De nombreuses entreprises offrent à leur personnel le choix entre la traditionnelle prime de fin d'année - le "treizième mois" - et la possibilité de convertir (une partie de) ce salaire brut en rémunération alternative par le biais d'un plan cafétéria qui permet au collaborateur de disposer d'un revenu net supérieur. L'éventail des possibilités est très large : un vélo électrique, une connexion Internet ou un smartphone, mais aussi des allocations familiales extralégales, une épargne-pension ou encore une assurance hospitalisation complémentaire. Les choix vont donc bien au-delà des simples compensations matérielles.

Guerre des talents

Le plan cafétéria est très populaire auprès des employeurs. Ce succès ne tient pas tant de son avantage fiscal, car les coûts pour l'employeur ne diminuent pas forcément. Le salaire est en effet échangé contre un avantage équivalent. Dans de nombreux cas, cette estimation est basée sur le coût réel, y compris les cotisations patronales de sécurité sociale applicables, l'impact de la TVA non déductible et celui sur l'impôt des sociétés.

La popularité des plans cafétéria auprès des employeurs doit avant tout être observée à la lumière de la "guerre des talents". Lorsque des entreprises veulent attirer de nouveaux talents, ces avantages extralégaux s'avèrent déterminants dans la balance des candidats. Il ne s'agit pas simplement de la voiture-salaire. D'autres avantages tels que l'assurance hospitalisation, un abonnement aux transports en commun ou la possibilité d'acheter des jours de congé supplémentaires sont également pris en considération.

Mais soyons honnêtes : l'époque du package salarial fixe est révolue. Aujourd'hui, un travailleur n'est plus uniquement un travailleur, c'est avant tout un consommateur conscient qui fait ses emplettes sur le marché du travail. Les entreprises mettent tout en oeuvre pour attirer et retenir les talents. Le regroupement de ces avantages extralégaux dans la prime de fin d'année est attrayant parce qu'il épargne aux employeurs des tâches administratives supplémentaires, tout en n'ayant aucune incidence sur le salaire brut mensuel des employés.

Liberté de choix

Certaines voix s'élèvent néanmoins pour soutenir que les travailleurs constituent moins de droits à long terme au travers des primes de fin d'année alternatives. Mais notre première remarque est la suivante : la liberté de choix du travailleur est inhérente à un plan cafétéria. L'un des principes fondamentaux de celui-ci est d'être adapté au travailleur et non à l'entreprise. Chacun peut composer individuellement et indépendamment une partie de son package salarial et, à l'échéance de celui-ci, un salarié n'est jamais tenu de le renouveler. Le choix appartient aux travailleurs. En investissant dans le troisième pilier, ils participent également à la constitution de leur pension.

Nous partageons dès lors l'avis des organisations de travailleurs : information et transparence sont cruciales dans le cadre d'un plan cafétéria. Les travailleurs doivent être en mesure de faire un choix éclairé, non seulement en termes d'avantages, mais aussi de répercussions, afin de pouvoir décider par eux-mêmes, sans pression de la part de l'employeur.

Impact social positif

Une autre critique émise est que ces plans cafétéria engendrent moins de revenus dans le tiroir-caisse des pouvoirs publics, ce qui creuse le déficit de la sécurité sociale. Nous ne sommes pas de cet avis. Il est vrai que les recettes directes des autorités diminueront, mais nous ne pouvons pas mener ce débat en ne tenant compte que de l'aspect budgétaire. L'impact social à long terme des possibilités de choix offertes est bien plus important. En l'espèce, les plans cafétéria s'apparentent à la fiscalité indirecte sur les produits du tabac, qui ne sert pas tant à remplir les caisses de l'État mais surtout à encourager la population à adopter un mode de vie plus sain.

Le vélo et la trottinette électrique réduisent le nombre de voitures en circulation et contribuent à fluidifier le trafic. Le plan de mobilité de KPMG - dans le cadre duquel nous encourageons les transports alternatifs à raison de 5 euros par jour - permet d'avancer que les travailleurs osent bel et bien renoncer à la voiture-salaire.

La connexion Internet permet aux travailleurs de travailler gratuitement de chez eux et de ne pas avoir à se rendre systématiquement au bureau. Cette même connexion et des jours de congé supplémentaires leur garantissent un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Certains plans cafétéria incluent même un choix de formations : l'apprentissage tout au long de la vie est plus qu'un slogan. Et investir dans une épargne-pension ou des allocations familiales extralégales, c'est investir dans sa génération et dans la suivante. Chacun de ces choix représente une plus-value pour la société.

Suppression des inégalités

Certains points méritent toutefois notre attention. Une première étape est la suppression des inégalités qui règnent entre les différents groupes de travailleurs. Les conventions collectives de travail sectorielles relatives aux primes de fin d'année conduisent à des situations indésirables : un travailleur peut choisir de composer lui-même une partie de son package salarial dans une entreprise, alors que ce n'est pas permis dans une autre.

Ainsi nous sommes récemment tombés sur une entreprise qui voulait proposer à son personnel des vélos en leasing, mais ne pouvait le faire qu'aux cadres et aux employés car il n'y aucune flexibilité au niveau du treizième mois pour les ouvriers. Or, force est de constater que les profils techniques qualifiés sont encore plus prisés sur le marché du travail que les travailleurs du savoir. Il serait donc particulièrement utile de pouvoir leur faire profiter de ces avantages.

Les partenaires sociaux peuvent y travailler assez facilement. La flexibilité, la clarté et la suppression des inégalités sont dans l'intérêt de tous : les employeurs, les travailleurs et la société.

Traduction : virginie·dupont·sprl