Animaux de compagnie: un marché de niche prometteur

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A plumes, à poils ou à écailles, les animaux de compagnie ont rencontré un vif succès depuis le début de la pandémie. Les perspectives de ce marché de niche sont au beau fixe, comme l’anticipent déjà les investisseurs professionnels.

Pour beaucoup, les animaux domestiques ont été une vraie source de réconfort et de compagnie face à l’anxiété et à la solitude des confinements récents. Les consommateurs américains ont ainsi acheté pas moins de 47 millions d’animaux en 2020 selon la plateforme spécialisée VitusVet. Au Canada, un ménage sur six aurait adopté un chien ou un chat depuis le début de la crise sanitaire. Et en Belgique, 23% de personnes interrogées par Dedicated pour Tom&Co ont accueilli un animal domestique (chien, chat, poule, poisson, oiseau, lapin, rongeur, etc.) entre avril 2020 et mars 2021.

21%

Croissance des dépenses dans le secteur des animaux de compagnie aux Etats-Unis depuis trois ans, à 109,6 milliards de dollars.

Dépenses accrues

Un peu partout, les enquêtes révèlent également que les 18-34 ans ont été les plus nombreux à accueillir un nouvel animal de compagnie. En Belgique, ils sont 78% à en avoir adopté ou acheté un. Ce qui est de bon augure pour le secteur. Selon Jeffrey Simmons, CEO du géant de la santé animale Elanco, “75% des milléniaux et de la génération Z considèrent leur animal domestique comme un membre à part entière de la famille”.

L’agence Bloomberg a notamment interrogé des trentenaires new-yorkais évoquant des budgets de l’ordre de 600 à 800 dollars par mois, notamment en frais vétérinaires, assurance, pédicure et dans des formules d’abonnement pour l’alimentation ou des jeux pour chiens.

Avec la reprise du travail au bureau, les services de garde sont aussi pris d’assaut, tout particulièrement dans les zones urbaines.

Perspectives de croissance

Selon l’American Pet Products Association, les dépenses pour les animaux de compagnie devraient ainsi atteindre 109,6 milliards dollars cette année aux Etats-Unis, soit une croissance de 21% en trois ans. En Belgique, l’enseigne Tom&Co a vu son chiffre d’affaires bondir de 15% en 2020 malgré une concurrence de plus en plus importante.

Pour les prochaines années, Simeon Gutman estime que la combinaison d’un plus grand nombre d’animaux de compagnie et de dépenses plus importantes par animal va accélérer le développement du marché. L’analyste de Morgan Stanley table sur une croissance de 8% par an outre-Atlantique contre 3% au cours de la dernière décennie. Les revenus du secteur atteindraient ainsi 277 milliards de dollars en 2030 aux Etats-Unis, qui représentent environ la moitié du marché mondial actuel.

Ailleurs dans le monde, la croissance est historiquement encore plus forte grâce au développement du secteur en Asie notamment.

Le “private equity” flaire la bonne affaire

Cette croissance et ces perspectives favorables pour le marché des animaux domestiques n’ont pas échappé aux investisseurs spécialisés et professionnels. Les firmes de private equity Hellman & Friedman et EQT AB se sont livrées à une véritable bataille d’offres pour le rachat de l’animalerie en ligne Zooplus. Elles ont fini par s’allier pour relever leur offre à 3,7 mil- liards de dollars ou 480 euros par action, soit une prime de 85% par rapport au cours avant le début des hostilités en août, afin de convaincre les actionnaires de la société allemande et de dissuader leur homologue KKR de se joindre à la bataille. En Bourse de Francfort, la valeur de Zooplus, qui se traînait avant la pandémie, a sextuplé depuis janvier 2020.

75% des milléniaux et de la génération Z considèrent leur animal domestique comme un membre à part entière de la famille.”

Jeffrey Simmons, CEO d’Elanco

JAB, le holding de la famille allemande Reimann, a pour sa part décidé de miser sur l’assurance pour animaux de compagnie avec la création d’Independence Pet Holding et une succession de rachats cette année: PetPartners, Figo Pet Insurance ainsi que les activités dédiées d’Independence Holding Company (IHC) et de BNP Paribas Cardif.

Chez nous, Pierre-Olivier Beckers, l’ex-CEO de Delhaize, a par exemple participé à une nouvelle levée de fonds de la plateforme de services pour animaux de compagnie Tipaw.

Valorisations tendues

En Bourse, les cours ont aussi commencé à s’affoler. Zoetis, leader mondial de la santé animale, a bondi de 56% depuis début 2020. L’ex-filiale de Pfizer affiche ainsi une valorisation très tendue de 46 fois les bénéfices estimés de 2021. En comparaison, les grands groupes pharmaceutiques comme Pfizer, Sanofi ou Novartis s’échangent entre 10 et 14 fois les bénéfices…

Les entreprises actives dans la vente en ligne de produits pour animaux domestiques ont doublement profité de la crise sanitaire. Chewy, qui devrait dégager ses premiers bénéfices au cours de son exercice 2021-2022, cote ainsi près de 1.000 fois les profits attendus.

