L'immense majorité des Belges (84 %) estime les droits de succession trop élevés. Telle est une des principales conclusions de la grande enquête effectuée par le bureau d'études Kantar pour le compte de Trends-Tendances. (*)

Il est possible de remédier au problème. Dans les trois Régions, les droits de donation sont inférieurs aux droits de succession. Pourtant, 13 % seulement des Belges interrogés ont d'ores et déjà effectué une donation. Ce pourcentage est toutefois multiplié par plus de deux (29 %) dans la tranche d'âge des répondants âgés de 65 ans ou plus. Pour les personnes qui craignent qu'elle grève trop lourdement leurs revenus, la donation n'est évidemment pas une solution.

Les répondants s'inquiètent-ils lorsqu'ils imaginent leur vieillesse ? Quels sont les aspects qui les préoccupent le plus ? Parmi les personnes sondées que cette perspective effraie, 45 % citent l'état de leurs finances comme une de leurs deux principales sources de préoccupation. Il est donc parfaitement possible que bien que trouvant les droits de succession trop élevés, ces personnes ne soient pas en mesure de se défaire d'une partie de leur patrimoine de leur vivant, ou ne l'osent pas.

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Au nombre des Belges qui estiment les droits de succession corrects (11 %) figurent de très nombreux indépendants. Peut-être le régime, favorable, de transmission de l'entreprise familiale, y est-il pour quelque chose. En Flandre et à Bruxelles, la personne qui hérite de l'entreprise familiale ne s'acquitte, pour autant qu'elle réunisse un certain nombre de conditions, que de 3 % ou 7 % d'impôt sur la valeur nette de la société ; en Wallonie, l'exonération est totale. Le tarif de 3 % applicable en Flandre et à Bruxelles concerne les transmissions en ligne directe et entre partenaires.

Cette faible taxation s'explique par la volonté du gouvernement de soutenir la continuité des entreprises familiales et l'emploi en leur sein en cas de décès de leur dirigeant. Les droits de succession doivent être acquittés au comptant, alors que la valeur des entreprises réside généralement dans leurs bâtiments, leurs stocks, équipements et autres actifs matériels : s'ils devaient vendre des éléments essentiels à l'exploitation pour pouvoir s'acquitter des droits de succession, les héritiers en mettraient la continuité en péril.

Près de 5% seulement des répondants jugent les droits de succession belges insuffisants. C'est peu, compte tenu du nombre de personnes qui se disent favorables, ces dernières années, à une augmentation des droits de succession des personnes fortunées. Lors du décès d'Albert Frère, le plus riche de nos compatriotes, survenu fin 2018, l'annonce selon laquelle les droits de succession auraient été nuls ou presque, a provoqué un choc dans l'opinion. D'après plusieurs spécialistes en économie sociale, les droits de succession et de donation sont un instrument majeur de transmission des richesses ; l'écart que creusent donations et héritages entre la couche la plus huppée de la population et le reste, ne pourrait plus être que difficilement comblé.

Allongement des carrières

D'aucuns estiment que l'allongement de la carrière est un corollaire normal de celui de l'espérance de vie. Le prochain gouvernement va devoir mettre, et maintenir, autant de personnes au travail que possible. L'âge effectif du départ à la retraite doit être relevé et les carrières ne peuvent que s'étendre.

Seuls 12 % des Belges actifs ont l'intention de travailler au-delà de l'âge auquel ils pourront faire valoir leurs droits à la retraite, les indépendants (32 %) constituant une exception notable. Un quart de la population active n'est en aucun cas disposée à travailler plus longtemps que nécessaire. Une diminution du temps de travail à concurrence d'un jour par semaine convaincrait 19 % des personnes interrogées d'allonger leur carrière, une réduction à mi-temps, 40 %. Vingt-neuf pour cent du panel pourrait travailler plus longtemps si le contenu de son poste était adapté et 10 %, uniquement s'il pouvait changer d'occupation ou d'employeur.

Un peu moins d'un Belge sur trois enfin envisagerait de travailler plus longtemps, à condition que le montant de sa pension soit relevé. Parmi ce groupe, près de la moitié estime qu'un supplément de 250 euros par mois représenterait une compensation suffisante.

