Le défi du vieillissement de la population se fait chaque jour plus immense. D'une part, la Commission européenne constate que près d'une personne de plus de 65 ans sur cinq est à risque de pauvreté dans l'Union européenne et que les femmes ne sont pas assez protégées en matière de droits à la pension. D'autre part, le coût des pensions pèse de plus en plus lourdement sur les finances publiques. La Commission européenne recommande ainsi d'allonger la durée de vie active, de flexibiliser le marché du travail et de promouvoir l'épargne-retraite. Depuis de nombreuses années, les actifs sont ainsi invités à épargner pour leurs vieux jours dans le cadre de leur travail (deuxième pilier) ou personnellement (troisième pilier). Aux quatre coins de l'Europe, le leitmotiv est " cotiser plus, plus longtemps ". Pour Better Finance, la Fédération européenne des épargnants et usagers des services financiers, c'est insuffisant. Cette stratégie écarte un élément crucial : le rendement réel.

Un des pires marchés pour le consommateur

" Le marché des produits d'épargne pension est l'un des rares services de détail pour lequel tant les consommateurs que les superviseurs ne sont pas correctement informés des performances nettes réelles ", constate Better Finance. L'organisation de défense des consommateurs européens de produits financiers souligne le manque de données, qu'il s'agisse des études de l'OCDE ou des régulateurs nationaux. En Belgique, Assuralia, l'Union professionnelle des entreprises d'assurances, ne publie ainsi plus d'informations sur le rendement des assurances groupes dans son rapport annuel depuis 2015.

En termes de rendement brut, les différents produits des deuxième et troisième piliers présentent des rendements assez comparables en Belgique, allant de 4,1% à 5,5 % par an.

Co-auteur d'une étude publiée par Better Finance sur le sujet, Lubomir Christoff, spécialiste reconnu de la planification financière, épingle également que l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) basait son calcul du rendement des investisseurs particuliers sur la performance des marchés financiers (actions et obligations). Dans les faits, ces produits ne représentent pourtant qu'une toute petite partie de leur épargne. L'essentiel est constitué de dépôts (compte d'épargne, etc.) et de produits de placements " packagés " comme les fonds d'investissement et les produits d'épargne pension. En Belgique, la performance des assurances-vie de la branche 23 a ainsi plafonné à 56 % au total sur la période 2000-2017, soit moins de la moitié des indices de référence comparables sur les marchés financiers, selon Better Finance.

Perte de rendement, baisse du niveau de vie

Le rendement des produits d'épargne pension est pourtant crucial en termes de qualité de vie. " Une perte de 1 % de rendement annuel équivaut à une baisse de 3 % du niveau de vie " résume ainsi Jan Sebo. Ce professeur agrégé de finance à l'université Matej Bel (Slovaquie) étudie aussi pour Better Finance les rendements réels des produits d'épargne pension, analysant la performance brute des produits, l'impact fiscal pour l'ensemble des plans de retraite disponibles dans 16 pays européens. Globalement, les résultats ne sont " pas assez bons ", embraie Lubomir Christoff : les épargnants obtiennent " un faible rendement avec un haut niveau de risques ". Par rapport à la première édition de l'étude de Better Finance, en 2012, Jan Sebo se veut toutefois positif. Il a remarqué certaines améliorations - encore largement insuffisantes. Et constate que les systèmes d'épargne pension de certains pays montrent la voie à suivre.

Objectif Suède

La Suède est tout particulièrement prise en exemple. Avec une espérance de vie de 82,6 ans, ses habitants font partie du Top 10 mondial des personnes vivant le plus longtemps. En 2017, ils jouissaient d'une retraite moyenne globale de 1.992 euros par mois tout en pouvant prendre leur pension dès 61 ans. Une petite partie des cotisations de retraite est capitalisée dans des fonds de pension. Entre 2002 et 2017, le fonds AP7 par défaut a dégagé un rendement annuel moyen de 9 % après frais (de 0,18%) et inflation. Par ailleurs, le second pilier (épargne pension dans le cadre du travail) couvre plus de 90 % des actifs et fournit en moyenne près d'un quart des revenus des pensionnés suédois. L'historique de rendement (sur trois ans) de Better Finance manque encore de consistance pour le second pilier mais les frais restent contenus à entre 0,1 % et 0,5 %. Globalement, les Suédois paient donc peu pour une performance plus que convenable, ce qui est loin d'être le cas partout en Europe, souligne Jan Sebo.

