La dégringolade est spectaculaire. En l'espace d'une semaine, le bitcoin a perdu un tiers de sa valeur. Au moment de boucler cet article, la cryptomonnaie s'échangeait aux alentours de 4.000 euros. Au cours de l'année écoulée, le bitcoin n'avait jamais plongé aussi bas.

Les traders les plus aguerris rappellent que ce genre d'épisode est une constante sur le marché du bitcoin. Entre décembre 2013 et janvier 2015, le cours du bitcoin a été divisé par cinq (de 850 à 170 euros). L'histoire ne ferait donc que se répéter.

La guerre de la fourche

Comment expliquer ce plongeon brutal, constaté au cours des derniers jours ? Tous les regards se tournent vers une sombre rivalité qui oppose deux nouvelles monnaies virtuelles, créées par ce que l'on appelle dans le jargon crypto un fork (une fourche). Le 15 novembre dernier, le bitcoin cash, lui-même issu d'un fork du bitcoin d'origine, s'est scindé en deux.

Les deux nouvelles monnaies virtuelles sont soutenues par des clans opposés, qui veulent imposer leur progéniture sur le marché. Le bitcoin ABC (Adjustable Blockside Cap) est épaulé par Roger Ver, grand défenseur du bitcoin cash et critique acerbe du bitcoin d'origine. Le bitcoin SV (Satoshi's Vision) est quant à lui affilié à Craig Wright, qui prétend être le mystérieux créateur du bitcoin, Satoshi Nakamoto.

Cette bataille rangée a une influence sur les marchés : "Avant le fork, beaucoup de gens se sont rués sur le bitcoin cash pour pouvoir bénéficier des nouvelles monnaies créées à partir de ce dernier. Après le fork, beaucoup de gens revendent", explique Sacha Vandamme, CEO de Bit4You, la première plateforme belge d'échanges de cryptomonnaies. Ces opérations influent sur le cours des monnaies virtuelles en question. Le bitcoin cash a ainsi connu une chute encore plus importante (- 61% en une semaine) que le bitcoin.

Le conflit entre ces nouvelles monnaies concurrentes a également un impact potentiel sur le minage de bitcoin. Le procédé par lequel les transactions en cryptomonnaies sont validées. Certains mineurs, qui possèdent de puissantes machines informatiques pour réaliser ces validations, se détourneraient du bitcoin au profit des nouvelles devises (ABC et SV), pour renforcer l'un ou l'autre camp. Cela pourrait ralentir le réseau bitcoin et tirer les prix vers le bas.

Selon Mathieu Jamar, ingénieur spécialisé en cryptomonnaies, ces événements n'ont cependant qu'un impact limité sur le cours du bitcoin. "Il faut revenir aux fondamentaux, estime-t-il. Fin 2017, le cours du bitcoin était surévalué. Les prix étaient tirés vers le haut par l'afflux de nouveaux investisseurs que je qualifierais d'amateurs. Le mouvement s'est ensuite inversé. La tendance est désormais à la sous-évaluation. Avec des investisseurs -y compris peut-être certains fonds- qui préfèrent abandonner le marché, amplifiant le mouvement à la baisse."