Pour ceux qui en doutaient encore, ces derniers jours ont clairement montré que l'ordre mondial a changé. Lors de son passage au Royaume-Uni, le président américain Donald Trump a qualifié l'Union européenne d'ennemie et, le lendemain, il se montrait très conciliant envers son homologue russe Vladimir Poutine à Helsinki, au grand désarroi de nombreux Américains.

La probabilité qu'une véritable guerre commerciale éclate ne cesse d'augmenter. Depuis le début du mois, les États-Unis imposent des droits de douane sur une liste limitée de produits chinois, que Trump menace d'allonger considérablement. L'Europe devrait s'attendre à ce que les tarifs douaniers sur le secteur automobile soient les prochains sur la liste.

Dans un entretien avec le Trends néerlandophone, l'éminent économiste américain Nouriel Roubini souligne que les conflits commerciaux commencent à peser sur l'économie, tout comme l'incertitude sur les rapports de force géopolitiques. Les investisseurs partagent cet avis. Ces dernières semaines, les turbulences sur les marchés ont gagné en importance.

Nous repenserons au débat sur l'immigration avec mélancolie

Pendant ce temps en Europe, le capital politique a été investi dans un soi-disant accord sur la politique migratoire fin juin, alors qu'à peine 32.000 migrants étaient arrivés par mer dans l'Union européenne à cette date, ce qui ne correspond même pas à la population d'une petite ville de province sur un continent de 500 millions d'habitants.

Oui, l'immigration est une thématique importante, qui demande réflexion afin d'éviter un chaos tel que celui qui s'est produit en 2015. Mais dans un monde où l'équilibre géopolitique vacille et où des guerres commerciales menacent d'éclater, nous devons relever d'autres défis majeurs.

L'amélioration des perspectives économiques constituent une excellente occasion de mieux préparer l'union monétaire et notre économie à l'avenir, et de réfléchir à la place de l'Europe dans ce nouveau monde, ce qui n'a pas encore été fait jusqu'à présent.

Si une nouvelle crise éclate, provoquée ou non par une guerre commerciale, et que plus d'un quart des jeunes Européens se retrouvent au chômage, nous repenserons avec mélancolie à cet été 2018, lorsque le débat sur l'immigration et les 32.000 migrants étaient notre principal sujet de préoccupation.

Traduction : virginie·dupont·sprl