Des enjeux sociétaux

En Belgique, le business des produits de retraite pèse au total 130 milliards d'euros. Trois actifs sur quatre (3,7 millions de personnes) disposaient début 2017 d'une couverture pension dans le cadre de leur activité professionnelle. On y retrouve essentiellement des assurances-group et des institutions de retraite professionnelle (IRP), fonds de pension constitué par de grands employeurs ou au niveau sectoriel. Deux actifs sur trois (3,3 millions de personne) cotisent également dans le cadre du troisième pilier à une assurance épargne pension ou à un fonds d'épargne pension. Ces versements donnent droit à une réduction fiscale de 30 % (jusqu'à 960 euros) ou 25 % (jusqu'à 1.230 euros). Fiscalement, il est donc déconseillé de verser entre 961 et 1.152 euros dans son épargne pension en 2018.

En termes de rendement, précisons tout d'abord qu'il revient à l'employeur (et pas au gérant de fonds) de respecter les rendements minimum légaux pour les IRP et les assurances groupex du second pilier. Entre 2004 et 2015, cette garantie était de 3,75 % pour les cotisations de l'employé et de 3,25 % pour les versements de l'employeur. Depuis, ce minimum a été abaissé à 1,75 % par an en moyenne. A noter que cette garantie de rendement s'applique sur les contributions hors garanties décès et invalidité. Il y a également lieu d'en retirer les frais d'entrée pour les contributions de l'employeur (plafonnés à 5%) et les taxes.

Des frais de gestion pour rien

En termes de rendement brut, force est de constater que les différents produits d'épargne pension des deuxième et troisième piliers présentent des rendements assez comparables en Belgique allant de 4,1 % à 5,5 % par an. Cela correspond globalement à la performance annuelle moyenne de 5 % qu'aurait livrée un portefeuille équilibré d'obligations européennes et d'actions mondiales (*) sur la période 2000-2017. Les gestionnaires n'ont donc pas su faire mieux que les indices de référence mais les frais ont par contre plombé le rendement net pour l'épargnant. Les charges (frais de gestion, droits d'entrée) s'élèvent à entre 0,8 % et 1,3 % par an en moyenne. Dans le détail, on constate de fortes divergences au niveau du deuxième pilier. La moyenne des charges opérationnelles des IRP sectoriels varie ainsi de 0,01 % à 1,02 % (et probablement plus pour les fonds de pension individuels d'entreprises). Les droits d'entrée (dus sur chaque versement) vont de 0,5 % à 5 % en assurance-groupe.

Solution produit : les fonds passifs

Les frais sont par contre davantage comparables entre les fonds d'épargne pension individuels mais ce sont également les produits les plus coûteux : droits d'entrée de 2,21 % et frais de gestion de 0,94 % par an en moyenne. Comparativement, les fonds passifs se contentant de dupliquer les indices (en actions ou en obligations) affichent des frais de l'ordre de 0,1 % à 0,2 % par an avec des frais de transaction également réduits. Jan Sebo précise qu'ils sont souvent très largement diversifiés (plusieurs centaines de titres), ce qui leur confère un profil de risque plus favorable. Malheureusement, ces fonds passifs ne sont pas favorisés dans ce cadre de produits d'épargne.

Solutions structurelles : transparence et concurrence

Au total, le Belge doit donc se contenter d'un rendement annuel net de 1,5 % à 2 % après inflation, dans la moyenne européenne mais bien inférieur aux 4 % à 9 % des Suédois, Roumains et Polonais. Better Finance plaide dès lors pour une meilleure concurrence dont le premier pas serait la publication de données standardisées sur les frais et les performances à long terme des différents produits. L'organisation salue la création récente du produit de pension paneuropéen (PEPP) mais déplore plusieurs défauts dont le fait qu'il ne bénéficie pas de soutiens fiscaux nationaux (comme la déduction des versements à l'épargne-pension). Cela limite de facto ses chances de succès.

(*) 50 % Bloomberg Barclays Pan-European Aggregate Bond Index (obligations européennes) et 50 % FTSE All-World Total Return (actions mondiales).