Pension

Les répondants qui estiment pouvoir disposer, après leur départ à la pension, de suffisamment de moyens pour vivre (37 %), sont plus nombreux que ceux qui craignent le contraire (29 %). Notons que les 34 % restants se disent tout simplement incapables de se projeter dans le futur.

Les personnes qui pensent disposer de revenus suffisants sont généralement celles qui, aujourd'hui déjà, n'ont pas de difficultés à joindre les deux bouts - généralement, mais pas toujours : près d'une sur trois craint d'éprouver des difficultés financières une fois à la retraite. Par ailleurs, un Belge sur cinq tire d'ores et déjà le diable par la queue.

Si 61 % de nos compatriotes mettent de l'argent de côté, une grande majorité d'entre eux ne peut épargner plus de 10 % de ses revenus. Les francophones, les personnes peu formées, les groupes les plus fragilisés et les inactifs ne parviennent généralement pas à épargner ; cette constatation vaut pour près de la moitié des personnes isolées également.

Sans surprise, la pension légale est la source de revenus future la plus souvent évoquée (dans 71 % des cas). Elle est suivie par l'épargne pension individuelle (44 %), la pension complémentaire constituée par l'intermédiaire de l'employeur (25 %), la pension à long terme (22 %) et les revenus d'autres investissements. Dix pour cent seulement des répondants affirment pouvoir compter sur des revenus locatifs ou sur la plus-value réalisée sur la vente d'actifs immobiliers.

Etonnamment, la population âgée de 25 à 35 ans prépare un peu plus sérieusement que la moyenne son départ à la retraite. Ces jeunes, qui craignent tout particulièrement de ne plus disposer de suffisamment de moyens pour vivre confortablement, constituent la première génération de diplômés post-Pacte de solidarité entre les générations. Le législateur avait cru voir en ce texte un moyen d'assurer la pérennité du financement des pensions futures, mais l'initiative a fait long feu. En plus de redouter la pauvreté, les jeunes ont tout particulièrement peur de finir leur vie seuls ou de s'ennuyer. Bref, cette génération paraît plus anxieuse que les autres.

Incapacité

Instauré en 2014, le mandat de protection permet à chaque citoyen de désigner la personne qui gérerait ses finances si lui-même n'en était plus capable. Les causes de la perte de capacité sont multiples. Parmi elles, nous citerons le coma et la démence. La démence risque de frapper une personne sur cinq.

D'après le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V), plus de 100.000 Belges ont d'ores et déjà signé et fait enregistrer un mandat de protection. Depuis peu, celui-ci peut être élargi à la prise, par une ou plusieurs personnes, de décisions relatives au bien-être, aux soins médicaux, au séjour en maison de repos, etc., du mandant.

Selon l'enquête, 7 % seulement des répondants ont chargé quelqu'un de gérer leur patrimoine, 11 % disent en avoir l'intention et 49 % n'y songent pas.

Décès

Un Belge sur cinq seulement a pris des dispositions en vue de son décès. Dix-sept pour cent des répondants disposent d'une assurance obsèques, qui prendra en charge leurs frais de funérailles ou de crémation. La police permet par ailleurs à son preneur d'arrêter un certain nombre de décisions pratiques au sujet de ses obsèques. La moitié des Belges n'a rien prévu en ce sens.

Souscrire une assurance obsèques revient à se préparer, voire à se confronter, très concrètement à sa propre mort, mais ce n'est pas la seule manière de faciliter la vie de son entourage. Vingt-deux pour cent des Belges épargnent au profit de leurs héritiers. Un peu moins de 19 % ont réglé leur succession et 15 % ont rédigé un testament notarié.

D'autres dispositions encore peuvent être envisagées. Ainsi une déclaration anticipée permet-elle de faire savoir ce que doit devenir la dépouille mortelle - certaines personnes veulent donner leur corps à la science ou donner leurs organes. D'autres, au contraire, le refusent. Onze pour cent des Belges ont fait une déclaration à ce sujet. Ce pourcentage est deux fois plus élevé parmi les personnes âgées de 65 ans ou plus, peut-être parce qu'elles sont davantage conscientes de leur condition mortelle.

(*) Enquête menée par le bureau d'études Kantar auprès de 1.031 Belges âgés entre 25 et 75 ans. La marge d'erreur statistique est de 3 % au maximum.