Freshpet, spécialiste de la nourriture fraîche et naturelle pour les animaux domestiques, affiche déjà une capitalisation de plus de 6 milliards de dollars alors que la société est toujours à ranger parmi les promesses avec un chiffre d’affaires estimé de 0,4 milliard de dollars et des pertes qui devraient continuer à s’accumuler en 2021.

A noter qu’il est en pratique impossible de miser sur les leaders de la nutrition pour animaux domestiques étant donné que Mars Wrigley n’est pas coté en Bourse et que cela ne représente qu’une petite partie des activités de Nestlé.

Santé animale

Cela ne signifie pas que l’investisseur doit abandonner le secteur. Mais il est évident que la hausse “pandémique” est passée et que tout investissement doit désormais être réalisé dans une perspective de long terme.

Le segment de marché le mieux représenté en Bourse et aussi l’un des plus prometteurs est la santé animale. Etant donné que les maîtres sont plus attentifs au bien-être de leur compagnon à poils, à plumes ou à écailles, ce segment connaît une croissance supérieure à la moyenne. Cela explique que la quasi-totalité des analystes suivant Zoetis recommandent toujours le titre à l’achat.

Idexx Laboratories est actif dans les équipements d’analyse et de laboratoire pour les animaux domestiques, le bétail et même les humains (qualité de l’eau notamment), un marché en croissance soutenue. La valorisation très tendue de 78 fois les bénéfices commence toutefois à inciter les analystes à la prudence, l’objectif de cours moyen (639 dollars) étant très légèrement inférieur au cours actuel.

La société britannique Dechra Pharmaceuticals, cotée en Bourse de Londres, est comparativement plus spécialisée dans les soins pour animaux domestiques qui représentent 78% de son chiffre d’affaires contre 60% pour Zoetis. Ses produits pharmaceutiques et de nutrition spécialisée connaissent ainsi une forte croissance permettant au groupe d’afficher une hausse de 70% de son chiffre d’affaires et de 100% de son profit opérationnel depuis 2017. A 47 fois le bénéfice de son exercice 2020-2021, la valorisation est tendue, mais est compensée par une croissance soutenue. Même sans accélération, son bénéfice double tous les cinq ans.

En Belgique, la biotech vétérinaire TheraVet est cotée sur Euronext Bruxelles (segment Growth) depuis le printemps dernier, juste après le lancement commercial de son premier traitement. Le BioceraVet est un substitut osseux synthétique injectable utilisé dans le cadre de la chirurgie osseuse des petits chiens. Theravet développe d’autres médications ainsi qu’un autre traitement destiné à soigner le cancer des os, plus courant chez les chiens. La petite société (capitalisation de 21 millions d’euros) est peu suivie et l’évolution des ventes demeure aléatoire pour de tels produits, mais le potentiel est considérable en cas de succès commercial. Le rapport d’activité du 2e semestre, attendu le 12 janvier prochain, pourrait offrir de premières précieuses indications.

La santé animaleest les secteur le mieux représenté en Bourse. Et l'un des plus prometteurs...
La santé animaleest les secteur le mieux représenté en Bourse. Et l’un des plus prometteurs…© Getty Images

Animalerie & assurance

La société britannique Pets at Home Group, cotée à Londres, fait partie des rares acteurs du secteur à afficher une valorisation raisonnable de 23 fois les bénéfices. Les analystes sont confiants alors que la chaîne d’animaleries est bien implantée au Royaume-Uni et a lancé un site de vente en ligne.

En termes de capitalisation boursière, le distributeur britannique est largement dépassé par l’animalerie en ligne Chewy. L’entreprise floridienne propose une gamme extrêmement étendue, avec 45.000 références recouvrant l’ensemble de l’offre: marques nationales, marques spécialisées et labels propres ; aliments, jouets et médicaments ; pour chien, chat, poisson, oiseau, nouveaux animaux de compagnie, etc. A près de 1.000 fois les bénéfices pour l’exercice en cours, le titre paraît excessivement cher. Mais la société commence seulement à faire des profits. Et au vu de son chiffre d’affaires en hausse rapide à plus de 9 milliards de dollars en 2021, ses bénéfices vont augmenter rapidement. Les analystes tablent sur une multiplication par 10 en deux ans. Après une baisse de plus de 40% depuis le record de février, le titre apparaît ainsi à nouveau intéressant pour un investisseur à long terme.

Parmi les autres acteurs récents, Trupanion offre pour sa part des assurances pour animaux de compagnie. La société américaine n’est pas encore rentable mais son développement s’est clairement accéléré depuis deux ans avec un quasiment doublement de ses revenus attendus entre 2019 et 2021. Avec une valorisation de plus de 4 milliards de dollars, c’est clairement un pari à très long terme (ou sur un éventuel rachat).

Même les fonds…

L’ETF Pet Care de ProShares (PAWZ) investit dans le secteur des animaux domestiques au niveau mondial, mais n’est pas enregistré en Belgique. Si vous souhaitez investir via un fonds, vous devrez vous tourner vers Allianz Pet and Animal Wellbeing AT EUR (code Isin: LU1931535931). Au niveau du portefeuille, sa principale spécificité est que sa première position est Tractor Supply, une chaîne de magasins américaine proposant des produits pour animaux domestiques et le bétail, des équipements de jardin, des outils et clôture… A noter que les frais courants sont relativement élevés (2,10% par an).

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