevé avec un actionnariat privé ou partiellement privé". L'économiste en veut notamment pour preuve la gestion de certaines intercommunales d'énergie qui ont abusé de leur monopole pour augmenter sans raison leurs tarifs, et pas seulement chez Publifin, la célèbre Intercommunale liégeoise. "Des actionnaires publics s'y sont ainsi comportés comme ce que l'on reproche souvent à un actionnariat privé: ils ont préféré favoriser leurs dividendes, au mépris de l'intérêt des clients." "Un tel risque est donc plutôt lié aux objectifs définis par les dirigeants.

"Belfius ne semble pas obsédé par les bonus"

Il est faux d'affirmer que, parce qu'une banque va être cotée en Bourse, le comportement de ses dirigeants va changer" et se teinter de mauvaises pratiques. "De ce point de vue, Belfius est gérée par une équipe responsable, qui ne semble pas obsédée par les bonus ou stock-options. Il faudra bien sûr que l'État joue correctement son rôle d'actionnaire et veille à maintenir la qualité du conseil d'administration et des dirigeants."

Par ailleurs, le choix du gouvernement de faire une entrée en Bourse (IPO) de Belfius à hauteur de 30% est également révélateur. "C'est probablement le résultat d'un compromis. En proposant plus de 25% de son capital, l'État belge annonce qu'il est prêt à jouer le jeu des marchés. Toutefois, en restant l'actionnaire majoritaire, il indique aussi qu'il veut garder le contrôle de l'entreprise et rassure de la sorte les investisseurs institutionnels." Dans son accord, le gouvernement n'a pas annoncé de date précise pour l'IPO de Belfius, dont le produit servira au désendettement ainsi qu'à financer le Pacte stratégique d'investissement à concurrence de 190 millions d'euros.

"On essaie généralement d'entrer en Bourse avec des chiffres récents, donc quelques mois après la clôture des rapports financiers. Ce qui nous porte à septembre/octobre, après la clôture de juin; ou à mars/avril, après celle de fin d'année. Il faut cependant encore tenir compte de l'état des marchés financiers", rappelle l'économiste. "Et ceux-ci sont imprévisibles."