Début octobre, le coup d'envoi de la World Benchmarking Alliance (WBA) a été donné lors de l'assemblée générale des Nations Unies. Cette initiative a pour but d'établir des normes mondiales afin d'évaluer dans quelle mesure les entreprises contribuent aux Objectifs de Développement Durable. En Belgique, Febelfin travaille actuellement à la création d'un label de durabilité. Et le 10 octobre, nous avons célébré la Journée de la Durabilité.

Nous mettons tout en oeuvre pour utiliser les ressources de notre planète de façon plus durable. Mais quels éléments déterminent le niveau de durabilité d'une entreprise ? Dans quelles entreprises investir ? Et quelles entreprises écarter ? Les entreprises et les secteurs traditionnels prennent de plus en plus conscience de leur responsabilité sociale. Les banques, les investisseurs et les gestionnaires de fonds n'ont d'ailleurs jamais joué un rôle aussi important sur ce terrain.

Il ressort d'une étude récente que la durabilité exerce une influence réelle sur les décisions en matière d'investissement des gestionnaires de fonds. Les investisseurs prennent de plus en plus en compte les critères ESG (environnement, social et gouvernance) des entreprises. Ajoutons que les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies servent de plus en plus souvent de critère dans les décisions d'investissement. Or, c'est là où le bât blesse parfois. Quels éléments définissent le niveau de durabilité ? Comment déterminer si une entreprise se trouve ou non sur la bonne voie ? Et quand investir ou pas ?

Encourager les entreprises

Investir de façon durable va bien au-delà des investissements dans des entreprises qui opèrent de façon éthique ou neutre pour le climat. Prenons l'exemple des sociétés pétrolières. Ces dernières années, des voix se sont élevées pour que l'on cesse d'investir dans des entreprises actives dans le secteur des combustibles fossiles. Comprenez : les sociétés pétrolières, les raffineries ou leurs sous-traitants. Certains fonds ont alors opté pour une stratégie visant à revendre toutes les actions des entreprises qui n'entreprennent pas durablement. Sauf qu'en agissant ainsi, ils excluent aussi les entreprises qui investissent activement dans la mise en place d'un modèle économique plus durable. Quid de ces entreprises en transition ? Les sociétés pétrolières et gazières investissent par exemple massivement dans la recherche et le développement d'alternatives écologiques. Si on leur coupe l'herbe sous le pied, ces investissements et ces connaissances seront perdus.

Un secteur ne peut pas changer du jour au lendemain. Alors, au lieu de jeter le bébé avec l'eau du bain, il convient d'encourager certaines entreprises. Car ceux qui revendent leurs actions ne pourront plus jouer qu'un rôle de spectateur. En revanche, décider de rester actionnaire, c'est avoir la possibilité de faire davantage pression sur une entreprise. Du moins si l'on fait le choix d'être un actionnaire actif.

OEuvrez pour un monde meilleur en étant actionnaire

L'importance de l'actionnariat actif ne doit en effet pas être sous-estimée. Les actionnaires peuvent influer fortement sur une entreprise, partant contribuer à la faire évoluer de l'intérieur. Rappelons qu'un actionnaire est copropriétaire d'une entreprise, ce qui lui offre une base légale pour aborder certaines questions. Ainsi, l'actionnariat actif vous permet de faire figurer des sujets tels que l'environnement, la bonne gouvernance et autres thématiques sociales à l'ordre du jour d'une entreprise.

Une approche holistique peut donc entraîner des changements plus profonds. S'il convient bien entendu d'exclure les entreprises et les fonds qui ne respectent pas certains engagements, les producteurs de gaz et de pétrole traditionnels ne doivent pas forcément être écartés, tant que l'on se trouve dans une situation d'actionnariat actif. Une telle stratégie, qui permet à un actionnaire de sensibiliser une entreprise à l'impact qu'elle exerce, peut s'avérer plus efficace qu'un retrait pur et dur de l'actionnariat. À titre d'exemple, en 2016, plus de 700 résolutions sur des questions ESG ont été présentées aux entreprises rien qu'aux États-Unis. Des questions portant sur le changement climatique, l'égalité des chances, les droits de l'homme, le reporting durable et la gouvernance d'entreprise. De telles résolutions peuvent aboutir à l'ajustement de la politique d'une entreprise ainsi qu'à des changements concrets.

Sensibiliser les entreprises

Le fonds souverain norvégien est le plus grand fonds de pension au monde. Il a donc énormément d'impact sur les entreprises dont il est actionnaire. Il a récemment exigé des entreprises dans lesquelles il investit des stratégies intégrant la protection des océans, mais il n'a pas décidé pour autant de mettre au rebut les actions des entreprises qui y sont trop peu attentives. Le fonds entend s'asseoir autour de la table avec les dirigeants afin de les soutenir activement sur ce dossier, sur les plans stratégique et opérationnel.

Vous ne devez donc pas jeter par-dessus bord d'emblée toutes vos actions pétrolières. En participant à l'actionnariat, vous êtes en mesure de sensibiliser les entreprises à leur impact sur l'avenir de la planète. Pour les accompagner, des critères et des lignes directrices claires sont néanmoins nécessaires et c'est ici que la WBA entre en scène. L'actionnariat actif vous permet de faire évoluer les entreprises de l'intérieur en plaçant la durabilité à l'ordre du jour. Ceux qui se soucient de l'avenir de la planète peuvent ainsi contribuer à changer le système interne. Mieux vaut donc être un actionnaire actif qu'un simple spectateur.

Traduction : virginie·dupont·sprl